I. Cf. CCS Stances, de Casimir Delavignc (IV, p. i
Vivons heureux, la mort est sur nos pas. Que du néant tout ici nous instruise, Et la liqueur que notre soif épuise Et le cristal brisé dans nos ébats 1
Et tout le monde connaît les vers par lesquels Barbey d'Aurevilly célèbre la « maîtresse rousse », c'est à dire l'cau-dc-vie. Le dernier romantique se traitait volontiers suivant les préceptes de l'école romantique.
l'^\ LE ROMANTISME Eï LA MODE
mains d'Yorick ; d'autres ((ridiculement pusillanimes» aimèrent mieux se servir eux-mêmes.
On proposa d'organiser une danse macabre, qu'Vorick aurait conduite. Mais son propriétaire protesta : on aurait pu le lui détériorer. (( Lue émotion rare supprimée )>, gémit notre correspondant, qui se console en observant qu' (( il y a des épiciers partout ».
Les émotions pourtant n'avaient pas manqué. Ceux qui n'étaient pas restés ((ivres-morts sur. le plancher» se retirèrent, comme ils purent, (( en faisant des réflexions ». h'aire des réilexions est l'habitude, comme on sait, de ceux que le langage familier appelle (( les doux pochards ».
Il arrive aussi que. ces réflexions, on les fait au poste de police, et que l'orgie commencée dans la (( salle éblouissante de clarté » s'achève... au violon. Rien ne serait sans doute plus amusant que de parcourir les rapports des (( infâmes agents du guet », comme disaient volontiers les Jeune-France. Les prosaïques, les piètres dénoûments qu'on y trouverait des orgies romantiques ! Ce sont les conséquences immédiates, très ordinaires d'ailleurs, mais en général sans suites trop fâcheuses, de toutes ces juvéniles folies.
Il en est d'autres, moins passagères, plus ennuyeuses surtout et qui sont comme la revanche humiliante de la pauvre et débile nature contre tant d' (( orgueilleuses » et ridicules « prouesses ». Dans quelques correspondances de i85() à i855, que nous avons eues sous les yeux, il est assez souvent question de gastralgie, de gastrite, et autres affections semblables. Ces correspondances étaient signées d'anciens Jeune-France, définitivement rangés. Est-il téméraire de conjecturer que c'étaient les suites naturelles du régime par trop roman ti({ue auquel, vingt ou
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vingt cinq ans plus tôt, les esloniacs avaient été soumis ?
Il y a eu pis encore cependant. La conséquence, il est vrai, ne fut jamais qu'accidentelle, et elle n'atteignit que les malheureux qui commirent l'insigne folie de régler leur conduite sur les imaginations les plus ridicules de la nouvelle école. Mais enfin nous connaissons quelques-uns^ de ces naïfs et de ces malheureux, et nous savons aussi comment ils essayaient de sortir de la torpeur et de l'ennui où il était impossible que la pratique du régime ne les jetât pas tout d'abord : ils s'étourdissaient dans la débauche, et ils demandaient à Tivresse l'oubli momentané d'une réalité « trop lourde et trop douloureuse. »
Quels aveux chez ce pauvre Alfred de Musset et quelle poignante éloquence dans ces aveux !
\u fond des vains plaisirs que j'appelle à mon aide Je trouve vin tel dégoût que je me sens mourir.
Voyez encore l'exclamation fameuse, — qu'on a eu,, semble-t-il. bien tort de prendre quelquefois pour un simple développement de rhétorique :
Oh ! malheur à celui qui laisse la débauche Planter le premier clou sous sa mamelle gauche !...
Mêmes constatations navrées — et navrantes — dans la Correspondance, inédite. d'Afred Le Poittevin : « Je mène une vie très déréglée... > « Je tombe dans la crapule pour me distraire de tous mes chagrins '. >»
En vain demande-t on à la poésie de donner quelque semblant de grandeur et de force à un si piteux, à un si imprudent procédé.