LA TOILETTE MASCULINE
EtSuzanne épouse naturellement un petit jeune liomnic -correct, u bien propre et bien rasé », el à qui Ton a fail jurer de le rester toujours.
Tout comme les classiques les plus endurcis, les étrangers s'étonnent et se scandalisent devant cette luxuriance du système pileux chez certains Français. « Les bizarres caprices de la toilette des hommes passent tout ce (pi'il serait possible de dire », observe M"" Trollope '. (( On croirait que l'air de Paris possède une qualité particulière qui noircit tous les favoris, moustaches ou impériales, renfermés dans ses murs. A les voir de loin, tous les jeunes gens semblent s'être enveloppé la figure de rubans noirs, pour guérir une enflure des glandes: et quoique en général cette chevelure noire soil fort belle, l'effet en est aujourd'hui singulièrement diminué par son universalité. Quand tous les hommes ont la figure à moitié couverte de cheveux ou de poils noirs, cette couleur cesse d'être une distinction fort précieuse ».
N'y aurait-il pas d'ailleurs du surprenant ])hénomènc une explication bien simple et bien prosaïque ? <( Peutêtre aussi les annonces, dont les journauv fourmillent, de ^compositions infaillibles pour donner aux cheveux toutes les couleurs, excepté celle que le bon Dieu leur avait répartie, contribuent-elles à rendre suspect cet ornement, jadis si séduisant, des peuples du Midi ». Quoi qu'il en soit, notre étrangère reste bien (( convaincue que, dans le moment actuel, un homme comme il faut, des régions septentrionales, avec une barbe rasée de près, vaut son prix dans les salons de Paris, quand ce ne serait que pour la rareté du fait ». C'est donc que le fait contraire est à peu près universel.
il. Paris el les Parisiens en 183ô, p. i4i.
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El en effel. en dépit des protestations indignées ou ironiques et des insinuations plus ou moins spirituelles ou malveillanles, Vhabitudes'en est terriblement généralisée, accueillie au surplus sans défaveur dans beaucoup de milieux, ainsi qu'en témoignent un certain nombre de lettres qu'il serait sans intérêt de donner ici. Fort heureusement pour les adeptes de la mode romantique, toutes les Françaises n'avaient pas les goûts de la rébarbative étrangère ; et nous pourrions citer une correspondance entre jeunes femmes où il est parlé sans répugnance aucune, et tout au plus avec une légère et charmante ironie, de la •' douceur soyeuse » des barbes masculines.
Que de soins elles coûtent d'ailleurs au\ heureux propriétaires 1 et quels efforts pour les entretenir ou « les faire pousser ! » On les frotte avec de la « graisse d"ours ou de chameau )>, ou même avec « une infinité d'autres ingrédients, chivcun seul efficace » (souligné dans le texte). Mieuv encore, il y a des drogues, toutes infaillibles, assurent les prospectus-réclames, « pour les teindre en toutes couleurs^ » : affirmation ingénue, et très évidemment excessive, au moins dans sa forme.
Enfin la barbe est la partie la plus précieuse de toute la personne, celle dont on est le plus jaloux: et volontiers dévouerait-on aux dieux infernaux quiconque se mêlerait d'y « porter une main sacrilège >k comme ce duc de Modène dont il est parlé dans les Mémoires de la duchesse de Dino (I, p. 366: lô septembre 183.")). « Le duc de Modène fait le petit tyran dans ses Etats. Une de ses vexations les plus habituelles est de faire couper les favoris et la moustache de ceux dont les passeports otUent la moindre irrégularité ; la mode du temps rend
I. Ces dctails sont empruntés au chapitre xlui des Loisirs d'un jeune homme.