‹ Le romantisme politique de Montalembert avant 1843Chapitre 123 sur 394 · Avenir : 6 mars 1831. — O.C.,t. IV, pp. 179 sq · texte numérisé non relu

Avenir : 6 mars 1831. — O.C.,t. IV, pp. 179 sq

une cause qui ne vit que de dévouement et de foi... : le monde régénéré. par la liberté et la liberté régénérée par Dieu ».

Alliance entre catholiques et libéraux. Les premiers ne soutiendront pas seulement le gouvernement issu de la révolution, ils s’opposeront plutôt à sa politique dite de « résistance » au courant révolutionnaire, tant ils considéreront comme fatal le progrès démocratique, et indispensable de le suivre pour n'être pas suspects. L’Avenir est nettement, sinon bruyamment, républicain, par réalisme surtout. Des réalités s'imposent : destruction totale depuis quarante ans, par la violence, la législation et les mœurs, des cadres de l’ancien régime, substitution de l'égalité aux privilèges, isolement des individus. Donc on est, de fait, en république et en république démocratique : depuis seize ans « un homme qu'on appelle Sire » est une irresponsable machine à signer ; depuis Juillet, « la magie de la royauté a disparu et son impuissance comme doctrine n'est plus un mystère » ; la pairie n’a « aucune racine dans l’ordre social » actuel puisqu'il n’y a plus d’aristocratie. La Monarchie de Juillet sera donc critiquée, dans sa constitution interne elle-même, comme une « espèce d’hybride », comme fondée sur des utopies, comme improvisant sans élément préexistant une monarchie à l’anglaise, par la faute des doctrinaires qui se sont crus à Londres en 1688 au lieu de donner à la France la constitution américaine de 17761.

L’âpreté du ton, l'audace de la pensée suscitent des inquiétudes en haut lieu. Cousin, qui aimait assez Montalembert, lui déclarait : « Si j'avais le pouvoir, je vous ferais tous

1. On a ainsi résumé des articles de l'Avenir des 18, 30, 31 octobre 1830 ; 2, 3, 11 janvier, 9 mars, 28 mai et 4 novembre 1831. Le 6 février 1831, Montalembert signale dans son Journal la publication d’une Déclaration des principes de l'Avenir dressée par Gerbet et corrigée par Lamennais. — On sait que 1776 est la date de la déclaration d’indébendance et non pas de la constitution rédigée onze ans plus tard.

fusiller » 1. L’imprimeur de l'Avenir, Poussielgue, ayant (le 18 juillet 1831) sollicité du ministère de l'Intérieur l’autorisation d'installer des presses dans les bureaux du journal, le fonctionnaire responsable déclare dans son rapport que « l'Avenir est l’un des journaux les plus anarchistes » et réréclame une enquête de police. La note de police conclut au danger de « laisser des presses qui pourraient servir à la production d'ouvrages hostiles aux institutions de la Révolution de 1830 » ?. Périer gouvernait alors, qui avait inauguré le

3 mars une politique de résistance spécialement dure pour la presse. Ces mesures étaient justifiées par le caractère endémique de l’émeute que Montalembert, garde national, avait lui-même plus d’une fois réprimée. Le 11 janvier 1832, six mois plus tard, Cornudet pouvait écrire à son ami qu’il ne doutait pas de la chute de Louis-Philippe et d’une terreur consécutive, que l’apologie de la Convention était de plus en plus bruvante *.

Aussi bien, par une inconséquence que la justice impose de remarquer, si l'Avenir s'allie aux libéraux en faveur du mouvement et contre la résistance, s’il vomit le juste milieu, il ne croit pas se contredire en répudiant hautement l'esprit révolutionnaire et ses manifestations émeutières. « Les dégoûtantes orgies des hommes qui réclamaient une liberté ennemie de Dieu ont inspiré une profonde aversion aux peuples », assure-t-il 4 L’Avenir en revient toujours à sa distinction initiale entre l’ancien et le nouveau libéralisme, le jacobin et le « sincère ».

« La tendance démocratique du Catholicisme est assurément le plus remarquable des phénomènes de notre époque » ÿ,

1. Grimaud : p. 29, citant le Journal de Montalembert, 28 novembre

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