Gustave Colomby, étudiant en médecine, i
h42 LE ROMANTISME ET LA MODE
Il n'en faut pas plus à Daniel Jovard pour d demander lui-même un cigare et le fumer vertueusement jusqu'au bout ».
Que d'exemples d'ailleurs pour encourager l'aspirant romantique! et quels exemples! L'homme de toutes les excentricités, « l'incarnation de l'anti-bourgeois », le modèle lièremenl avoué des premiers Jeune-France et de Théophile Gautier lui-même, Petrus Borel enfin, a l'habi lude de fumer, et ce lui est la plus douce des consolations, au milieu des misères de toute sorte qui empoisonnent l'existence, d Heureusement que pour se consoler de tout cela (des gouvernants qui sont de stupides escompteurs, etc.. etc.), il nous reste le tabac de maryland ! et du papel espanol por cigaritos^ ! »
On fume donc avec entrain. Dans la plupart des romans de l'époque, — dans les Jeune-France notamment, ainsi qu'il convient, — c'est au cigare et à la cigarette qu'est attribuée la place d'honneur. On les célèbre en vers, on les célèbie en prose ; on trouve pour eux des variantes au vieux lefrain bachique de boire, de boire encore, de boire toujours.
Kuiiions donc, fumons donc ! Brûlons la cigaretlo, Du cigare aspirons l'iialeine parfumée.
L'existence nous fuit ; hélas I rien ne l'arrête. Elle n'est que fumée !
Fumons donc, fumons donc ! Enivrons-nous de rêves. Demandons au tabac l'oubli de toute peine ; Comme le cigaret toutes choses sont brèves En l'existence vainc"-.
1. Préface des Rapsodies. — On sait que le rêve de Jérôme Paturol, (|uand il a résolu de se suicider, est de se réveiller dans un pays où l'on puisse « fumer du tabac des plus sains ».
•i. Les Mirijiqaei BienJ'nils du Ciyarrel et du Cujare. Poëme romantique inèlé de vers lyriques (sic), par Alpho^sk R***, Jeine-Fuange. — Le
QLELQLES ÉLÉGANCES ROMANTIQUES I^.'^
La cigarette est désormais u l'accessoire indispensable de toutes les réunions ». Que ferait-on sans elle!' u Elle est aux mains d'un homme ce qu'est l'éventail aux mains, d'une femme » : elle fournit des altitudes
Kl donne contenance aux mains embarrassées.
Elle autorise les silences, elle ou le cigare :
« poëine », inédit, a été composé en i83!\. II a cent trente-huit vers, — et pas mal de platitudes. On remarquera que, dans ces deux: stroplies, les rimes sont exclusivement féminines, et assez riches d'ailleurs.
Confondus d'abord dans la même admiration, la cigarette et le cigare eurent plus tard leurs partisans respectifs, et il semble bien que le cigare ait obtenu de plus vives, de plus chaudes sympathies. Pour Barthélémy, par exemple, il n'est de fumeur sérieux que le fumeiu' de cigares ; et c'est par une étrange, une inexplicable aberration, que
Le peuple cpii du goût, a le haut sentiment, Ravalant son offjueil au goût de la Lorette, A fait un pacte indigne avec la cigarette ; et brûle.
Au hasard d'en être suiToqué, Le paitcl espagnol à Paris fabriqué...
C'est jouer au cigare et nullement fumer.
Et Harlhélomy a eu beau se rétracter et faire amende honorable, dans une note, au goût de ses contemporains, la cigarette à son avis; n'en reste pas moins indigue d'un courage vraiment viril.
Laissons les écoliers, les jeunes demoiselles Nourrir leur appétit de ces maigres parcelles ; La poitrine de l'homme est d'un'tempéramcnt (^ui digère sans peine un plus fort aliment ; Elle se débilite à ce régime fade ; On pourrait, au besoin, en manger en salade ! Remarquez au surplus que ce diminutif N'offre à ses partisans f[u'un honlirur fugitif, Ou'il arrive à sa lin aussitôt (ju'il débute, Kt veut un successeur au hdul d'une minute.
Au surplus.
Rouler constamment, en forme de gargousse. Un papier qjii se jjcrd sous l'index et le pouce. C'est un souci pour moi pénible et trop fréquent ; Je suis im amateur et nim un labricant.
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Cigare à rallumer dispense do répondre.
Mieux encore, car ce no sont gurre jusqu'ici que qualités négatives, pour ainsi dire, mieux encore, elle donne de
l'esprit :
J'aspire la fumée
El je rends de Tesijrit '.
A ce compte, en l'rance surtout, qui n'aurait voulu devenir fumeur ? Les fumeurs abondèrent.
Pour peu qu'on en ait l'habitude, en effet, le tabac, au dire des bousingots, est le plus agréable et le plus sûr des excitants. L'inspiration est-elle rebelle par exemple P ou votre main lourde et votre cerveau légèrement engourdi? Faites un appel discret au cigarret ou au cigare : et votre torpeur d'être aussitôt secouée, et les excellentes dispositions de revenir au galop -.
« Je vous demande pardon d'avoir l'air de vous donner des conseils, mais vous pouvez m'en croire sur parole, la méthode est bonne, j'ai cent fois éprouvé son eiricacité.
(( J'étais précisément hier dans l'état que vous me décrivez si bien et dont je comprends que vous soyez inquiet.