III. LA SOUMISSION
La sensibilité de cette génération romantique souffrait à l'excès de tous les heurts de la vie. Dans le petit groupe de Montalembert et de ses fidèles ils étaient ressentis cruellement. Les amours de ces jeunes gens les torturaient : Albert de La Ferronnays était épris d’Alexandrine, Rio de Miss Jones, Plater d’une certaine Hortense, Montalembert d'Hedwige..…… Entre amis des drames éclataient : Rio se brouillait avec Montalembert en Allemagne ; des lettres vives étaient échangées avec Lacordaire ; et Cornudet le sage recevait aussi les dards de son susceptible ami. Les réconciliations suivaient, aussi passionnées. Ils rêvaient d’un bonheur idéal, immortalisé par le Récit d’une sœur et se déchiraient à toutes les épines humaines. L'on imagine aisément la douleur et l'irritation d’un de ces hommes, surtout isolé comme Montalembert, sous le coup de la condamnation romaine. Les ennemis des mennaisiens exaspèrent, comme à plaisir, la souffrance de ces suspects. Montalembert, de passage à Toulouse en 1832 !, écrit à
1. Du 12 octobre au 18 novembre, Montalembert parcourt le Sud-Ouest via Poitiers, Angoulême, Périgueux, Agen, Toulouse, Pamiers où il vit l’évêque Mgr de Latour-Landorthe, Foix, Bordeaux, Angoulême et retour à Paris. (Feuillet d'itinéraire. Archives d'Écotay). Pendant ce voyage il cherche surtout une propriété, désirant transfor-
l'Album Catholique pour requérir une insertion en termes belliqueux : « ayant l'honneur d’être compté parmi les disciples de M. de la Mennais…. » La réponse de l’Album suinte de fiel : « M. de Montalembert, jeune homme à l’air mystique, à la fine moustache, est passé dans notre ville le 9 ou le 10 courant, au retour de son romantique pèlerinage dans la trop séduisante Ariège... »
Quelle réaction provoque chez ces papelards Le Livre des Pèlerins ! Chaleureusement Lamennais applaudit, lui, et Michelet, et Hugo, La Fayette, de Guérin. Lacordaire et Cornudet blâment au contraire amicalement ?. « Tu as fait trois fautes cet hyver, lui écrit le premier (13 juillet 1833) :ta Préface des Pèlerins qui est d’un enragé.., ta réunion de jeunes gens qui a ressemblé à un club républicain, et l'argent que tu as donné pour ce journal polonais » ?.
Rome condamne.
Grégoire XVI, dans un Bref à l’évêque de Rennes (5 octobre 1833), reprocheà Lamennais une lettre publique et le «Livre des Pélerins Polonais, écrit plein de témérité et de malice au commencement duquel il n’ignore pas tout ce qu'a dit longuement et avec violence l’un de ses principaux disciples que nous avions reçu ainsi que lui avec bonté l’année dernièrei. Dé:
Sa douleur Montalembert la crie à Albert de La Ferronnays:
Francfort, 2 décembre 1833.
tt quelque chose qui bouleverse tout à fait ma vie, c'est le Bref du Pape où mon livre sur la Pologne est dénoncé comme un écrit plein de témérité et de malice, où je suis par conséquent marqué comme un objet de réprobation et de suspicion pour tous les ca-
mer son majorat de pair (dix mille francs de rente) en biens-fonds. Il ne semble pas alors envisager cette acquisition comme un moyen de s’enraciner à la terre de France. (Correspondance de Montalembert et de L. Coynudet, p. 75. Lettre de Montalembert : 20 octobre 1832).