L'ECHARPE
LA TOILETTE FEMIMNE S']
doute que, pour ce qui est de la toilette féminine, jusque dans les plus petits détails son influence ne se soit fait sentir.
Si la coupe d'un \ élément peut être caractéristique, la nuance peut en être aussi fort expressive : et il y eut des nuances romantiques. C'est un mot d' <i une femme de tact et d'observation ». observe Challamel dans son amusante Histoire de la mode, p. 3 : « Il est encore permis de rêver avec un cbapeau bleu de ciel, mais il est défendu de pleurer avec un cbapeau rose. » Le romantisme ayant mis la mélancolie à la mode y mit du méine coup les nuances qui conviennent à la mélancolie.
Le retour des Bourbons avait été marqué, dans la toilette des femmes, par « le retour au blanc complet, à l'éclat neigeux des mousselines claires. Fleurs de lis, écharpcs et cocardes blancbes, chapeaux à lu Henri IV munis de panaches blancs, robes et par-dessus de pcrkale, rubans de soie écrue, capotes de crêpe blanc bouillonné, guirlandes de lis dans la chevelure' » : on aurait dit les femmes vouées au blanc. Mais la mode étant essentiellement changeante, en dépit de tout leur loyalisme, les contemporaines de Charles X mêlèrent quelques nuances moins candides à toute cette blancheur. On avait adopté, en 1820, les teintes « eau du Nil, roseau, bronze, fumée de Navarin, peau de serpent, brique cuite, lave du Vésuve, souris effrayée, crapaud amoureux, puce rêveuse, et araignée méditant un crime, d On était ensuite revenu
I. (( Le drapeau blanc qui flottait sur les Tuileries semblait donner le ton de la toilette ». O. Uzanne, La Française, p. 9a.
aux nias, aux gorge de pigeon, aux première aurore, quand, vers i83o, tout s assombril brusquement. « Les nuances tristes et sombres l'emportèrent sur les riantes couleurs, sans qu'on puisse attribuer cette mode à d'autres causes que les idées romantiques de ce temps où les hommes et les femmes se plaisaient à prendre des airs mélancoliques, « byroniens » et maladifs '. »
Peut-être n'y a-t-il pas entre les idées romantiques et les nuances en vogue sous le romantisme l'étroite relation qu'établit l'auteur de {'Histoire de la mode. Mais il est certain que le « vert russe, le cul-de-bouleille, le noir Marengo, le pur éthiopien ». la u fumée tie Moscou », le (( froc-de-capucin »,- et autres teintes similaires ont eu du succès vers i83o et un peu au-delà. En voici d'assez bonnes preuves. C'est d'abord la lettre d'une petite bourgeoise de Paris.
« Vous me voyez ravie, ma chère Léontine. Je crois bien que cette fois nous serons un peu débarrassées de toutes ces blancheurs et de toutes ces nuances fades que la mode s'est trop longtemps obstinée à nous imposer. Vous en étiez lasse, vous aussi, à ce qu'il me semble. C'était aussi vraiment trop la même chose, n'est-ce pas? de jouer constamment à la nouvelle mariée ou à la première communiante ! On pourra enfin sorlir en jupe grise ou en toilette sombre sans être ridicule et sans que les gens vous demandent de qui vous êtes en deuil. A ous pensez si je me hâte d'en profiter... Je me suis commandée (sic) trois robes coup sur coup, l'une carmélite, l'autre héliotrope, l'autre noire, toute noire, mais noire comme une fumée d'enfer, ainsi que dit notre ami L*** n. quelque
r. Challamel. Histoire de la mode, p. i08.
2. Cf. Barbey d'Aurevilly (éd. Lemenej, les Diaboliques, p. l'io, et Une vieille Maîtresse, I, p. 71.
LA TOILFTTE FEMININE .)()
Jeune-France sans doute. « C'est qu'il faut tout vous dire, un ami d'Adolphe — le mari — doit faire mon portrait, et il m'ailirmc que les nnanccs foncées sont les seules qui aillent bien à mon teint. Il a du goûl. Il parle de me faire en A elasquez (je crois bien que c'est ce nom-là), avec une robe de velours noir, ou noir avec des rcllets bleus, enfin aile de corbeau, comme il dit. Vous vous souvenez peut-être f[ue c'était une nuance de ce genre que M""" S*'* aviiil clinisic l'an dernier pour ses raouts, et vous savez si M""" S*'* est au courant de ce qui se fait de mieux. H paraît aussi que M"" B***, dont vous connaissez également le bon goût, va définitivement renoncer aux robes enfantines. » Cela veut dire évidemment que M"" H"* ne portera plus de robes claires. « Je crois que toutes ces nuances ne m'iront pas trop mal. En tout cas on vous le fera savoir, ou plutôt j'espère bien que vous me ferez le très grand plaisir de venir le constater par vous-même ' )>, etc.
L'autre témoignage n'est pas moins explicite.
V M"'- DE L***, A Macon.
« I^yon, le 8 juin i833.
« Il VOUS souvient sans doute de la maison de coulure que j'ai eu le plaisir de vous recommander autrefois, et dont vous avez eu l'amabilité de me dire que vous n'étiez pas mécontente. M'" D*** est en ce moment dans une situation des plus dilficiles. Elle a perdu son mari après une maladie cruelle et qui l'a engagée dans d'assez fortes dépenses. Elle aurait voulu se retirer du coin-