‹ Le romantisme politique de Montalembert avant 1843Chapitre 157 sur 394 · Ozanam : Lettres, t. I, p · texte numérisé non relu

Ozanam : Lettres, t. I, p

4. Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie, t. II de la deuxième édition.

raire polonaise fondée le 29 avril 1832, par douze Polonais et par son ami d’Herbelot, traducteur de Mickiewicz. Il prendra séance, le 28 mars 1833,aux côtés de ce dernier qu’il admire passionnément, et de Félix de Mérode, élu le 8 novembre précédent, À Rome déjà il a été l’habitué des salons de l’émigration polonaise. Il a écrit, sur l’album où la comtesse Ankwicz réunissait les pensées de Mickiewicz, Lamennais et autres illustres amis, une Prière d’un Catholique français pour la Pologne. Plus qu’un écho de l’hymne Dors, 6 ma Pologne, donnée par son maître aux feuillets précédents, la Prière est vraiment une prière surnaturelle. Datée de Rome, le Vendredi Saint 20 avril 1832, elle se termine par un cri à la Vierge : « Vous aurez demandé, à Celui qui ne sait rien vous refuser, de rendre bientôt à la justice divine son éclat, aux exilés, aux captifs leurs foyers, à l’Europe la barrière de son indépendance, à l'Église sa noble fille du Nord, à tous les cœurs qui aiment Dieu et la liberté, une patrie » ?.

Montalembert s’est lié d’une profonde amitié avec le comte Plater *. Bien plus ; son cœur avide d’affection féminine — Élise disparue, sa mère inexistante —- s’est épris de la princesse Hedwige Lubomirska, dont il a fait connaissance le 9 février 1831, et cette passion le possède. C’est un peu de son amour qu'il retrouve parmi les héros de l'insurrection. Vibrant d'indignation contre les persécuteurs impériaux, Montalembert collabore aux efforts de Plater pour préserver l’âme polonaise. Il lui communique un projet mennaisien de collège polonais et tente de le réaliser 4. Ensemble ils essaient, surmontant mille difficultés, de fonder un journal de défense polonaise dans lequel ils espèrent « maintenir (leurs) doctrines d’une manière détournée et en les appliquant Hphemens à la Pologne, ce qui n’effraiera personne ».

1. Marcel Bouteron, Pologne romantique, pp. 172-178. Dans cet ouvrage tout un chapitre très documenté est consacré au Livre des Pèlerins..

2 LE Correspondant, t. 139 de la collection (Nouvelle série, t. 103). Paris, 1885, pp. 168 sq.

3. Journal, passim. — César Plater (1810-1869) quitta la Pologne après l'insurrection de 1830.

4. Lettres. à La Mennais, édition Goyau et P. de Lallemand, pp.58, 72, 78, 81, 82, 90.

En juillet 1833, à son retour de la Chesnaie où il a passé une dernière fois quelques jours !, Montalembert voit publier le POLONAIS, journal des intérêts de la Pologne ?, sous son patronage et celui de cinq autres pairs et de plusieurs députés dont Arago, La Fayette, le marquis de Gramont, Odilon Barrot, etc. Le Polonais a des correspondants dans les différentes capitales. Le numéro I contient un article de Montalembert, Consolation : « un jour la Pologne ressuscitera : un jour elle reprendra le rang qui lui est assigné par la peur des despotes, par l’amour des peuples. Nul ne sait quand, nul ne sait comment, mais cela sera... » Montalembert consigne alors à part, quotidiennement, les événements de Pologneë. On remarquera, entre parenthèses, l’inconséquence avec laquelle il appose en tête du Polonais son nom à côté de celui de Barrot qu'il venait de juger sévèrement ; la gravité aussi d’une compromission avec cet ardent chef du « mouvement » , révoqué par Périer' en 1831.

Pour revenir aux Polonais, notons qu’ils rencontraient en France une sympathie presque unanime aussi bien à droite par leur catholicisme, qu’à gauche par leur nationalisme évocateur des souvenirs communs de la Grande Armée. Cependant, malgré l’influence des quelques Polonais notables émigrés en France, qui dirigeaient les entreprises auxquelles Montalembert se livrait, ces projets échouent, pour plusieurs raisons, spécialement «les mesures atroces du gouvernement » qui expulse trois de leurs auteurs .

1. Parti le 20 juin de Paris, Montalembert arriva le 25 à la Chesnaie, après avoir vu le 23 à Rennes, l’abbé Jean de Lamennais. Il resta jusqu’au 7 juillet près de M. Féli où il retrouva Élie de Kertanguy et l’abbé Gerbet et poussa le 5 une pointe jusqu’à Malestroit pour rejoindre l’abbé Rohrbacher. (Itinéraire manuscrit. Archives d’Écotay et Journal).

2. Revue format grand in-80, Paris, 12, rue Vivienne. Chacun des deux premiers numéros, les seuls que nous ayons trouvés, juillet et août 1833, contient 80 pages. La revue parut au moins trois ans puisque le 5 mai 1836 Montalembert en parle encore avec détails à Anckarsvärd. (Revue d'Histoire diplomatique citée, p. 62).

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