‹ Le romantisme politique de Montalembert avant 1843Chapitre 230 sur 394 · Cf. les ouvrages de Mile de Lallemand et du P. Lecanuet · texte numérisé non relu

Cf. les ouvrages de Mile de Lallemand et du P. Lecanuet

pondant de 1828, prendra à son tour un rang de choix dans l’'amicale couronne, sans qu’en souffrent Plater, Skrzynecki, les autres compagnons ou guides des heures dures. Séparé le plus souvent des uns, Montalembert leur écrit longuement des lettres qui reflètent exactement sa personne et son existence. Par centaines elles vont de Villersexel à Paris, à Londres, à Rome, à Prague, de Munich à Paris, de Paris à Bruxelles, tissant un réseau unique d'amitié et d’information. Celui-ci est complété par l’innombrable, « l’écrasante », dit Montalembert !, correspondance occasionnelle ou régulière entretenue par lui en France et à l'étranger avec les hommes les plus divers. Cette diversité est assez marquée à un dîner qu'offre Mme de Tascher. M. et Mme de Montalembert y rencontrent Lerminier et le général Bugeaud, Sainte-Beuve et un marquis florentin ?.

Montalembert se crée ainsi des relations originales, indépendantes de ces mondanités qui plient à leur esclavage la plupart des personnes de la « société ». L'absence de famille française très proche, et le désarroi qui divise cette «société » depuis 1830, facilitent d’ailleurs l’indépendance à Montalembert. La haute bourgeoisie, les anoblis de l’Empire, quelques familles comme celle de La Fayette forment la Cour de Louis- Philippe. La majorité de l’ancienne noblesse, « le faubourg Saint-Germain », affiche son légitimisme. Montalembert ne fraye volontiers ni avec l’une ni avec l’autre fraction. Il abhorre les légitimistes, malgré Rio et La Ferronnays. Il cultive même la férocité aux dépens de cette race. Ainsi il baptise Nettement l'aîné « l'esprit le plus faux, le plus arrogant », « le Lerminier du légitimisme pseudo-catholique » 5. Il répugne à ce règne de la bourgeoisie qui s'établit sous la Monarchie de Juillet.

Montalembert ne boude pas systématiquement ces milieux. I voit Berryer, Chateaubriand et Mme Récamier, Lamartine, et n'est pas fâché de rencontrer « les plus beaux noms de

1. Lettre à Cornudet : 7 octobre 1837. Correspondance de Montalembert et de L. Cornudet, p. 210.

2. Lettre de Sainte-Beuve à Olivier : 18 juin 1838, édition Bonnerot, t 1lSp#387.

3. Lettre à Cornudet : 26 janvier 1840. Correspondance de Montalembert et de L. Cornudet, p. 229.

France : », d'accompagner Me de Montalembert au concert ou au bal.

Montalembert n’abandonne pas pour autant la Conférence de Saint-Vincent-de-Paul à laquelle il s'était inscrit, dès qu'Ozanam l’eut fondée et qu'il définissait alors à Skrzynecki comme

une réunion de cent cinquante étudiants en droit et en médecine qui se sont réunis pour visiter les pauvres, disposer les malades des hôpitaux à se confesser, aider les Frères ignorantins à faire la classe aux ouvriers ?.

Ajoutez à cela la politique, qui dévore le plus clair de son temips, ou les à-côtés de la politique, comme le Comité supérieur des Arts et Monuments historiques présidé par le ministre de l’Instruction publique, dont Montalembert est nommé membre en février 1838 #, La récente création de ce comité est tenue pour un succès par les romantiques, dans la bataille qu'ils livrent pour le passé médiéval. L'importance du rôle de Montalembert dans ce mouvement {mériterait une étude spéciale. On notera seulement ici que la « croisade contre les Vandales », Ja restauration de Notre-Dame de Paris, etc. accroissent la charge de Montalembert, et on le réputera un des Parisiens les plus surmenés.

Cette activité fébrile qu’il déploie à Paris le déçoit :

J'ai besoin de souffler un peu avant de rentrer dans le torrent, écrit-il du Nord;et encore:l’hyver de Paris me fatigue et m'ennuie de plus en plus, parce que de plus en plus je suis frappé de la stérit lité de tout ce que j'y fais. Si Dieu m'avait donné plus de talenje ne dis pas que mon rôle eût été à dédaigner mais tel que je suis ma voix est trop faible pour ne pas se perdre dans l’abîme 5.

Le fardeau des sollicitations dont il est l’objet, le défilé des

1. Journal, 3 juin 1836 ; 14 février 1838 ; 14 juillet 1838 ; 1° février 1639, etc...

2. Montalembert au généralissime Skrzynecki, op. cit., p. 22.

3. Montalembert à Rio : 25 février 1838, cité par Sr. C. Bowe : F. Rio, p. 182.

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