‹ Le romantisme politique de Montalembert avant 1843Chapitre 356 sur 394 · CONCLUSION GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

CONCLUSION GÉNÉRALE

Romantisme politique et christianisme militant de Montalembert

1. Première source de sa pensée politique : le catholicisme ; 2. Secondes sources : libéralisme et romantisme ; 3. Caractère de chevalier et destinée de croisade.

Le siècle de Louis-Philippe est pauvre en théoriciens comme en praticiens du système politique. L’inexpérience des hommes de la Restauration et de la Monarchie de Juillet à l’égard du régime représentatif, la confusion deleurs vues sont frappantes. Les conséquences, impitoyablement mises en lumière, nous inclineraient à la sévérité, même si chacun d’eux participe aux erreurs de tous.

Pour rendre justice à Montalembert, comme Cuvillier- Fleury qui reconnut en lui « un esprit souvent flottant sur un caractère toujours solide » !, il convient d’examiner les sources de sa pensée, puis de définir ce « caractère » et de considérer son destin.

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Son imagination violente parfois la complexité du réel pour l’inclure dans la rigidité d’une théorie. Son intelligence est cependant si éloignée de philosopher, qu'à un commentateur de la fhèse et de l’hypothèse il objectera candidement, au temps du Syllabus : « Ne croyez-vous pas que les théologiens se trompent dans leurs distinctions subtiles ? ? » En politique

1. Discours à l’Académie française, p. 64.

2. Cité par de Haulleville, Correspondant, t. 101, p. 1047 (Année

comme en métaphysique Montalembert se défend de penser aucun système. Il n’en éprouve nul besoin et s’est jeté tout jeune dans la mêlée. Comment dès lors bâtir des conclusions sur ses idées ? « Dieu et liberté » constituent néanmoins les deux fondements de sa conception de la cité.

Du catholicisme romain, en effet, Montalembert professe hautement les dogmes et respecte les obligations ; sa soumission après l'Avenir en témoigne. S’attachant ainsi à l’éternel, s’amarrant à l’unité, il brave les contingences et les dualités où son romantisme l’égare, il assure une assise inébranlable à ses idées politiques. La terre est ordonnée en vue du ciel. La cité est aménagée dans l’unique but du bien commun. La famille et la patrie, la propriété, protègent la personne humaine et ses droits, requièrent en échange des devoirs. Tout cela Montalembert l’admet sans le formuler toujours, ne l’oublions pas. Il compte aussi sur l’équilibre catholique entre autorité et liberté, l’une étant bornée par les droits de l’autre. II met pourtant l’accent très appuyé sur liberté dans la mesure assez large où l’Église laisse flotter ces droits. La liberté greffée par la religion régénérera le monde.

Puisque, posés les principes, l’Église laisse le choix de la forme de gouvernement, Montalembert opte pour la monarchie constitutionnelle, sans attachement particulier aux Bourbons ou aux Orléans, et ne voit point de salut hors d’une aristocratie héréditaire.

Assez indifférente à cette forme, l’Église ne l’est nullement aux devoirs du gouvernement à l'égard de la société dont il assurera le bien-être matériel et moral. Parce qu’il a publiquement traduit les préoccupations de l’Église en la matière, Montalembert a mérité le nom de « précurseur du catholicisme social » que lui a décerné G. Goyau :. Parlant pour la libération des esclaves, contre le travail des enfants, il prélu de à son mémorable rapport de 1850 sur le dimanche, en un temps où l’épiscopat ne se préoccupe guère de l’exploitation dont sont victimes les ouvriers. Il répète d’autre part, en

1. G. Goyau : Montalembert précurseur du catholicisme social, dans

la Revue Montalembert, 25 décembre 1010, reproduit dans Autour du catholicisme social, 5e série.

mainte occasion, que la corporation serait pour ceux-ci la protectrice nécessaire !, Admirant la révolte lyonnaise de 1831, il avait déjà constaté « l'alliance indissoluble de la religion avec les intérêts du peuple » ? qui préoccupaient les jeunes gens réunis chez lui en 1833, en ces soirées où il recevait Ozanam, voire Considérant, l’oracle du fouriérisme #. Au déclin de sa vie il correspondra avec Le Play.

La misère des classes pauvres l’émeut, et son affiliation à la Société de Saint-Vincent-de-Paul multiplie pour lui les occasions de remédier à cette souffrance 4. Il aime le peuple, le peuple d'Irlande et de Bretagne, du Moyen âge et de Franche-Comté. Il reproche à « tous les écrivains prétendus philosophiques » de le mépriser, tel Voltaire qui, pour flatter Catherine, le peint « toujours imbécille et frivole » 5.

Conclure de là que Montalembert, soit en fréquentant les pauvres avec l’assiduité d’un Ozanam, soit en réfléchissant au problème du paupérisme comme un Villeneuve-Bargemont, aurait devancé l’enseignement de Léon XIII en l’Encyclique Rerum novarum, serait exagéré, même si l’on ne fait état que des documents antérieurs à la révolution de 1848. Très tendres, les romantiques s’apitoient sur «les Misérables » $ ; très chrétiens, les apôtres de l’Avenir, après Ballanche, après le Mémorial catholique, revendiquent, pour l’ouvrier ravalé au rôle de bête, la dignité humaine ; et Montalembert parmi eux. Ils’en tient là, parce que la politique libérale le préoccupe bien plus que la questionsociale, le «pays légal » bien plus que les masses, et cela caractérise sa génération ?.

La nôtre se plaît à considérer l’aspect social du catholi-

. Troisième lettre sur l'aristocratie, infra p. 535.

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. Cf. Dourlens, p. 63, citant une lettre d’Ozanam sur ces réunions de 1833 ; voir aussi supra P. 192.

4. Journal passim, notamment : 12 avril 1830 (visite à la maison de refuge et de travail pour l'extinction de la mendicité) ; 13 juin 1836 ; 26 novembre 1837 ; 1°r février 1838 ; 3 octobre 1838, etc...

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