‹ Le romantisme et la modeChapitre 67 sur 99 · I. PhilothéeO'.Neddy, Xail première. Pandœmonium · texte numérisé non relu

I. PhilothéeO'.Neddy, Xail première. Pandœmonium

QUELOl KS ÉLKGAXCKS UOMANTIOIES 1 63

Eh bien, dans leurs discours, c'était mémo anarcliio !

Les plus divins clans de morale énergie.

Les extases de gloire et d'immortalité.

Les vœux pour la patrie et pour la liberté.

Se noyaient, s'abîmaient dans le rire et le spasme

D'un scepticisme nu, tout lépré de sarcasme.

De beaux rêves d'amour qu'eût enviés Platon

Trempaient leurs ailes d'ange au sordide limon

D'un cynisme plus laid, plus vil en ses huées

Qu'un hôpital de fous et de prostituées !

Cloq-à-l'ànc. rébus, sornettes, calembourgs.

Comme une mascarade échappée aux faubourgs.

Se ruaient à travers les plus graves colloques.

Et vous les flagellaient de plates équivoques !

Enfin, c'était du siècle un fidèle reflet.

In pandœmonium bien riche et bien complet!

La « conversation » doit enfin durer toute la nuit : c'est encore un des rites traditionnels.

Et jusques au matin les damnés Jeune-France Nagèrent dans un flux d'indicible démence. Echangeant leur poignard, promettant de percer L'abdomen des chiflVeurs, jurant de dépenser Leur âme à guerroyer contre le siècle aride...

Que la description soit en vers, qu'elle soit en prose, les lignes ge-néiales n'en varient guère; on dirait que le dessin en a été arrêté une fois pour toutes. Les personnages de Petrus Borel se grisent comme ceux de Philothée O'Neddy, avec la même méthode, le même accompagnement de pr<)j)os philosophiques.

« La vie est bien amèrc cl la tombe sereine. Verse, Albert ! du ponche I du ponche ! Que je dorme, encore un verre de néant. Ai-je toujours ma tenace raison, dis-le moi;* Verse à boire, Albert, verse, enfin, je chancelle; verse, je sens la réalité qui s'en va... »

Et relisez, dans les Jeune-France de Théophile Gautier, Sous la table, Celle-ci et celle-là et le Bol de punch.

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Est-ce à dire que lorgie tenait dans la réalité la place qu'elle occupait dans la littérature? Ce n'est guère vraisemblable. Cependant la réalité avait pu fournir d'assez jolis modèles à la littérature, et les jeunes viveurs pouvaient s'autoriser de précédents illustres.

Un moment il n'avait été question à Paris que de la fête donnée par Alexandre Dumas en i832 au square d'Orléans. Et cette d nuitée » avait eu un tel retentissement que Petrus Borel, pour fêter son installation rue d'Enfer — un beau nom de rue pour un romantique ! — avait vovdu en faire la parodie. La maison n'était pas grande; jamais le pauvre Borel n'habila de palais ; mais du local exigu — un étage et un entresol — on tira le meilleur parti possible. Au premier, l'orgie déployait ses excentricités, déroulait sa folle sarabande : et l'entresol servait d'ambulance au champ de bataille romantique de l'étage supérieur. Quand un des joyeux convives était à bout de forces et succombait, on le descendait à l'infirmerie du rez-de-chaussée, où il recevait les soins que nécessitait son état. Alexandre Dumas avait été invité, naturellement, et c'est lui qui, de tous ces jeunes fous, s'était montré « le plus voluptueux et le plus raffiné » : « il mangeait de la crème dans un crâne ' ! »

Mais qu'étaient ces deux fêtes, à côté de la « grande orgie moyen âge organisée par tous les romantiques : poêles, romanciers, graveurs, sculpteurs, architectes, et qu'ils dénommèrent fièrement : Fête des Truands-? » Pour que le décor fut digne de la scène, tous les artistes s'étaient mis à l'œuvre, et jamais salle de bal ou de festin ne fut plus merveilleuse.

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