‹ Le romantisme politique de Montalembert avant 1843Chapitre 277 sur 394 · Ibidem, pp. 216 et · texte numérisé non relu

Ibidem, pp. 216 et

CARRIÈRE OUVERTE 357 x x

Champion du régime parlementaire, Montalembert entend défendre les prérogatives des Chambres qui le garantissent. Dans la discussion d’une loi de travaux publics, il intervient le 24 juin 1840 contre le ministre, soulignant ainsi son indépendance :

lorsqu'il y aura contradiction entre ce que je regarde comme l'honneur de cette assemblée et les volontés d’un ministère quelconque, même de celui auquel je serais le plus dévoué, je n’hésiterai jamais.

Intransigeant, Montalembert ignorera toujours les « combinazioni», les souplesses de la camaraderie parlementaire, voire les intérêts de la tactique. Il n’admettra pas qu’un ministre prie les pairs de ne pas amender la loi « ni surtout vienne dire à cette tribune, vienne dire que la Chambre des pairs, en amendant une loi, la rejette ». Cela lui paraît tout à fait inconstitutionnel. Lui objecte-t-on que la plupart des députés ont déjà quitté Paris, d’où impossibilité pour eux d’examiner un amendement qu’introduiraient les pairs, Montalembert réplique : à chacun ses responsabilités ; discutons à fond, amendons, et les députés seront bien obligés par leurs électeurs d’attendre à Paris « l’expiration légale de (leur) mandat »t. Les pairs applaudirent. Thiers, fort mécontent, répondit. Montalembert lui répliqua. Ses collègues lui surent beaucoup de gré de son attitude si libre vis-à-vis du ministre qui lui confiait à ce moment même une mission en Orient, et, croyait-on, l’ambassade de Munich ?.

Le 11 février 1841, la pairie ayant été injuriée dans le National, le baron Séguier demandera aux pairs de délibérer séance tenante et en comité secret. Montalembert réclamera contre cette précipitation et contre le secret, nuisibles, selon lui, à la dignité de la Chambre. Le 31 mars 1841, il s’élèvera contre la prétention du gouvernement Soult-Guizot de faire

FONCIA LE D227 2. Journal : 24 et 25 juin 1840.

voter sans amendement par les pairs la loi sur les fortifications de Paris. Non ! la Chambre haute n’a pas pour fonction d’enregistrer et de parafer les décisions d’autrui. Le public chuchote : « la Chambre des pairs ne veut pas des fortifications. mais elle les votera ». Eh bien !

rendez au pays la conviction qu’il avait sous la Restauration, la conviction que ses libertés et sa sécurité trouveraient toujours au Luxembourg une force indépendante, qui élèverait contre les erreurs possibles de la couronne et de la Chambre élective une barrière infranchissable.

Et si l’on dit

Votez pour, parce que autrement vous affaiblissez le pouvoir ; votez pour, afin de sauver le ministère. Voilà ce que ] appelle une capitulation de conscience. Pour ma part je n’en signerai jamais !.

Un an plus tard, dans des circonstances semblables, le même ministère invitera les pairs à voter sans amendement un projet sur les lignes de chemins de fer, et ses partisans invoqueront le zèle des gouvernements absolus pour ce progrès. Montalembert répondra, évidemment, par l'exemple de l’Angleterre :

Qui a jamais songé à lui dénier la faculté de concilier toutes ces grandes œuvres politiques avec ses institutions libres ? Et pourquoi, Messieurs, la lui reconnaît-on ? Parce qu’elle possède réellement les trois pouvoirs, parce que la Chambre haute y est une véritable aristocratie politique, investie en fait de toute l’indépendance et de toute la puissance à laquelle nous aussi nous avons droit.

Et il terminera en citant le mot fameux:« La cour rend des arrêts et non pas des services » ?.

Ce jour-là encore Montalembert sera battu ; par cent vingt-deux voix contre six ! Mais il aura, sans jouer de la bande, manifesté ses principes...

Avant de quitter la France en juillet 1840, pour la mission qui sera étudiée ci-dessous, Montalembert participa active-

1. O.C.,t. I, pp. 285 et 286 ; Journal : 15 février 1847. 2. Ibidem, P. 345.

ment aux travaux du Comité des Arts où l'avait introduit un article de l'Univers sur l’art religieux, article remarqué par M. de Salvandy. Il plaida devant la Chambre pour la conservation des monuments historiques 1. L'on ne retracera pas ici toutes les interventions de Montalembert dans ce sens. Du moins convient-il de les rattacher à son effort constant en faveur d’ « une politique élevée ». Il sauvegarde, par devoir autant que par goût, le patrimoine artistique et historique, humain et chrétien de la France.

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