Lettres de Lacordaire à Foisset, t. I, pp. 202 et
5. L'expression est de Montalembert lui-même ; lettre à Cornudet : 10 mars 1834. Correspondance de M. ontalembert et de L. Cornudet,
128; d 6. Lecanuet leur consacre trois chapitres de son premier volume sur Montalembert. Les biographes de Lamennais les étudient aussi évidemment, et les historiensde l’époque, de Thureau-Dangin à M. Weill. Voir aussi Waldemar Gurian : Die politischen und sozialen ideen des Franzosischen Katholizismus, 1789-1914 (1929), 6 kapital, pp. 124-142, qui n’ajoute guère à Lecanuet.
spéciale, nous en résumerons seulement les idées maîtresses et indiquerons les points sur lesquels divergent celles de Montalembert.
Champion du catholicisme et de la liberté, l'Avenir veut défendre les droits de Dieu par l’obtention de quatre libertés, les droits de l’homme par le rétablissement des cellules sociales, les droits des peuples par leur émancipation, ceux de l'Église par la Séparation. L’Avenir s’allie aux libéraux sincères contre le conservatisme timoré de la Monarchie de Juillet et de la hiérarchie catholique, contre les représentants surannés de la Sainte-Alliance.
Des révolutions ont, depuis quarante ans, bouleversé la France. Le chrétien, quand tout s'effondre ainsi successivement, par la puissance de sa foi se confie dans son Dieu, se sent en sécurité absolue à bord de la barque de Pierre qu’aucune tempête n’a fait sombrer. L’Avenir défend donc, d’abord, le Dieu des chrétiens, en ce temps où les prêtres parisiens ne peuvent sortir en soutane. La Croix, écrit Montalembert dans des pages célèbres, transmise par un Dieu mourant à son Église, elle a passé de main en main jusqu'à son vicaire d'aujourd'hui et pour la deux cent
. cinquante-huitième fois elle vient de s'étendre avec d'innombrables bénédictions sur la ville et le monde.
Cette croix le peuple de Paris l’a brisée « mais nous la mettrons dans le sanctuaire de nos cœurs... in hoc signo vinces.. » La {or?, n’y en a-t-il plus dans le monde ? Si ; elle renaît sur les deux continents, car ceux qui prétendent rejeter le don de Dieu pour l’humanité, « sa voix séculaire (les) somme d’inventer du moins quelque fantôme qui puisse tenir lieu de notre Dieu ». Si cette foi reste étouffée en France encore un temps, « sainte religion de notre Rédempteur.. laisse-nous te suivre dans ton désert, laisse-nous n'avoir d’autre refuge que ton sein, fidèles à toutes tes destinées, fidèles à ta liberté et à ta gloire, encore plus fidèles à ta solitude et à ta misère ».
Mais Dieu n’est point du passé, Dieu est éternel ; le catho-
1. Avenir : 11 février 1832. 0.C; €. IV, pp.-172.80. 2. C’est le titre de l’article. Avenir : : 3 août 1831. — O. C., t. IV, pp. 202 sq.
licisme n’est point mourant, il est vie. Avant le christianisme, fut le premier âge de l’humanité, ou règne de la force. La chrétienté constitua « un grand collège à l’usage des peuples », où s'étend de plus en plus le règne de la raison. Le troisième âge s'ouvre devant nous : le règne de l’amour. On reconnaît là cette philosophie de l’histoire si chère aux contemporains. Le présent est à la liberté, la vie du siècle c’est la conquête de la liberté par l’humanité qui sort de l'enfance; la Révolution est due à cette profonde aspiration vers la liberté que Dieu lui-même a mise au cœur des hommes et que le christianisme y a développée. Ce mot magique « liberté » sera donc mot d'ordre passionné à l’Avenir : « Dieu et liberté » sa devise, l'alliance des catholiques et des libéraux sincères son objectif.
L’Avenir dès son « prospectus » du mois d’août 1830 définit le libéralisme sincère, par opposition à l’ancien libéralisme intolérant « héritier des doctrines destructives des philosophes du xvin!e siècle » : « Le jeune libéralisme qui grandit et finira par étouffer l’autre : se borne en ce qui concerne la religion à réclamer la séparation de l’Église et de l’État... » Étudiant les sociétés secrètes, de Coux oppose aux associés français les fanatiques dangereux qui menacent la religion et la société (Montalembert le 20 février consigne dans son Journal l'assassinat d’un prêtre), les « visionnaires » fils de 93 qui travaillent les péninsules. Leurs sociétés, écrit-il en parlant des Français, ont joué un rôle capital dans les journées de Juillet. mais un rôle modérateur, organisateur, car « chez nous du moins (elles) ont perdu cet impitoyable fanatisme qui fut leur caractère distinctif dans la première révolution... » ?.
Montalembert termine un appel amical aux légitimistes, ulcérés par l’accusation de provocation que Lamennais leur a jetée après le sac de l’archevêché, « À ceux qui aiment ce qui fut 3», par ce cri souvent cité : « …. nous avons enfin trouvé
1. D'ailleurs le faux libéralisme, écrit Lamennais à Mme de Senfft le 8 novembre 1831, est « un moyen dont se sert la Providence pour accomplir une certaine portion de l’œuvre qu’elle prépare, comme elle se servit des barbares pour renverser le vieil édifice de l’Empire romain dont la destruction était nécessaire pour que le royaume de Jésus-Christ pût être fondé ».