‹ Le romantisme politique de Montalembert avant 1843Chapitre 359 sur 394 · D’Haussonville : Souvenirs, R. D. M., 17 octobre · texte numérisé non relu

D’Haussonville : Souvenirs, R. D. M., 17 octobre

2. Poisson : Le romantisme social de Lamennaïs, p. 404 ; cf. Tocqueville : Nouvelle correspondance inédite, p. 487, tout un passage sur la liberté que Montalembert souligne dans son exemplaire de l'ouvrage.

le pouvoir à un rôle de frein, de préservatif, rôle négatif en un mot. Le positif, le vivant est affaire des citoyens. Jamais ces libéraux n’écrivent le mot autorité. Cousin, par exemple, le voile sous le mot ordre. Le pouvoir, c’est le gendarme. Un gendarme conduit-il un pays ? Où est alors la souveraineté ? Montalembert ne se pose pas la question.

La liberté, il faut bien, hélas! l’organiser. On substituera avec Rousseau la notion de société à celle de pouvoir. On suivra vaguement Montesquieu, et la Charte réalisera son équilibre constitutionnel. Les libéraux ne voient pas qu’en privant le pouvoir d'initiative, qu’en neutralisant des forces l’une par l’autre, en freinant les effets des causes qu'ils ont mises en mouvement, ils risquent au moins d'aboutir à la médiocrité.

Montalembert constate — et constatera de plus en plus — qu’en France les mœurs et les idées de la plupart ne favorisent pas les institutions à l’anglaise, que ce régime politique ne s’enracine pas dans le terrain social français. Il s’en afflige mais ne désespère pas encore de transformer les Français. II déplore leur passion du nivellement, leur vicieuse équation entre les termes snégalité et injustice. Il ne pressent pas à quel degré cela faussera l’application des principes libéraux. Plus forte que tout, sa foi en la liberté l’entraîne, et il réserve sa méfiance pour l’autorité qu’il identifie avec l’absolutisme. Quelle définition apporte-t-il de la liberté ? Il réclame des hbertés précises, il vante les libertés du Moyen âge, il idolâtre la Liberté et les promesses qu’elle offre au monde. Loin de lui d’autres précisions. Il ne distingue point entre le droit souverain à la liberté proclamé en 1789 et ces libertés qui impliquent en contre-partie des devoirs et des disciplines. Il a le sentiment de la liberté et non sa théorie, comme Benjamin Constant le disait de Rousseau.

Impossibilité de définir une doctrine, difficulté de suivre un phénomène mouvant, de décrire l'instabilité, le malaise du sujet, nous voilà donc en plein romantisme. « La France est pour le moment dans le genre sentimental bien plus que dans le genre rationnel »1, mot fameux, trop superficiel: une géné-

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