‹ Le romantisme et la mode d'après des documents inéditsChapitre 36 sur 95 · LA TOILETTE MASCULINE · texte numérisé non relu

LA TOILETTE MASCULINE

cette tonle plus douloureuse f[ue ne le serait la prison )>.

Par bonlieur, ces abominations ne peuvent se commetti-e f[ne par-delà la frontière, et les autorités françaises, bien loin de j)roserire la barbe, la favoriserident plulùt. Du moins est-il arrivé qu'une mesun; administrative a imposé le port des moustaclies à tonte une catégorie de citoyens français: et on peut voir, dans les Letlres sur Paris, de Balzac, comment « M. le Colonel de la treizième légion » a enjoint « à tous les centaures de la garde nationale de laisser pousser leurs moustaches », dussent-ils, I)our se conformer à la prescription, « s'enquérir d'une recette pbilocomique ». Tant il est vrai, déclare le romancier, (|ue (( la manie des moustaches a gagné toutes les classes ! ' »

Des princes mêmes, et des princes du sang, ne résistent pas au torrent de la contagion, même quand leur physionomie ne gagne pas à suivre la mode. C'est ainsi que le duc de Nemours, quoiqu'il soit u terriblement maigri », « se fait pousser une barbe moderne, mais tellement blonde que c'est affreux- ».

I. oh'.iivreg com])lètes. WIIl, p. i8.'<. La leltre est du 8 février i83i.

•i. Chronique (le la duchesse de Dino, II, p. 207, 16 janvier i838. Il est parlé dans le même ouvrage (III, p. 96), de la veuve du prince Maxiniilion de Saxe, qui a épousé son chambellan, un comte Hossi. « avec une barbe jeune France » (]'cst la duchesse elle-même qui souligne. — Il eu fut des barbes comme des cha])eau\ : ou leur attacha une signification jjolitique. « Par une sorte d'accord tacite et connue si tout le monde axait voulu aifuMner ses tendances politiques, chacun avait modilié la coupe de sa barbe, selon l'opinion à laquelle il appartenait ou croyait appartenir.

i( Les partisans du régime inauguré après la lévolution de .ïuillet portaient simplement des favoris ; les bonapartistes avaient la moustache et l'impériale ; les républicains, que l'on nommait alors les bousingots, gardaient loute leur barbe et on pouvait les confondre avec les artistes, les gens de lettres, les jeunes gens qui, désignés sous le titre générique de Jeune France, laissaient croître leur barbe et leurs cheveux ». Maxime Du Camp, Souvenirs littéraires, I, chap. n.

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Si le romantisme y est pour quelque cliose, ce n'est assurément pas la moins piquante de ses conquêtes.

Comme bien l'on pense, à une chevelure c mérovingienne » ou (' léonine », toute espèce de coiffure ne pouvait convenir. On en fît donc de spéciales, ou plutôt on demanda encore des modèles à l'histoire nationale. Bérets, toques, toquets. furent simultanément en faveur. On se coifTa à la Charles IX, à la Henri II, etc. Il semble bien cependant que le genre de chapeau le plus répandu ait été le feutre, pointu ou plat, aux bords rabattus ou relevés^ mais toujours larges,

Projetant sur le front leur ouibrc colossale '.

C'est au reste la coiffure qui, par sa souplesse et sa grandeur, — ([lion voulut presque toujours excessive, — se prête le mieux à tous les caprices et à toutes les fantai- .sies. « Un feutre est une source inépuisable d'imprévu, pourvu qu'on ait quelque imagination », affirmait un obscur Jeune l'rance ; et ce n'est pas précisément d'imagination qu'ont jamais été dépourvus les romantiques. C'est doiu- au feutre qu'allèrent les préférences.

On en exhiba de toutes les tailles et de toutes les formes, et on les décora des noms les plus fastueux. Il y eut les feutres à la Rubcns, à la Van Dyck. à la Rembrandt, à la Velasquez, sans ([u'il soit toujours facile de préciser à quelle forme s'appliquaient ces superbes appellations. Petrus Borel portait d'ordinaire « un chapeau de grand

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