I. LA CONDAMNATION
Le
Brutal arrêt en pleine action.
Puissante par le génie de Lamennais, la doctrine de l’Avenir teintera pendant plus d’un siècle l’éternel courant catholique libéral. Opportune, sa méthode de combat sur le terrain légal servira un peu plus tard de modèle. L’une et l’autre marqueront Montalembert.
A cette heure la première est plus que suspecte : la seconde vouée, par suite, à rester sans application. Les outrances de Lamennais ont été propres à rendre indéfendable une position difficile, décisives les oppositions prévues et mortel le manque de fonds. Dès le 24 janvier 1831, Montalembert avait d’ailleurs signalé dans son Journal un cri d’alarme du Père Ventura et le 23 avril une grave alerte financière.
Le jeune pair apprend, pendant son voyage de propagande, par une lettre de Lacordaire du 29 octobre, la résolution de ses amis de suspendre l'Avenir. Le coup est d'autant plus cruel pour Montalembert que quinze jours avant il s'était décidé à envoyer de Gap à sa mère une lettre de séparation,
et s’accrochait plus que jamais au passionnant labeur de l'Agence, Parti incontinent pour Paris, il assiste le 11 novembre à la réunion des actionnaires, au cours de laquelle est décidée la suspension. La nuit du 14 au 15, il la passe jusqu’au lever du jour aux bureaux de l'Avenir, en plein désarroi. Le 15 paraît le dernier numéro, avec le grand article d'adieu que Montalembert à mis deux jours à composer. Le 21, dernière réunion complète de l’A gence chez M. Féli.
Avec celui-ci et Lacordaire, qui le précèdent à Lyon, Montalembert part pour Rome afin de plaider auprès du Pape. Fugitive est son intuition d’une condamnation possible ?, Et cependant l'exposition des principes publiés dans l'Avenir était demeurée sans réponse à.
Ils vont, persuadés que l’épiscopat s’est prononcé contre l’Avenir parce que salarié du gouvernement et poussé par lui, convaincus que le seul moyen de lever cette opposition paralysante est de montrer à Rome l’orthodoxie de leur catholicisme, assurés que l’approbation sera retardée par des pressions diplomatiques. Mais elle viendra, car la vérité prévaut tôt ou tard. Le temps et les révolutions travaillent pour EDS
Montalembert termine à Rome cette année 1831 pendant laquelle il a vu mourir son père, détruire son foyer et disparaître aussi son tendre ami Gustave Lemarcis. Cette année de ses vingt et un ans a marqué avec éclat son entrée dans la vie publique au rang de pair, naguère le premier du royaume, aux côtés du plus vigoureux et séduisant des chefs catholiques… ÿ.
La première impression produite par Rome sur Montalembert n’est pas favorable. Il est intéressé par ce qu'il voit, mais attristé et effrayé. Il croit Rome « bouleversée » par leur arrivée et leurs adversaires décidés à empêcher leur succès.