Grimaud : Histoire de la liberté d'enseignement…, p
De nombreux Français se défient, dit-il, de l’enseignement universitaire. C’est un fait. Cette défiance est motivée par une réalité, l'indifférence religieuse, à laquelle les meilleures intentions des ministres successifs ne peuvent rien. Une heure de cours d’un aumônier ne forme pas religieusement un enfant dès lors que le christianisme, dit Montalembert citant le protestant de Gasparin, ne « pénètre pas toutes les branches de l’enseignement, n’y exerce pas cette domination absolue à laquelle il a droit, et en dehors de laquelle il n’est pas d’éducation vraiment bonne ». Bien des Français n’admettraient d’ailleurs pas qu’on impose une telle éducation dans un collège d’État, c’est pourquoi les autres réclament la liberté d’enseignement. En critiquant l’état de choses, les catholiques ne prétendent nullement interdire tout contrôle à l’État, ni exiger que l’Église se substitue totalement à lui. Ils veulent l’éducation religieuse. La liberté d’enseignement n’est donc qu'un masque ? Non, elle est le droit à cette éducation religieuse, droit trois fois reconnu par la Charte dont l’article 6 qualifie le catholicisme de « religion de la majorité », l’article 5 garantit la liberté religieuse et l’article 69 promet solennellement la liberté d'enseignement elle-même.
Si le gouvernement l'avait voulu. cette existence collatérale des deux enseignements (universitaire et religieux) se serait réalisée et régularisée.
Loin de là, à l'exemple des anticléricaux, des républicains,
les chefs de l’Instruction publique et particulièrement le ministre actuel ont aggravé la situation par des manifestations hostiles émises officiellement.
Montalembert reprend alors ‘trois réponses de Villemain données tout récemment aux députés.
Nous sommes libres d’avoir des précepteurs ! … N'y aurait-il
donc dans la pensée du ministre de liberté possible que pour les gens riches ?
Et où former ces précepteurs ?
L'instruction primaire étant libre, cela suffit ?
Les catholiques ont le droit de faire enseigner à leurs enfants autre chose que l'alphabet.
La liberté favorise la spéculation ? A qui s'adresse cette accusation ? Aux parlementaires, aux journalistes qui défendent la liberté d’enseignement ? Non sans doute. Au clergé ? Quelle injustice envers Le corps le plus désintéressé ! La spéculation se trouve au contraire au sein de l’Université, dans ces pensions que favorise le monopole.
Après avoir touché à d’autres points, Montalembert termine, ironique,
en remerciant M. le ministre de l'instruction publique des progrès qu'il a fait faire à cette question... Avant son avènement au pouvoir on avait pu croire à une transaction. j'y ai travaillé pour ma part : je n’y ai (sic) jamais eu une très grande confiance ; mais enfin elle pouvait être utile et désirable. Elle n’a pas eu lieu et je m'en félicite ; car le ministre actuel, par l’âpreté de ses procédés. a rendu plus manifeste. l'importance vitale, la nécessité urgente de la liberté d'enseignement pour la paix et l’avenir des familles.
C'est grâce à lui que les discussions parlementaires sur cet objet ont cessé d’être individuelles, grâce à lui que cinquantesix évêques sont descendus dans l’arène.. Montalembert en appelle aux électeurs qui iront incessamment aux urnes, et jugeront les candidats « prétendus conservateurs » qui par égoïsme et orgueil se refusent à appliquer à la société Le « principal remède, si remède il y a », à ses maux : « l’éducation religieuse de l’avenir » 1.
Voilà donc Montalembert engagé à fond dans la lutte. La confusion des coups portés ou rendus ne l’empêche nullement de se tenir sur le plan politique du droit commun, comme O’Connell et les catholiques belges. Le 29 juillet 1842, il se rend à Liége et rencontre Mgr Van Bommel ? qui décidera
1. O.C., t. I, pp. 346-360, péroraison citée par Lavisse, p. 335; un passage du début par Lecanuet, t. II, p. 155.
2. Les relations de Montalembert et de l’évêque belge remontaient à quelque temps. Le 8 avril 1840, M. de Mérode écrivait à Montalembert : « Je viens de passer deux jours à Liége chez l’évêque qui est un, homme très instruit, très capable, actif et zélé. Je vous engage à lire attentivement sa brochure sur l’enseignement moral et religieux. Elle
Mgr Parisis à suivre la même ligne. Une puissante offensive est préparée. Elle sera développée selon la méthode de l'Avenir. Anathématiser l’Université durcit en elle l’esprit de corps, réveille l’anticléricalisme, — on en pâtira bientôt. Avertir confidentiellement Louis-Philippe, comme le fait Mgr Affre, s'avère radicalement inefficace. Montalembert portera l’attaque sur le terrain des libertés publiques et réussira à entraîner à sa suite toute l’armée catholique en une nouvelle Ligue.
renferme la logique la plus pressante groupant avec un excellent ensemble certaines choses déjà dites et donnant aux légitimistes français de bonnes et neuves réflexions dans la bouche d’un évêque sur la manière dont la Restauration a traité l’enseignement public. La troisième partie sera incessamment publiée et certes le travail mériterait qu'on en parlât beaucoup dans l'Univers. Je ne connais pas d’écrit plus propre à être mis dans les mains de tout le monde car les libéraux raisonnables ne peuvent qu’en être utilement frappés On ne saurait trop le répandre... pour arriver enfin à la liberté d’enseignement ».