II. LE LEADER CATHOLIQUE AU PARLEMENT
Le
L'émancipation des esclaves et la spoliation de l’archevêché de Paris ?, avaient provoqué l’intervention de Montalembert à la tribune des pairs. En homme « à qui (sa) conscience ordonne de défendre les bases méconnues de l’ordre social » à, le jeune pair n’avait pas redouté, à peineentré au parlement, d’y
parler un langage trop rude ou trop étranger aux idées qui y sont ordinairement énoncées 4.
Au vrai, plus d’un père conscrit partageait peut-être cette affection dont le vieux chancelier Pasquier, assez fier, si l’on en croit Falloux, de ce talent naissant, protégeait Montalembert et couvrait avec indulgence ses fougueuses incartades 5.
Le 27 décembre 1838, Cousin ayant signalé, à propos de l'affaire Montlosier 5, le « dangereux esprit d’envahissement » manifesté par le clergé, Montalembert se dressa, révolté par cette attaque 7. Fort de n’avoir jamais dissimulé qu'il déplo-
1. La formule n’est pas de Montalembert, mais il la reprend à son compte dans la brochure Du devoir des catholiques dans les élections (1846), O. C., t. IV, p. 366.
2. O.C.,t.I, pp. 65 et 68. — Voir supra chapitre vit, $ IL, pp. 321 et 323.
ROIC EE EED::70.
AT bidem, P- 84.
. Falloux : Mémoires d’un royaliste, t. ï: p.210.
. Cf..Brugerette : Le Comte de Montlosier et son temps.
Chronique catholique : 26 (sic) décembre 1838, infra p. 559.
SJ OU + &
rait la conduite de l’évêque de Clermont, l’orateur refuse d'admettre une « répression temporelle » contre cet auteur d’un «acte purement spirituel ».
Après tout, lance-t-il dans une apostrophe fameuse, l'Église n’est pas l’administration des pompes funèbres !,
Balayant, par le souffle rapide de son intervention, les velléités des Cousin, des Villemain prêts à ressusciter décrets et pénalités au nom des libertés gallicanes, Montalembert établit l’utilité majeure de la liberté de l’Église en France. Et de saluer dans cette liberté religieuse une des « plus grandes vertus » et une des « plus belles gloires » de la révolution de Juillet ?. En ce 27 décembre 1838, Montalembert formule ainsi l’idée directrice de toute son action publique.
La liberté d'enseignement, on sait trop quelle place Montalembert lui assignait parmi les libertés religieuses, depuis dix ans, pour ne pas consacrer la troisième partie de ce chapitre à ses efforts sur ce point.
Plus accidentelle dans la carrière du leader catholique, son intervention sur le travail des enfants dans les manufactures date dans l’histoire du catholicisme social.
Le problème posé par le machinisme et le capitalisme n’avait pas échappé à l’Avenir. « Au lieu d’adoucir la tâche des classes pauvres... les mécaniques ont augmenté partout le poids de leur labeur. Dans les fabriques (la journée de travail) est de 15 et quelquefois 17 heures», lit-on dans le numéro du 22 juin 1831. Lamennais et ses disciples n’approfondirent cepeñdant guère la question. Tout en flétrissant ploutocratie et matérialisme ils ne comprirent pas quel bénéfice réalisaient les banquiers, les capitalistes, par la révolution de Juillet 3. Avec de Coux, spécialiste d'économie politique, aux confé-
1. Chronique catholique : 26 (sic) décembre 1838 etO.C., t.I, P 170
2H OC Ft I, p: 170;
3: Victor de Clercq : Les doctrines sociales catholiques en France, t. I, pp. 24 et 28.
rences de qui Ozanam se nourrit assidûment, Montalembert ne semble pas avoir gardé un contact suivi, non plus qu'avec Villeneuve-Bargemont établi une liaison intense. L'Économie politique chrétienne publiée en 1834 par ce dernier n’est pas cependant inconnue à Montalembert qui collabore en 1838 à l'Université catholique : avec son auteur.
Quoi qu’il en soit, le jeune pair, en décembre 1837, collectionne des notes sur le travail des enfants. Nous ÿ trouvons cet extrait des rapports établis par le bureau des manufactures, sur les réponses à une certaine circulaire du 31 juillet:
À ge depuis 4 ou 5 ans ; à Rouen 6, 7, — 8, âge général. Salaire 0,25 à 0, 75.
Économie pour fabricants.
Durée du travail 12 à 16 heures sans prendre l'air. Travaux de nuit exceptionnels mais occasionnels. Confusion des sexes.
Instruction et moralité nulles ?.
Montalembert étaye ces premières indications, en 1840, après lecture du Tableau de Villermé #. Dans le second volume de cet ouvrage, synthèse de l’enquête constituée par le premier, Montalembert souligne de nombreuses pages qui ont trait à l’enfance. Sur le mélange des sexes dans les ateliers, son danger pour les enfants, sur la tentation à laquelle un salaire misérable conduit l’ouvrière, sur le déchaînement des passions les soirs de paye et la nécessité d’un frein religieux, sur l’insouciance des fabricants au sujet de la moralité de leurs ouvriers, sur les mauvais traitements dont sont victimes les enfants dans les ateliers, le docteur Villermé donne une documentation irréfutable que Montalembert copie pour son propre usage. « J'ai étudié à fond cette matière», écrira-t-il à M. de Mérode #.