I. LeHre inédile à l'iaubprl, du '>.'.'> mars i
Quand des femmes de Tyr les troupes désolées De l'aride Jourdain iDarcouraient les \allées
En funèbres habits, On eût dit, à les voir se rouler dans la cendre. Qu'en la sombre demeure elles voulaient descendre
Pour rejoindre Adonis.
Mais bientôt, bondissant d'une joie insensée, Les niies attiraient sur leur lèvre embrasée
Celles de leur amant.
Kt le bruit de l'orgie étouffait sur la plage Les clameurs de la mer, qui couvrait le rivage
De SCS flots écumants.
Ainsi, dans un esprit que la soufTrance brise. Se réveillent souvent, par une étrange crise.
Les instincts delà chair.
Et l'iiomme, dans les feux de la brutale orgie. En son cœur défaillant sent renaître la vie
Prête à s'en détacher'.
Les résultats du régime sont inévitables malgré tout, et ils finissent par s'imposer, eux aussi, avec une inexorable « brutalité ». « Je m'affaiblis beaucoup ». (( Il y a cela de fâcheux que mon estomac se fatigue et qu'il ne me paraît pas qu'avec un tel régime je sois appelé à faire de vieux os- ».
Et que d'autres confidences du même genre aurionsnous encore à citer ! « Hélas ! mon pauvre ami, je suis triste, je suis maussade, d'une humeur de chien hargneux les ti'ois-quarls de mes journées... J'ai toujours mal à restomac... Tout m'ennuie, tout me dégoûte!... /\h ! chienne de vicl... » — '(Au diable l'orgie et les imbéciles qui me la conseillèrent! » s'écrie un pauvre dyspeptique, qui soigne à Vicliy son mal « déjà fort
1. René Descharmes, AlfredLe Poiltevin, Œuvres inédiles, p. 75.
2. Id.. il)., p. \\x. (Lettre inédile à Flaubert, du ij septembre i845).
QUELQUES ELEGANCES ROMANTIQUES 17-
avancé ». — <i Si au moins ou pouvait changer d'osloniac comme de gilet ! » gémit naïvement un troisième. — Un autre enfin, pour mieux se consoler sans doute, u exhale ses plaintes sur la lyre, comme autrefois Gilhcrt et Chatterton ».
Du soleil de mes jours a pâli le flambeau. J'ai prodigué mon àme et mon âme me quitte ; Rien ne retient, hélas ! la douloureuse luite, Je descends lentement les degrés du tombeau '.
Rien d'étonnant en effet quavec la naïve pratique de l'orgie on ne fasse pas « de vieux os ». comme disait mélancoliquement ce pauvre he Poittevin. Et de fait, pour peu quon ait lingénuité de persister, comparses obscurs ou brillants chefs de file, c'est la inême fin lamentable qui vous guette. « Roger de Beauvoir ruiné, démodé, cloué à son fauteuil, trépassa presque oublié ; Malitourne mourut fou ; Lautour-Mézeray finit ses jours dans le gâtisme ; Briffault rendit l'âme à l'asile de Charenton ; et le grand Alfred de Musset lui-même qui avait été si souvent leur compagnon de fêtes, périt tristement comme eux-. »
Et il est bien évident que, pour en venir là, il n'est nullement besoin d'être romantique ; mais il est bien évident aussi que, lorsqu'on doit y Avenir, on y arrive encore plus sûrement et plus vite avec l'aide du romantisme, — d'un certain romantisme.
1. La I" citation est d'Adolphe P*** (i838), la 2% de Raoul B*** (i84o), la 3^ de Louis G*** ( i84a), et la dernière, de Gustave C*** (i836). Tous les quatre paraissent avoir été des «jeunes vraiment jeunes », comme disait précisément Raoul B***, et tous les quatre subissaient aussi les conséquences d'une jeunesse par trop romantique.