Théophile Gautier, Portraits contemporains
iGt) LE ROMANTISME ET L\ MODE
Jeune-France n'ayant pas un sou vaillant, ce n'était pas par le luxe que brillaient en général les déguisements. Buffet peu varié, quoique copieusement servi : consommations peu délicates : beaucoup de charcuterie et de vin chaud ; les rafraîchissemenls étaient remplacés par des fresques. « On mange sur le pouce, et la presse est si grande autour du buffet que Nanteuil, dont la haute taille dépasse toutes les autres, à l'air de poser sa galantine sur la tête de ses voisins. C'est peu ragoûtant, mais amusant au possible ^. »
Le retentissement de « la grande nuitée » fut inouï : et les jeunes gens mis en goût ne songèrent, on le dirait, qu'à renouveler une si copieuse, une si romantique distraction. « La grande fête en fît de petites-. »
Deux passages de nos documents inédits en seront des preuves suffisantes.
t< Chez quelques bonnes douairières où j'ai la faiblesse de fréquenter », écrit <( le flâneur parisien <>, le i. "3 janvier i836, (I il n'est bruit que d'un horrible scandale, provoqué par une orgie de ces satanés romantiques, ainsi que s'expriment quelques âmes charitables, avec des envies folles de se signer, comme si elles entrevoyaient à ces seuls mots les cornes et le pied fourchu de Belzébutli ! Il se serait passé chez le jeune de F*** des choses monstrueuses, abominables, à faire dresser les cheveux des Jeune- France malgré leur rcs[)eclable longueur ! Ilorrescil (ftdsquis referens et surtout qupeqne. On clabaudc au lieu de sourire. Pour quelques flacons vidés, quelques pots cassés, quelques ribaudes lutinées !... J'aurai des détails.
1. Henduol. Cité i)ar M. Ad. Jiillien, le RomanUsmi' et l'éditeur Benduel. p. Ô9. — (Jf. IJalzac {Œiuires comjdètes, VU, p. '|()0, les lllusioiia perdues), sur les orgies roniaiitiiiues.