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cisme. Mais d’un point de vue plus haut il suffit à Montalembert de regarder la religion comme le fondement de la cité.
Cela oriente sa conception des rapports entre l’Église et l'État. Avec Bonald : et bien d’autres il estime qu’en théorie le pouvoir politique et le pouvoir religieux doivent se prêter un mutuel concours, tout en restant indépendants l’un de l’autre. Il ne précise, là non plus, aucune notion et même l’idée de cette collaboration est sous-entendue. II insiste au contraire ? sur la nécessité pratique de désolidariser l’Église de l’État. L'Avenir prônait la séparation. En fait, écrit Montalembert, 1830 l’a consacrée, au moins partiellement, en renversant le trône tandis que l'autel s’affermissait, L'Église ne renouera pas ces liens. En effet, l’opinion gouverne, c’est donc avec elle que l’Église comptera et sur elle, non pas sur l'État français. Celui-ci, représenté par des rationalistes gallicans, est en tout cas impuissant devant l’opinion qui, au contraire, évolue favorablement. Depuis 1830 on constate un renouveau religieux qui, chez les jeunes libéraux, est précisément dû à ce fait que le prêtre n’est plus un fonctionnaïre public (la dotation si insuffisante du clergé compensant, selon le vote de 1790, la confiscation des biens d’Église). L'État propose les candidats à l’épiscopat ; c’est un pis aller. Rome prendra une attitude qui empêche le gouvernement d'oser certaines présentations. Bref, l'État laissera seulement la liberté à l’Église. La défense de l’Église, tel est l’angle sous lequel Montalembert examine le problème. L’affaiblissement de la religion au cours du xviri® siècle, et l’omnipotence croissante de l’État, monarchique ou démocratique, cachent sans doute aux yeux de l’auteur tout l'intérêt qu’il y aurait à préciser les droits de l’État.
« Dieu et liberté », ces deux concepts sont liés si indissolu-
1. Bonald : Œuvres complètes, édition Clère et Cie, t. XVI, p. 21, au sujet des. progrès. de Lamennais.
2. D’après un manuscrit intitulé Bases d’un mémoire à consulter sur la position du gouvernement vis-à-vis de l’Église et du Saint-Siège. A. L. R. — Dossier 127. — Utilisé par Lecanuet, t. II, p. 312.
blement dans la pensée de Montalembert qu’il faut la sonder assez pour rencontrer leur point de connexion. On le devine dans la notion chrétienne de liberté. Cette liberté, préexistante à l'individu de Rousseau et imposant le « contrat social », n'est-elle pas, selon le dogme catholique, un attribut naturel de l’homme, dans certaines limites ? Le respect de l'individu est loi chrétienne, ou plutôt le respect de la personne, en tant que créature qu’on doit habiliter à rendre ses devoirs au créateur. Cette distinction entre personne et individu importe assez peu, au demeurant, à Montalembert. Mais, comme Chateaubriand encore, considérant l'incidence du « Génie du Christianisme » sur nos destinées temporelles, il exalte la conscience individuelle protégée par l’Église.
Entre parenthèses, on remarquera qu’en s’autorisant implicitement de cet air de parenté qui existe entre l'Évangile et le code des libertés modernes, Montalembert n’établit pas la filiation, qui n’est guère plus discutable, entre l’égalité sociale dont il a horreur et l'égalité des âmes toutes rachetées par le sang du Christ. La passion libérale le détourne de telles méditations.
Montalembert appartient à une génération d’intellectuels qui avaient « le culte de la liberté pour elle-même et l’écrivaient avec une majuscule » :. Doctrinaires à la de Broglie, philosophes à la Tocqueville, ou romantiques, tous sacrifient à la liberté, jugent de l’excellence d’un gouvernement d’après la liberté dont jouissent les gouvernés. « Il n’y a qu’une constitution réelle pour tout État : liberté, n’importe le mode » écrit Chateaubriand au début de l'introduction aux Études historiques.
Selon Lamennais, le bonheur de tous dans l’union et la paix s'obtient en accordant à chacun le plus de liberté possible ?. Avec eux, Montalembert pose en postulat que, dans un climat libéral, les initiatives privées, individuelles ou collectives, s’épanouissent au mieux. Le pouvoir favorisera seulement cette poussée de sève, en intervenant peu. Ils réduisent