Revue Montalembert : 25 décembre roro, Pp
tocratiques et en novembre 1828 il soutient devant d’Herbelot le principe de l’hérédité de la pairie 1.
Les jeunes sont toujours féconds en projets, voire en ébauches de réalisations. Combien plusun Montalembert, si riche nature et en cette époque si propice aux nouveautés, aux bouleversements, où les créations (journaux, cénacles...) se multiplient.
Montalembert ayant fait, chez le duc de Rohan, la connaissance de G. Lemarcis — qui avait publié quelques articles dans le Journal des Débats — celui-ci lui apprit l’existence d’une « société parlementaire composée de fils de pairs et de jeunes gens aspirant à la députation ». Elle était imitée sans doute des Debating Societies d'Angleterre et bien des futurs chefs de partis français formèrent des conférences de ce genre 2, « On y discute toute la politique du jour. Nous ne manquerons pas, j'espère, d’y entrer » , concluait Montalembert. L'avenir verra réalisée cette vocation parlementaire, et ce projet aussi d’une équipe de catholiques libéraux dont 1l rêvait comme
d’une espèce de congrégation libérale (le terme « congrégation » est en vogue !) formée par tous ceux qui regardent la religion comme nécessaire à la liberté et la liberté nécessaire à la religion 4.
‘ Il écrivait cela à Lemarcis à l’automne 1827 et au même moment précisait avec une audace étonnamment prophétique la formation, en son groupe d’amis, du «noyau du parti religieux libéral » 5. Rio, l’aîné de ce groupe, était déjà épris du Moyen âge au point d’être accusé de partialité par d'Her-
. Lettres d’'Herbelot..…., p. 24.
. Mémoires du duc A. de Broglie, p. 69.
. Lettres à un ami de collège : 10 septembre 1827, pp. 35 et 36. mÉitépar Lecanuet.t 1 p.41.
. Journal : 15 novembre 1827.
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belot, le plus libéral des cinq :. Montalembert n'avait sans doute pas besoin de son influence pour préciser ainsi à ce correspondant le programme du jeune parti : « trouver les moyens d’unir et de concilier les vertus du Moyen âge avec les vertus de notre temps » ?.
En attendant Montalembert se sent isolé et, de Stockholm, où il rompt deslances au titre de jeune doctrinaire, il confesse:
Malheureusement... chaque fois que je dis NOUS voulons ceci, NOUS pensons comme cela, une voix secrète me répond que je parle au nom du Globe et de cinq ou six autres qui pensent comme toi et moi, et non pas au nom de la jeunesse de France à.
Il songe donc à entrer au Globe, et presse même Cornudet d'intervenir en sa faveur. Le mois suivant il y renonce “. Ii n’a pas non plus le temps d'écrire pour le Correspondant qui se fonde, mais il
espère de tout (son) cœur que le journal catholique constitutionnel viendra à bout de paraître. Ce sera le premier symptôme du retour graduel de la nouvelle génération aux saintes idées de la religion de leurs pères 5.
Dans son « exil » il se décourage, ou se refroidit. D’Herbelot, qui s’est récemment converti au catholicisme, le remonte d’ailleurs avec force : « vous êtes de ceux qui sont prédestinés à marcher en tête d’une civilisation. Sans doute le Moyen âge doit avoir pour vous de vifs attraits... Le règne des grandes individualités est passé, c’est aux associations qu'est aujourd’hui livrée la terre » $. Montalembert n’en commence pas moins à estimer bon que les jeunes, en commençant la
1. Montalembert ; Rio (1797-1874), champion del’art chrétien préraphaélite ; Cornudet (1806-1876), le plus intime de Montalembert, « l’ami de collège » qui, sage et bon, suivra une carrière de magistrat ; Lemarcis (1804-1830), tendre ami de Montalembert ; d’'Herbelot (1808-1832), libéral ardent présenté à Montalembert par Rio.
2. Lettre de Montalembert à d’'Herbelot, suite aux Lettres d'Herbelot.…. : 28 juin 1829, p. 278.
. Lettres à un ami de collège : 21 octobre 1828, p. 105.
. Ibidem, 5 décembre 1828, p. 122, et 16 janvier 1820, p. 138. . Tbidem, 16 janvier 1829, p. 130.
. Lettres d'Herbelot… : 7 janvier 1829, p. 47.
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FORMATION 123 vie, soient forcés de ménager les autorités !. Son libéralisme fléchit par instant. Parlant à d’Herbelot du « royalisme pur » de Rio il sent bien que le «même malheur»luipourrait arriver ?. Ce qui ne l’empêchera pas de s'intéresser au projet de journal de ses jeunes amis. Comme il doit réfléchir à la réponse d’Herbelot : « La jeune France est morte avant d’avoir vu le jour. Vous savez combien un journal politique est chose difficile à fonder... * ». Avec quelle ténacité Montalembert s’efforcera de réaliser sous une forme ou sous une autre un, groupement politique ! Au moment même où l’Avenir et l'Agence consommeront presque toutes ses forces, il sera des fondateurs d’une certaine « Société constitutionnelle », baptisée ensuite « Société d'éducation politique ». Élu vice-président le 12 janvier 1831, il prononcera le 18 février un discours sur un système électoral au profit des masses agricoles 4 ; il ne parviendra pas à développer ce groupe et, piteux, consignera dans son Journal du 8 avril suivant que la Société « réduite à sept membres s’est honteusement dissoute ».
Le dégoût de Montalembert qui vit « de foi, d'émotion, de sympathie », pour son siècle héritier du XVIIIe individualiste et analytique 5, son siècle industriel, matérialiste, fier de ses « lumières », de sa civilisation, et si pauvre en dévouement comme en croyances f, ce dégoût ne persiste pas.
Il est convaincu que les idées modernes, tôt ou tard, pénétreront ? et qu'il lui appartient d’y aider. Il rumine l’idée d’avoir un journal, complément de la « Congrégation libérale ». L'Association catholique outre-Manche n’a pas eu de commencement plus brillant 8, remarque-t-il pour s’encourager. Il ne désespère pas du succès de ce journal dont les opinions neuves gagneraient des lecteurs, si l’on pouvait seulement trouver