‹ Le romantisme politique de Montalembert avant 1843Chapitre 3 sur 394 · A LA MÉMOIRE · texte numérisé non relu

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Une inquiétude française avait depuis longtemps attiré notre attention sur les périodes de l’histoire nationale au cours desquelles des principes religieux avaient animé la politique, quand M. Édouard Jordan remarqua devant nous quelle obscurité régnait encore sur les tentatives de Montalembert. Soit qu'il appartienne à un passé dont on a peu dépouillé les archives, soit qu’il touche à un autre dont les souvenirs enflamment encore, le capitaine qui gagna la bataille pour la liberté d’enseignement, n’avait pas été étudié sous cet aspect politique. En le ressuscitant le R. P. Lecanuet, malgré la vérité qui éclaire les deux premiers volumes de sa biographie magistrale, et bien qu’il ait eu à sa disposition les archives familiales (non classées alors), avait été gêné par des difficultés telles que la mort trop récente de son héros et la destination du livre au grand public. Brossant un portrait d'ensemble il n'avait pas détaillé les traits politiques. Nous nous proposions donc de suivre la carrière de Montalembert depuis ses débuts à l'Avenir jusqu’au lendemain du 2 décembre où elle fut brisée.

L'’abondance de la documentation recueillie nous parut justifier une réduction de ce plan et, ajournant le récit de la lutte célèbre 1844-1850, nous présentons aujourd’hui celui des débuts de Montalembert dans la vie publique. « Enfant du siècle », grandi en plein malaise, il représente assez bien sa génération pour que l’on ne s'étonne ni du titre Le romantisme politique de Montalembert, indiquant notre dessein d'apporter une contribution à l’histoire des idées, ni de l’apparition des maîtres, amis ou collaborateurs qui entourent l’homme.

Nous ne pouvions sans infidélité synthétiser les idées de Montalembert sur le gouvernement, sur la société, parce qu’elles sont mouvantes et parce qu’il agit plus qu'il ne pense. Nous avons adopté ici grosso modo l’ordre chronologique ; mais à condition de ne pas lui sacrifier la netteté de l’exposé et de ne pas nous attarder aux précisions strictement biographiques.

Voilà donc, fil d'Ariane, les principales dates qui pourront servir de repère pendant la période étudiée :

Montalembert naît à Londres le 15 avril 1810. Six ans plus tard, en août 1816, son père est nommé ministre à Stuttgart. Montalembert visite la France pour la première fois. En 1817- 1818 son éducation est faite au collège de Fulham. L’année suivante, comme son grand-père Forbes conduisait Montalembert à Stuttgart, il meurt en voyage le 1° août 1810. Montalembert commence l’année 1820 à Stuttgart et la termine à Paris. De 1820 à 1826 son père vit à Paris, car il siège à la Chambre des pairs. L’instruction de Montalembert est confiée à divers professeurs. Au mois d’octobre 1826 il entre en rhétorique à Sainte-Barbe (futur collège Rollin). En 1827 son père est nommé ministre à Stockholm. Montalembert reste en France, passe le mois de septembre chez le duc de Rohanet, au mois d'octobre, entre en philosophie à Sainte-Barbe. Le 2 août 1828 il passe son baccalauréat et le 26 part pour la Suède. Il quitte la péninsule scandinave le 7 août 1829 avec sa sœur Élise malade et leur mère. Le 2 octobre Élise meurt à Besançon. Montalembert atteint Paris où il demeure jusqu’au 25 juillet 1830 date de son départ pour l'Angleterre. Ému par la révolution Montalembert revient précipitamment à Paris : puis repart pour Londres (rer-10 août). Les mois suivants il voyage en Angleterre et en Irlande. Le 4 novembre il est de retour à Paris ; le 5 il fait sa première visite à Lamennais.

L'année 1831, Montalembert la passe en bataille politique. Le 9 mai est ouverte l’école libre. Le 21 juin meurt le père de Montalembert. Le 20 septembre le procès de l’école libre est jugé devant les pairs. Au mois d'octobre Montalembert se sépare de sa mère. En novembre l'Avenir cesse de paraître.

Montalembert part pour Rome. Il y séjourne jusqu’en juillet 1832. Le 30 août, à Munich, il a connaissance de l’Encyclique Mirari vos. Il rentre en octobre à Paris où il passe l’hiver 1832-1833 ; il publie la traduction des Pélerins Polonais. Du 22 juin au 10 juillet 1833 il est à la.Chesnaie chez Lamennais. Puis il s'éloigne pour un voyage de deux années à l'étranger. Il passe août-septembre en Allemagne, octobre en Bohême, où il visite Skrzynecki. Le 5 octobre les Pèlerins Polonais sont condamnés. Montalembert en novembre-décembre parcourt l’Allemagne, hiverne à Munich et reprend en 1834, de mai à septembre, ses voyages à travers l’Allemagne. En octobre il gagne l'Italie. Le 8 décembre Montalembert se soumet aux Encycliques. Au printemps 1835 il revient d'Italie à Paris où il se fixe.

Le 16 mai a lieu son installation à la Chambre des pairs. Sauf un bref voyage à Londres en juin il ne quittera plus la France jusqu’à son mariage. Il vit à Paris avant et après un séjour à Solesmes. En juin 1836 il publie Sainte Élisabeth. Le 29 juin meurt son ami Albert de la Ferronnays. Le 16 août 1836 est célébré le mariage de Montalembert avec Anne de Mérode. A l'automne, les jeunes époux voyagent en Italie jusqu’à mars 1837, date de leur retour à Paris. Au mois d’août, à Villersexel, Élisabeth, première fille de Montalembert, vient au monde.

Un an plus tard s’ouvre la crise belge. De juillet 1838 à mars 1830, Montalembert se bat pour la Belgique, cependant que ses loisirs sont consacrés à un ouvrage sur saint Bernard. Février 1839 voit la naissance et la mort de Rosalie, seconde fille de Montalembert, avril la mort de la mère de Montalembert. À cette occasion il passe quelque temps en Angleterre. Le 29 mai de cette même année 1839, Montalembert devient copropriétaire de l'Univers. En décembre, Mme de Montalembert donne le jour à une troisième fille Marguerite, qui meurt en janvier suivant. Le 26 mai 1840 la nomination de Mgr Affre à Paris constitue un succès pour Montalembert. Peu après, de juillet à septembre, il entreprend d'accord avec Thiers un voyage en Orient au moment décisif. L'été 1841 est marqué pour Montalembert par le souci d'acquérir un domaine. Il voyage en Bretagne puis achète la Roche-en-

Breny. Un an après, en octobre 1842, il s'embarque pour conduire Mme de Montalembert à Madère.

D’après cette chronologie nous avons, dans une première partie, analysé les conditions qui ont présidé au développement de l’adolescent (1810-1830). Nous avons, dans une seconde, évoqué la fameuse aventure de l’Avenir (1830-1834). Puis, prenant raison de l’arrêt marqué dans son ascension publique par les années de voyage, par la rédaction de Sainte Élisabeth, nous avons établi les coordonnées politiques d’après lesquelles on peut déterminer la position de Montalembert pendant les années suivantes (1834-1839). Nous avons utilisé pour cela d'importantes lettres inédites dont les principales sont reproduites ci-dessous en appendice. Ainsi informés, nous pouvions mieux suivre le cours de cette carrière. Nous avons scindé en deux l’étude de la période 1836-1842. Dans la quatrième partie nous assistons à l’entrée proprement dite de Montalembert dans l’arène du Luxembourg. Nous apportons à cette occasion sur les crises belge et orientale des documents intéressants. La cinquième partie est réservée au rôle de chef catholique que Montalembert incarne de plus en plus, jusqu’au jour où la santé des siens l’oblige à quitter la France plusieurs mois. Un manuscrit intitulé Chronique catholique de mon temps, publié ci-dessous, nous à permis d'apporter sur ce chapitre des renseignements nouveaux quoique le R. P. Lecanuet en ait eu déjà communication.

Nous indiquons par là quelle mine nous avons eu la bonne fortune d'exploiter. Les très riches archives de la Roche-en- Brenil nous ont été en effet ouvertes et l'hospitalité offerte . par le comte et la comtesse André de Montalembert, petitneveu et petite-fille de Montalembert, avec une générosité parfaite, cependant que le vicomte de Meaux nous permettait non moins libéralement de consulter à Écotay les autres papiers de son aïeul, et sa bibliothèque. C’est pour nous un

agréable devoir de leur offrir l'hommage respectueux de notre gratitude, en y associant Mlle P. de Lallemand, descendante elle aussi du grand orateur, et qui a bien voulu nous introduire dans sa famille, guider à l’occasion nos recherches.

Notre reconnaissance va à ceux qui ont orienté notre travail : M. le chanoine Diès, professeur à la Faculté des Lettres d'Angers, membre correspondant de l’Institut, MM. Jordan et Zeiller, membres de l’Institut, M. Pouthas, professeur à la… Sorbonne, qui a trouvé le temps de nous accueillir plus d’une fois et de lire notre manuscrit. Nous réservons à la mémoire de Georges Goyau un souvenir particulier, tant l’affabilité avec laquelle jusqu’à sa mort il nous est venu en aide nous a été une leçon de haute portée.

Nous remercions encore ceux qui n’ont jamais négligé de nous donner le conseil ou le renseignement sollicité : Son Éminence le cardinal Baudrillart, MM. Robert Garric, Georges Weill, professeur honoraire à la Faculté de Caen, lecteur prodigieux, Coornaert, professeur au Collège de France, le chanoine Aiïgrain, de la Bigne de Villeneuve, Levron, professeurs aux Facultés Catholiques de l'Ouest, Le Bras, professeur à la Faculté de Droit de Paris, les RR. PP. Dudon et Lecler, rédacteurs aux Études, M.le chanoine Uzureau, directeur de l’ Anjou historique, le KR. P. Plazenet, directeur de la Revue Montalembert, Mme Carrez et M. Susini, agrégés d'allemand, Mile Varangot et Mlle Rousseau sa collaboratrice à la bibliothèque de la ville d'Angers.

Nous devons une mention toute spéciale à ceux qui nous ont facilité les dépouillements d’archives : M. de la Roncière à la Bibliothèque Nationale, M. Martin-Chabot, le comte Celier et M. Caillet, aux Archives Nationales, M. le Ministre plénipotentiaire Pozzi, directeur du service des Archives au ministère des Affaires Étrangères, les RR. PP. bibliothécaires des abbayes de la Meilleraye et de Solesmes, M. l'abbé Lévesque, archiviste de Saint-Sulpice, M. Weiss et le lieutenant-colonel de Dumast, qui nous ont communiqué, le premier des papiers de Gerbet, le second une centaine de lettres de Montalembert à Guerrier de Dumast.

Nous adressons enfin aux amis dont le dévouement manifesté de toute façon nous a seul permis de passer mille obsta-

cles, amis qui ne se sont lassés ni de courir les bibliothèques, ni de transcrire des notes, de dactylographier nos manuscrits ou de corriger des épreuves, l'assurance que tant de charité fraternelle — ou maternelle — nous a été au cœur.

Grâce à eux a été construit cet ouvrage. Puisse-t-1l porter, et jusqu’à l’étranger, la preuve des vertus de probité, de solidité qui ont édifié la France, qui dès aujourd’hui la rebâtissent, l'exemple du génie français si divers et de la chevalerie fran- -çaise incarnés en Montalembert.

Angers, 25 août 1940.

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