I.V TOILETTi: MASCILINE () I
évidemtnoiil des ck'ii\ jeunes ménages, h C'est un de mes petits triomphes, et j'ai la faiblesse d'en être fière. Que voulez-vous;' J'estime ([uil est ridicule, quand on a un peu d'élégance naturelle, de ne pas profiter de ce qui peut la mettre en lumière, et nous sommes d'accord toutes le& deux pour penser que la mode d'aujcjurd'hui la favorise singulièrement ». L'expression est un peu embarrassée, mais l'idée n'en est pas moins nette. (( Sur mes instances, Edouard s'est donc décidé à s'habiller chez le tailleur de ces Messieurs. Nous aurons un pantalon très ajusté, une redingote dès ouverle avec une belle doublure de velours. Aurons-nous le gilet de couleur ? Je n'ose l'espérer : il ne faut pas vouloir tout à la fois. Mais Kaymond et moi finirons bien j)ar l'y décidei". Ce jour là je nous inxite, et nous célébrerons l'événement pai" ime jolie [)etite fête. Mon Dieu I comme ce sera amusant !... »
Il n'est même pas besoin d'avoir l'élégance naturelle d'Edouard de G*** pour se trouver fort bien de la nouvelle mode, et les tailleurs ne sont pas seuls à trouver qu'elle « fait valoir ». A la date du 12 décembre i8j3, noire « flâneur parisien » écrit dans son Journal:
« Soirée avaiil-hier chez la marquise de V***. Beaucoup d'habits à la romantique. Il fiiut en convenir, on ne s'habille pas mal aujourd'hui. Cette fantaisie, ces velours, ces ouvertures, les couleurs claires et gaies de ces gilets quelquefois seulement un peu prétentieuv et un peu trop éclatants, tout cela amuse l'œil, n'est pas du tout désagréable à voir. Le petit de P*** surtout, avec sa petite ligure de mouton frisé, était vraiment gentil, et j'ai surpris sur les lèvres de deux ou trois jolies femmes des réflexions qui ne lui auraient certainement pas fait le moindre déplaisir...
« Oui, c'est dommage que je sois un peu vieux et qu'il y
ait déjà dans ma chevelure, qui tous les jours se fait plus rare, quelques-uns
De ces longs fils crargont dont le Temps est l'onvrier,
comme ne cesse de répéter cet imbécile de 1)***. qui crève de ne pas trouver d'imprimeur. C'est dommage. Je finirais par faire la folie de m'habiller comme les romantiques, moi pourtant qui ne les aime guorcs... Mais non, mon garçon, sois raisonnable, et ne va pas te donner des ridicules, toi qui fais presque profession de te mo([uer des ridicules des autres. Quand la tentation sera trop forte, souviens-toi du spectacle que l'a donné avant-hier ton ami P***. et revois au-dessus de deux fuseaux qu'étriquait encore le plus collant des p;in talons, revois toujours ce gros ventre de chanoine sanglé dans un gilet vert et sur lequel d'énormes breloques battaient la générale et faisaient un bruit assourdissant de tambour... »
Ce qu'û \ a de plus remarquable d'ailleurs et de tout à fait caractéristique, c'est que des hommes mûrs, des personnages sérieux, n bien posés », comme nous disons aujourd'hui, au lieu de railler la nouvelle mode, la suivent discrètement, toujours au diie de jiotre m flâneur i>. Ils élargissent les bords de leurs chapeaux, ne redoutent pas pour leurs gilets des nuances un peu voyantes, rétrécissent le bas de leurs pantalons, nouent autour de leur cou des cravates « dont les bouts flottent comme des drapeaux », et s'appli((uent à ne laisser paraître aucune trace de linge. Parmi les recrues venues ainsi à la mode romantique, il y aurait eu des commerçants notables, im notaire, des avocats et même un magistrat. C'étaient incontestablement d'imposantes conquêtes.
La nuance a moins d'importance évidemment dans un costume d'homme que dans une toilette de femme. De