Cf. notamment ©. C., t. I, p
5. Lettres inédites à Guerrier de Dumast : 6 avril 1839 et 15 décembre 1841. — Archives de la famille de Dumast, à Nancy.
fâcheux devient « insoutenable » par moments. Tel prêtre, qu'il n’a jamais vu, lui demande un prêt de quarante-cinq mille francs sans intérêts, tel autre un canonicat et ainsi de suite, & sans compter les poètes laïcs et ecc'ésiastiques » qui lui adressent leurs vers ! En son portier il voit « le seul homme du monde » à qui il doive « un peu de repos et de ne pas devenir fou tous les soirs » 1.
Aussi Montalembert se montre-t-il impatient de quitter la ville et non pas, dit-il lui-même, pour se
créer une influence ou une existence considérable en province... Il est évident que pour moi, tant qu’il y aura une Chambre des pairs, le champ de bataille est à Paris. C’est là et par là seulement que je puis espérer de rendre quelques services à la vérité. S'il me fallait après avoir bataillé six mois à la tribune, dans la presse, dans les salons à Paris, recommencer la même vie à la campagne, avec peut-être encore plus de peines et moins de résultats, je n'y tiendrais pas... je retournerais à Paris l’esprit aussi fatigué et le porte-feuille aussi vide que lorsque je le quitte ?.
Il entend défendre l’Église par ses livres et par ses discours. Ow’on lui permette d’y travailler. Las d’être regardé « comme une sorte de commissionnaire », il proteste qu'il n’a pas « succédé à M. de Talleyrand comme agent général du clergé » et, le 23 mai 1838, déclare tout net que son caractère et ses devoirs s'opposent également à ce qu’il consume ses journées dans les antichambres de tous les ministres. Il ajoute pertinemnient qu’il est très bon de laisser les catholiques souffrir de l’absence d'appui à Paris. « Cela leur apprendra à s’isoler de la vie publique et nationale » au lieu de voter pour les députés ministériels en les obligeant à s'occuper d’eux 5. Montalembert n’a pas, soit dit en passant, une considération extrême pour les députés dont Royer-Collard peignait au même temps la vie comme « vulgaire » et « abrutissante » 4 Membre de la Cham-
1. Lettres à Guerrier de Dumast : 6 avril et 2 novembre 1839; partiellement utilisées par le P. Lecanuet.
2. Lettre inédite à Guerrier de Dumast : 21 ‘septembre 1830. Archives de la famille de Dumast, à Nancy.
3. Lettre inédite à Guerrier de Dumast : 23 mai 1838. Archives de la famille de Dumast, à Nancy. ?
4. Royer-Collard à Tocqueville : 21 novembre 1837. Nowvelle covrespbondance inédite de Tocqueville, p. 160.
bre haute il leur réserverait volontiers les basses besognes.
Après avoir sacrifié ses études, d'assez mauvais gré parfois, pour user en faveur de la politique catholique son temps, son intelligence, et jusqu’à ses bottes car il n’est « point assez riche, assure-t-il, pour se faire voiturer en cabriolet » 1, il se retire donc avec joie à Trélon dans le Nord chez son beaupère, ou à Villersexel, en Franche-Comté, chez les Grammont, deux régions extrêmement religieuses, pour v travailler. Ce dernier mot prend tout son relief quand on lit dans l’introduction aux Moines d'Occident avec quelle conscience scrupuleuse l'historien conduisait ses recherches, au prix d’innombrables journées ?, des journées qui commençaient à six heures du matin.
Montalembert entrecoupe de voyages ses laborieux séjours en province. La « course au château » le préoccupe. Pouvant et devant s'attacher désormais à un domaine, soit en vertu de l’adage res mobilis res vilis, soit pour s’enraciner, il parcourt la France des Ardennes à Vézelay, de Quimper au Jura. Il a voyagé infatigable, à travers l’Angleterre, la Suisse et la Belgique pour ses affaires de famille. De 1839 à 1841 les provinces françaises le conquièrent tour à tour. Franche-Comté et Bretagne se disputent — elles aussi ! —- ce cœur « innombrable ». Se fixer lui coûte infiniment : c’est un choix, et une obligation. Il se décide à acquérir la Roche-en-Breny (depuis : Brenil), aux confins de l’Auxoiïs et du Morvan, château cerné de douves, flanqué de tours, comme il se doit.
Ses pérégrinations, d’autres buts les motivent. L’historien de sainte Élisabeth prépare un Saint Bernard 3% et cherche partout des documents cisterciens : archives et abbayes. L'artiste épris du Moyen âge s’est croisé « contre le vandalisme ». Donjons et cathédrales ont en lui plus qu’un admirateur, un défenseur, puissant à Paris nous l’avons dit.
Le poète, au vrai, trouve en tout ceci son compte mieux que le politique. Il goûte le pays de France plus qu'il ne l’é-
1. Lettre inédite à Guerrier de Dumast : 25 mars 1838. Archives de la famille de Dumast, à Nancy.