I. AU SERVICE DU CATHOLICISME
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| J'ai touché deux fois, dans l'affaire Belge et sous le ministère Thiers, au moment où ma vie allait être transportée sur un grand théâtre : mais au bout d’un instant ces chances de haute et puissante activité se sont évanouies, se sont changées en amère dérision. Il me faut bien le reconnaître, avec une trop incontestable évidence, ma vie publique, politique, littéraire, n’est définitivement qu'une série d’avortemens ?.
Sans contresigner ce bilan désespérément dressé par un
‘1. Journal : 127 janvier 1841. Ce pessimisme était accentué par le chagrin de n’avoir que des filles « denrée difficile à débiter » au lieu d’héritiers dont il aurait formé « de jeunes soldats pour la cause » qu'il défendait. (Lettre à Rio, citée par Sr. C. Bowe : FIMO DUT 70):
homme de trente ans, on reconnaît qu’à son retour d'Orient, Montalembert pouvait être à bon droit mécontent de soi. Ses apparitions « sur un grand théâtre » n'avaient point été triomphales. Mais, évincé juste alors de l'Univers, il ne pouvait prévoir les conséquences, heureuses pour lui-même et pour le catholicisme, de l’éminence que petit à petit il s'était conquise dans le milieu catholique.
Ces circonstances douloureuses ramènent Montalembert à sa vocation essentielle, qui est de mobiliser les catholiques. Il était né pour porter leur drapeau, enlever leurs troupes à l'assaut dans une ferveur de croisade. Louis Veuillot gardera jusqu’en 1867, inoubliables, les sentiments d’admiration, de premier amour, qu’il éprouva pour le jeune général commandant le « beau combat» auquel il s’offrait six lustres avant :.
Dès 1831,Montalembert avait envisagé un tel rôle. A l’étatmajor de l’Avenir il avait défendu, contre le maître, l’utilité « d’une couleur exclusivement catholique », à propos d’un projet d'union dressé dans ce sens par Gerbet ?. Après avoir, pendant l’énervante attente, à Rome, en 1832, accueilli «avec empressement » l’idée proposée par M. Féli de « combattre non plus comme catholique mais comme Français », il y renonça et s’efforça de détourner Lamennais d’une entreprise rien moins qu'opportune #. Lacordaire, inlassablement, répétait à son ami : « Quant à la politique c’est un but dont tu ne te contenteras pas, tu es trop élevé pour t’absorber dans ce cratère à demi éteint, le tems est passé. Une âme comme la tienne ne peut avoir qu’un but sur la terre, le but que Dieu lui-même a eu, un but religieux 4 ».
Suivant ce conseil, Montalembert, premièrement, servira l'Église, de toutes façons, — et cela explique que ses études d'histoire ecclésiastique lui paraissent aussi importantes que la lutte —. Il se vouera à cette tâche publique avec une ardeur,
1. Correspondant, t. 101 de la collection (nouvelle série, t. 65), 1873, P. 1047.