Mie de Lallemand : Montaiembert ei ses amis, PP
ses vertus ; son vice, timidité. Montalembert le trouve « trop mol » 1, Il manquait de puissance, de caractère. Le lancement de l'Avenir, le 15 octobre 1830, lui fut fatal comme à un «esquif perdu dans l’orageux sillage d’un gros vaisseau » ( Carné). Montalembert, tout en continuant de fréquenter les bureaux du Correspondant jusqu’au mois d'août 1831, date de sa disparition ?, entrera donc à l'état-major de ce vaisseau.
Il quitte le Correspondant après y avoir défendu vigoureusement les hommes qu’il va rejoindre. Dans son / ournal, fin novembre, Montalembert note en effet un petit article qu'il écrit en faveur de l'Avenir dans le Correspondant à paraître le 30 novembre 1830. Il s’agit sans doute des trois pages anonymes intitulées Poursuites dirigées contre F AVENIR *. Le ton est aussi âpre et sarcastique que l’attaque De l’impartiahité des ministres. Il raille
le pouvoir sorti de la tumultueuse arène de Juillet (de) s’effrayer aux moindres clameurs comme s’il n’avait respiré que l'air des cours, et montrer cette susceptibilité hautaine qui, à tout prendre, siérait plus mal encore à une royauté d’un jour qu’à une royauté séculaire.
Il revendique bien haut les principes sur lesquels s’appuie le gouvernement nouveau : les Chambres, dans leur indépendance, constituent à ses yeux « des légitimités aussi sacrées. que la légitimité qu’elles couronnent ». La liberté de la presse est un « droit imprescriptible ». Le pouvoir, « établi sur la base de la souveraineté de l’opinion publique », doit réprimer les délits pour maintenir l’ordre contre la force des factieux, mais non point empêcher « une action lente et régulière » sur la nation ou le parlement. L’auteur s’indigne donc que le ministère entame « contre la presse une lutte systéma-
LT Journal : 10 décembre 1830.
2. Le dernier numéro (t. IV, n° 52, 3° année, mercredi 51 (sic) AnRE 1831) du Correspondant annonce sa transformation en Revue Européenne mensuelle,
3. Le Correspondant, n° 25, t. III, 2° année, mardi 30 novembre 1830, pp. 193-195. La critique de ces pages nous amènerait à croire qu’elles ont Montalembert pour auteur. L’indication du Journal de Montalembert rapproche sensiblement de la certitude.
tique » et traduise comme premiers prévenus « l’illustre écrivain » et ses collaborateurs : qui, loin de se solidariser avec les Carlistes, ont célébré «l'ère nouvelle » que la révolution de Juillet ouvrait pour la liberté religieuse. Les espérances formulées par eux trop généreusement, le pouvoir se plaît à les décevoir, à consolider les mesures de 1828 contre les libertés catholiques. Dans sa fougue, l’auteur atteint même, à la suite de l'Avenir, le point délicat des nominations épiscopales et ranime la querelle desinvestitures. Il proclame, en terminant, que « sous la protection de la Charte » il continuera, lui et ses amis, à parler selon sa conscience.
Montalembert est essentiellement un homme d’action. Son ton, au Correspondant, le montre assez. C’est toute la leçon à tirer de cette collaboration juvénile (trop juvénile peut-être, car il n’est pas sans inconvénient pour un jeune homme, dira plus tard Cornudet à Montalembert, d'entrer si précocement dans la vie publique). Et cette action sera politique, sinon exclusivement parlementaire, comme il le rêvait précédemment, politique au sens large et par là sociale ; politique d’abord, animée du même idéal que cet Irlandais de 1320 dont il releva une épître : « non enim propter gloriam, divitias aut honores pugnamus, sed propter libertatem solummodo quam
nemo bonus nisi simul cum vita amittit » ?.
1. Le gouvernement déférait à la cour d'assises deux articles de l’Aveniy : l’un de Lamennais, l’autre de Lacordaire, qui comparurent le 31 janvier 1831 et furent acquittés par le jury.
2. Archives d’Écotay, note préparatoire à l’histoire d'Irlande.
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