‹ Le romantisme et la modeChapitre 16 sur 99 · I. Annïs Cîcrfa\it. l 'i juin i83i · texte numérisé non relu

I. Annïs Cîcrfa\it. l 'i juin i83i

et bonne maman, .létaisen visite l'autre jour chez celte délicieuse Clothilde » — un nom prédestiné, celui-là ! — (( qui vous aime tant, qui vous trouve l'allure si aristocratique et tant d'esprit, et elle a bien raison. J'avais une jolie toque à créneaux et qui ne m'allait pas trop mal, je vous assure. Oscar », - — le mari, — « en raflble, et d'autreis messieurs aussi m'en ont fait compliment. J'étais à peine arrivée, une, deux, trois, quatre amies qui arrivent à la fde, et une, deux, trois, quatre toques à créneaux. A la troisième, nous nous regardions avec surprise ; à la quatrième, le fou rire nous a pris isicj. Nous avions lair de soldats qui vont à la parade. Mais je peux bien vous lavouer sans être obligée de m'en confesser plus tard, car ce n'est pas une calomnie, deux au moins des petits soldats portaient bien gauchement l'uniforme. » Suivent les noms des deux petits soldats. — et les inévitables papotages mondains. Brusquement on décide une petite promenade sur le boulevard. L'après-midi est ensoleillée, le temps sec : on ira à pied : on regardera les devanhnes et les passantes : bien plus amusant encore, on comptera les toques à créneaux ! Lu coup d'œil à la glace, et voilà nos gentils (( uniformes •> dans la rue. <( Vingt-deux, ma chère maman, vous lisez bien, nous avons compté vingt-deux toques à créneaux sur le seul boulevard de Gand '. » C'est un chinVe. incontestablement, surtout povu- une époque où la circulation parisienne n'avait pas, à beaucoup près, l'intensité daujouid'hui.

Pour a^oir une idée précise de cette vogue. — comme aussi de celle des manches à gigol. — rien ne vaudrait les livies de quelques grands fournisseurs dalors, Staub,

1. Louise de lî***, 27 uovenibro i83i. — Mêmes ronstatations, <'cst-à-(liic> coiislatalious du niènic genre, dans deux autres lettres de M'"" Gabrielle Terrier, lô octobre et S décembre i83i.

LA TOILKTTi: FKMIMNE 2()

Burty, Gagelin, Yictorine, Palmyre, Maurice Beau vais, Saint Laurent, Herbault. Il est dommage seulement que ce moyen de vérification et de contrôle soit impossible.

Et les provinciales imitent c les heureuses de la capitale' », bien entendu.

« Dijon, i8 mai lîSSi^. — ... Depuis mon retour de Paris, je ne rêve que de toques à créneaux. Mon mari prétend que j'en deviendrai folle. Vous n'avez pas idée comme cela va bien à certaines figures. Je vous assure qu'avec un minois assez rose et des cheveux passables et passablement ébourifTés, on est à ravir là-dessous! » Il n'en faut pas douter, M'"" E*** avait une frimousse blanche et rose et une belle chevelure blonde. « Je viens d'en commander deux à la fois. Une folie ! Quoi qu'en dise Arthur, » — c'est le mari — n. il me semble qu'elles ne m'iront pas trop mal. Là. franchement, qu'en pensezvous.^... Oui, mais comment s'en tirera la modiste.^ J'aurais bien dû me les faire faire à Paris... En portezvous beaucoup à Lyon!*... I)

Au moins autant qu'à Dijon, certainement, ainsi qu'en témoignent ces lignes d'un Lyonnais, passablement expressives dans leur brièveté bourrue :

(( Il ne faut désespérer de rien. On se met à avoir du goût. Mieux vaut tard que jamais. On commence enfin à comprendre qu'il est peut-être logique que des Français s'habillent comme des Français, et que c'est une stupidité pure de se déguiser à la Latine et à la Grecque. Ah ! ces

c de classiques! En auront-ils dit et fait, et fait dire

et fait faire, des âneries!... Enfin, vive le romantisme ! et Pasqucs-Dieu, que soient à tout jamais bénis Victor Hugo, Alexandre Dumas et Théophile Gautier ! Ils ont appris

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