L'ECHARPE
LA TOILETTE FEMliNINE O"]
-doute que, pour ce qui est de la toilette féminine, jusque dans les plus petits détails son influence ne se soit fait sentir.
Si la coupe d'un vêtement peut être caractéristique, la nuance peut en être aussi fort expressive ; et il y eut des nuances romantiques. C'est un mot d' « une femme de tact et d'observation », observe Challamel dans son amusante Histoire de la mode, p. .S : « 11 est encore pemiis de rêver avec un chapeau bleu de ciel, mais il est défendu de pleurer avec un chapeau rose. » Le romantisme ayant mis la mélancolie à la mode y mit du même coup les nuances qui conviennent à la mélancolie.
Le retour des Bourbons avait été marqué, dans la toilette des femmes, par k le retour au blanc complet, à l'éclat neigeux des mousselines claires. Fleurs de lis, échappes et cocardes blanches, chapeaux à la Henri IV munis de panaches blancs, robes et par-dessus de perkale, rubans de soie écrue, capotes de crêpe blanc bouillonné, guirlandes de lis dans la chevelure' » : on aurait dit les femmes vouées au blanc. Mais la mode étant essentiellement changeante, en dépit de tout leur loyalisme, les contemporaines de Charles X mêlèrent quelques nuances moins candides à toute cette blancheur. On avait adopté, en 1825, les teintes u eau du Nil, roseau, bronze, fumée de Navarin, peau de serpent, brique cuite, lave du Vésuve, souris effrayée, crapaud amoureux, puce rêveuse, et araignée méditant un crime. » On était ensuite revenu
I. (( Le drapeau blanc qui flottait sur les Tuileries semblait donner le ton de la toilette ». O. Uzanne, La Française, p. 92.
aux nias, aux {/orge de pigeon, aux première aurore, quand, vers i83o. loul s'assombrit brusquement. « Les nuances tristes et sombres l'emportèrent sur les riantes couleurs, sans qu'on puisse attribuer celle mode à d'autres causes que les idées romantiques de ce temps où les hommes et les femmes se plaisaient à prendre des airs mélancoliques, « byroniens » et maladifs K »
Peut être n'y a-t-il pas entre les idées romantiques et les nuances en vogue sous le romantisme l'étroite relation quétablit l'auteur de l'Histoire de la mode. Mais il est certain que le » vert russe, le cul-de-bouleille, le noir Marengo, le pur éthiopien ». la '< fumée de Moscou », le (I froc-de-capucin »,- et autres teintes similaires ont eu du succès vers i83o et un peu au-delà. En voici d'assez bonnes preuves. C'est d'abord la lettre d'une petite bourgeoise de Paris.
(( Vous me voyez ravie, ma chère Léontine. Je crois bien que cette fois nous serons un peu débarrassées de toutes ces blancheurs et de toutes ces nuances fades que la mode sesl trop longtemps obstinée à nous imposer. Vous en étiez lasse, vous aussi, à ce qu'il me semble. C'était aussi vraiment trop la même chose, n'est-ce pas ? de jouer constamment à la nouvelle mariée ou à la première communiante 1 On pourra enfin sortir en jupe grise ou en toilette sombre sans être ridicule et sans que les gens vous demandent de qui vous êtes en deuil. Vous pensez si je me hâte d'en profiter... Je me suis commandée (sic) trois robes coup sur coup, lune carmélite, l'autre héliotrope, l'autre noire, toute noire, mais noire comme une fumée d'enfer, ainsi que dil notre ami L*" ». quelque