‹ Le romantisme et la mode d'après des documents inéditsChapitre 33 sur 95 · Théophile Gautier, Emaux et camées · texte numérisé non relu

Théophile Gautier, Emaux et camées

nous fait la description des jeunes enthousiastes résolus à assurer le succès d'Hernani.

« Oui, ils avaient des cheveux, — on ne i)eut naître avec des perruques, — et ils en avaient beaucoup, qui retombaient en boucles souples et brillantes. Quelquesuns portaient do fines moustaches, et quelques autres des barbes entières, et cela seyait fort bien à leurs tètes spirituelles, hardies et fières, que les maîtres de la Renaissance eussent aimé à prendre pour modèles. »

Quatre ans plus tard, il n'y avait rien de changé dans la mode, et bien au contraire, puisque Théophile Gautier nous assure qu'à la première représentation d'Antony, on voyait « des miiies étranges et farouches, des moustaches en croc, des royales pointues, des cheveux mérovingiens ou taillés en brosse ». Et plus tard encore, dans les Français peints par eux-mêmes, Elias Regnault, en faisant le portrait de d l'Homme de lettres », constatait, non sans ironie, que ces habitudes n'avaient rien perdu de leur ostentation quelque peu provocante.

u L'homme de lettres voulut se transformer lui-même et apparaître comme l'habitant ressuscité d'un autre siècle. Alors vinrent les barbes moyen âge, la chevelure moyen âge... Il se fit comme une irruption de barbares qui représentaient toutes les contrefaçons vivantes de l'homme des anciens jours, depuis Louis \V jusqu'à Glodion-le-Chevelu. Alors on put rencontrer la coiffure de Saint-Louis en omnibus, la barbe de Henri lll en voiture à vapeur, et le chapeau du duc de Guise à l'estaminet'. »

Il ne saurait être question d'indiquer les diverses manières dont les Jeune-France arrangent leius opulentes^

I. Les Français peints par eu.r-niémes, III, p. 336. — On rcmarqueia le prénom romanticpie de ce railleur d'une mode romantique.

LA TOILETTK MASCULINE

chevelures. Toutes façons leur sont bonnes, qui s'écartent des façons ordinaires et bourgeoises, et la seule règle est la fantaisie. Les uns portent leurs cheveux « en broussailles » ou u en tempête », pour mieux imiter la nature (( dans sa libre et sauvage beauté' ». D'autres « se font la tète » de tel ou tel personnage marquant de l'histoire de France. Il en est enfin qui copient les peintres de la Renaissance ou même les primitifs, tel Onuphrius. « Ses cheveux, séparés sur le front comme des cheveux de femme, descendaient symélriquemenl le long de ses tempes jusqu'à ses épaules, sans frisure aucune, aplatis et lustrés à la mode gothique, comme on en voit aux anges de Giotto et de Cimabuë -... o Et nous nous contenterons de parler avec un peu plus de détail des barbes romantiques.

Ce sont encore les peinires qui prêchent d'exemple et donnent le ton — en compagnie de l'inévitable Petrus Borel — et avec une intrépidité d'indifférence admirable pour le scandale qu'ils provoquent ainsi. « Une barbe ! cela semble bien simple aujourd'hui, mais alors il n'y en avait que deux en France : la barbe d'Eugène Devéria et la barbe de Petrus Borel ! Il fallait pour les porter un courage, un sang-froid et un mépris de la foule vraiment héroïques! Entendez bien, non pas des favoris en côtelettes ou en nageoires, ni une mouche, ni une ro\alc, mais une barbe pleine, entièie, à tous crins ; quelle horreur •' 1 0

On connaît la lettre curieuse où Victor Hugo {Correspondance, II, pp. 67-71) rappelle la profession de foi u nette, explicite et formelle, sans ambiguïté et réticence,

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