LV TOILETTE FEMININE
tcTiice possible eiilrc elle et une mauvaise aclion. Sur le devant, une pauvre mère de famille, velue de loques, avec deux enfants à demi nus, qui gfrelottenl. La femme pauvre montre du doigt la femme riche qui vient dépasser sans daigner lui faire l'aumône, et prononce ces mots : « El dire que ça porte ce qu'on appelle des aumônières ! » Preuve qu'en 1 835 il y avait des élégantes fâcheusement dépourvues de l'esprit de charité ; mais preuve aussi que l'usage de l'aumônière était assez constant.
Il n'était pas rare non plus de voir des manches et des corsages à crevés, non pas seulement dans les bals travestis ou au Ihéàtre dans les pièces historiques, mais sur des toilettes de ville ou de soirée. « Puisque tout ce qui touche à M'"" L*** vous intéresse. — écrit à un de ses amis en voyage le jeune D***, étudiant en droit, vingtquatre ans (i83'i), — je vous dirai que j'ai eu l'autre jour le grand plaisir, dont vous auriez été plus heureux que moi, de me trouvera table à ses côtés. Elle était éblouissante et je comprends votre goût... Son col de cygne sortait d'un corsage rose (|ui en faisait encore, plus valoir l'éclatante blancheur, et l'étoffe de ce corsagfe était à crevés « en vieux vert », comme je crois qu'elle m'a dit. Ce qui est sûr, c'est que l'ensemble faisait une chose ravissante. .Te l'ai complimentée. Elle m'a alors demandé brusquement : « Vous aimez donc aussi la toilette de M""' M***, assise là-bas à l'autre bout de la table ? » M'"" M*** avait aussi des crevés, mais il crevaient de rouge une étoffe mauve. J'ai répondu que le goût de M'"" M*** s'était toujours senti de ses origines... Si vous aviez vu de quel adorable sourire elle m'a remercié!... Vous en auriez été jaloux... »
Il n'est pas sans doute d'un bien vif intérêt d'ajouter après cela qu'en i83o le débit des mousselines françaises
est d'autant plus assuré qu'elles sont plus ornées de <( dessins dits goflikjues » : que « les tissus qui dans les magasins de Delisle obtiennent en ce moment le plus de suffrages sont les dona -So/ pour robes demi-toilette* », et qu'en i83/i, les héroïnes de roman portent des « robes de châly noires où se jouent de vives rosaces écarlates^», — ce qui rappelle singulièrement certaine toilette «dinde agonisante», dont il va être question dans un instant.
Les autres villes de France — les plus importantes du moins — ont-elles alors offert le même spectacle ? Nous croyons que la connaissance précise et détaillée de leur histoire rétablirait à peu près sûrement. On a dû y voir pêle-mêle toutes les variétés du « genre moyen âge » ; et quelques uns des éléments dont se composaient les toilettes à la mode ont dû quelquefois aussi être fort étonnés de se rencontrer, en dépit de la vérité historique, réunis sur la même personne. Au témoignage de notre « flâneur parisien », une aimable Bordelaise n'exigeail-elle pas de son mari, pour étrennes ou cadeaux de fête, « un petit manteau à la Henri III. nuance de trépassé revenu, une robe à queue Charles Vil, avec un chaperon Henri II, le tout commandé chez Herbault et Palmyre » •'
On peut admettre que la verve de notre observateur s'exerce aux dépens de ses contemporaines, quïl exagère et s'amuse ; le romantisme n'en a pas moins imposé pendant quelques années le « genre moyen ùge » , et nul
1. La Mode, i83o, III, p. 28. — Les étolfcs nouvelles qui^eurent la vogue en i83o sont« le droguet catalan, le lampas burgrave, l'étoile polaire, le velours bleu Henvenulo Cellini, et les satins Médicis ». (Ghallainel, Histoire de la mode, p. 172).