Journal : 2 avril
d’honorables orateurs ne m'inquiète pas. Si c’est l’idée, je trouve que c’est au fond l’idée modérée, raisonnable, l’idée honnête de la révolution de Juillet, c'est-à-dire la prépondérance des vœux légitimes du pays, exprimés d’une manière légale dans ses propres affaires. Si c’est le mot qui effraye.. en supposant même que ce mot renferme tant de dangers inconnus, j’oserai dire à la Chambre des pairs qu’en l’adoptant elle lui ôtera beaucoup de sa force et peut-être tout son danger 1.
Second épouvantail, « l'avènement de la gauche ». Montalembert s’en félicite, quoique ne partageant point ses idées, car elle constitue une force puissante qu’il serait dommageable de reléguer systématiquement dans l'opposition. L'approche du pouvoir émoussera la pointe trop destructrice de ses critiques, — Montalembert blâme en passant le refus de la dotation et autres mesquineries, — dégagera les vrais politiques du parti des extrémistes dangereux. Il rappelle ensuite que Thiers est l’auteur des lois de septembre, et reconnaît sa propre erreur de les avoir combattues. Il s'élève enfin au motif principal de son adhésion au nouveau ministère, le premier, dit-il, qu’il se trouve complètement disposé à appuyer quoiqu'il ne se soit jamais opposé irréductiblement à aucun :
Ici je crois être d’accord avec ce qu'a dit le spirituel préopinant sur les misères et les petitesses de nos discussions actuelles... Mais savez-vous ce qui souffre, ce qui déchoit au milieu de ces discussions ? c’est la grandeur, l’influence légitime de la France. Oui, dans ces grandes questions de politique générale qui se présentent et se résolvent au milieu de l'indifférence et des tâtonnements d’une société qu’on pourrait croire infidèle à sa mission, il y à une idée qui prend cours dans le monde : c’est que la France s’amoindrit.. je me dis que, lorsque la postérité viendra à connaître nos interminables discussions et leurs imperceptibles ré-
sultats, je crains fort qu’elle ne caractérise notre) époque de halte dans le vide ?.
Or, Montalembert espère que Thiers libérera l’enseignement, réorganisera l’armée, sauvera le prestige national, éclatant sous la monarchie absolue et au lendemain de la révolution de Juillet 3.
TAOMCNNE ICE ES 2. Ibidem, pp. 216 et 217.