Journal : 30 juin
3- Lettre de Montalembert à Lamennais : 6 {évrier 1833. Édition Goyau et P. de Lallemand, p. 42.
4. Lettre de Lacordaire à Montalembert : 2 juillet 1833, citée par Mie de Lallemand : Montalembert et ses amis…., Pere:
que son ami Falloux peindra en un saisissant raccourci : « Le génie de l’éloquence ne lui eût pas suffi, il fallait la témérité de l’inexpérience, la fierté native d’une vieille race, l'élan indomptable d’une foi profonde, la gravité d’une vie chrétienne pour servir à toute heure de pierre de touche à la sincérité et d’excuse à la véhémence ! ».
Montalembert se pose en chef catholique, sans hésitation, estimant tel son devoir. Avec quelle vigueur il critique Gerbet de pratiquer les vertus de curé de campagne dans le pays des La Ferronnays :
C’est le monde catholique, c’est l'Église tout entière qui réclame ses services et non pas la petite paroisse de Boury.. Lorsque l’abbé de la Mennais a souffleté l’Église par son livre coupable, tous les yeux se sont tournés vers l'abbé Gerbet.. Je n'aime pas l’obscurité du bien qu’(il) fait... Notre-Seigneur n’a-t-il pas dit : « 17 ne faut pas mettre la lumière sous le boisseau ? »
Tout en mettant une distance infinie « entre la dignité du ministre le plus puissant et celle d’un prêtre », comme il le dit dans la même lettre à Alexandrine, Montalembert entend bien, quant à lui, servir à sa place, au premier rang ?.
De fait, à partir de 1837, grâce à sa position politique de libéral, de patriote, d’orateur prestigieux, de parlementaire actif et grâce à sa situation sociale, investi surtout de la confiance qu’inspiraient à l’Église la solidité de sa religion personnelle et le courage de ses manifestations, il travailla
brillamment au renouveau catholique.
Renouveau ? Incontestable. Certes, le tableau est couvert d’ombres. La génération qui règne ignore le catholicisme, et l’anticléricalisme virulent de quelques-uns apporte à ces gens du juste milieu autant de joie que de crainte, car son existence
1: Falloux : Le parti catholique. — Correspondant, avril 1856, t. 38 de la collection (2° de la nouvelle série), pp. 9, 10.
2. Lettre de Montalembert à Alexandrine de la Ferronnays : 5 juin 1837, citée par Mme Craven : Récit d’une sœur, t. II, pp. 95-98.
les préserve de trop accorder aux catholiques. Le langage que tient Montalembert à la Chambre haute résonne, étranger, aux oreilles de ses pairs. Dans la mesure où, vers 1840, l’ordre est stabilisé dans le pays c’est un ordre tout matériel et laïque.
L'Univers du 10 octobre 1838 dénonce le renouvellement du vœu annuel du conseil général de l’Allier, relatif à la suppression de l'évêché de Moulins créé en 1822. Dans le même numéro Montalembert trouve une lettre d’un curé des Côtesdu-Nord, prouvant la défaveur dont jouissent, auprès des autorités départementales, les écoles des Frères. Six jours après, le Siècle et autres journaux « libérâtres » — selon le qualificatif forgé par M. de Mérode à la grande joie de son gendre — se fâchent « contre une circulaire du ministre de l’Instruction publique (Salvandy) aux évêques pour les inviter à visiter les collèges et à lui rendre compte de leurs observations »1. La mesure n’avait rien, cependant, que de légal. Un peu plus tard, à propos de Lacordaire, le garde des sceaux assure à Montalembert que les congrégations sont impopulaires et celui-ci ne se croit pas autorisé à le contredire quand il ajoute que « les passions du peuple comme l'opinion des légistes sont contraires à la liberté religieuse »?2. L’affaire Montlosier déchaîne les fureurs anticléricales, et Montalembert signale des pillages à Reims. Le discours de la Couronne, à la fin de cette même année 1838,aborde-t-il le sujet del’évêché d’Alger ou du baptême du comte de Paris, l’on redoute dans les Chambres des incidents #. Lamennais jette aussi son venin et profère:« le catholicisme actuel n’est plus qu’une entreprise comme les messageries Laffitte et Caiïllard » 4,
La résurrection de l’ordre des prêcheurs, et la levée de boucliers des évêques contre le projet de loi sur l’enseignement, provoquent une violente réaction antireligieuse en 1841. Montalembert cite à ce propos le cas du couvent dont lui a parlé le directeur des Cultes au ministère. Il s’agit du maintien des bénédictines dans les bâtiments du Temple, à
1. Chronique catholique (infra p. 548) : 16 octobre 1838. 2. Tbidem : 14 décembre 1838.