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Mgr Du Puch, évêque d'Alger, etsongrand vicaire, l’abbé Suchet, curé de Constantine viennent dîner chez moi. Ils ont tous deux beaucoup d’esprit et de zèle et possèdent le talent d’intéresser au suprême degré par les récits qu’ils font de leurs relations avec les indigènes et les Français en Algérie. Comme je me l’étais toujours figuré, rien ne serait plus facile à convertir que les indigènes si les Français ne donnaient par leur conduite, leurs infâmes débauches, leurs parades d’impiété, un démenti perpétuel à toutes les prescriptions de la Religion Chrétienne qu’ils sont censés professer. Les Arabes ne comprennent pas ces contradictions. L'armée, du reste, vaut mieux que les colons civils : on trouve, non seulement parmi les jeunes soldats mais même chez lesofficiers, beaucoup de respect pour le prêtre et quelquefois de la pratique : c'est surtout quand ils sont blessés ou malades que la vue du prêtre rallume chez eux les souvenirs de leur patrie et les sentimens de leur jeunesse. M. Du Puch et surtout M. Suchet nous racontent plusieurs traits délicieux à ce sujet. Un jeune sous-officier mourant, après avoir dicté une lettre d'adieu à sa famille, trace sur le bas du pa-
pier un cercle au milieu duquel il dépose son dernier baiser afin que les siens puissent en retrouver la trace, puis il meurt en confiant à l'abbé Suchet ce tendre et précieux dépôt. Mais tout est gâté par l’odieuse conduite des Français envers les indigènes (...) Histoire curieuse et touchante de la favorite Ayesha du harem d'Achmet-bey à Constantine ; poésie de son langage : elle jure d’être comme la bague de l’évêque toujours tournant autour de lui et docile à ses moindres mouvemens. Embarras nombreux qui résultent de la parcimonie du gouvernement : le curé de Constantine n’a que 1.800 francs là où tout est six fois plus cher qu’en France; le pauvre évêque n’obtient pas le séminaire qu’il demande : et cependant déjà le collège universitaire fondé à Alger est détestable.
15 avril-1€T mai.
La nomination de l’archevêque de Paris traîne toujours : 1l paraît heureusement décidé que Mgr Mathieu, arch. de Besançon, est définitivement écarté : le pauvre internonce Garibaldi en est désolé et moi enchanté, car ç’eût été remettre ce diocèse indéfiniment sous le joug des coteries et de la médiocrité. Mgr Affre paraît gagner au contraire tous les jours et le garde des Sceaux me dit que tous ces retards ne peuvent que lui être très profitables. L'abbé Bautain, récemment arrivé de Strasbourg et avec qui je m'entends parfaitement, porte surtout Mgr Donnet, archevêque de Bordeaux, et croit être sûr de sa nomination : mais il n’en est rien. M. Bautaiïn a une grande et heureuse influence sur M. Cousin, ministre de l’Instruction publique, mais celui-ci, quoique aimant beaucoup à se mêler d’affaires ecclésiastiques, n’est pas le maître. Du reste, Cousin a des projets vraiment salutaires et réparateurs à l’égard de la liberté d'enseignement : il communique à M. Bautain et à moi le projet qu’il va présenter, et qui abolira : r° l'obligation de faire fréquenter les classes de collèges par les élèves des autres institutions. 20 Les certificats exigés pour l'examen du baccalauréat, et qui rendaient inutiles les études faites aux petits Séminaires. 3° La nécessité de l’autorisation universitaire pour les maisons à établir. En revanche,il y aura des examens très sévères pour tous ceux qui voudront établir une maison d’éducation : le clergé y sera soumis comme tous les autres, ce qui exciteles réclamations de tous les évêques que Cousin a consultés. Il faut bien cependant rendre hommage en quelque chose aux mœurs et aux idées de notre société. La rétribution universitaire sera rendue commune à tous, en même temps que la liberté, et par conséquent les petits séminaires perdront leur exemption financière, autre cause puissante d'opposition à ces projets de la part des évêques et du clergé, sans compter leur répugnance naturelle pour tout ce qui touche à la liberté, même à la liberté d’enseignement.L'évêque de Saint-Brieuc a positivement interdit à ses prêtres de pétitionner pour cet objet.
L'évêque de Saint-Flour me consultait il y a 4 mois pour savoir s’il fallait pétitionner le roi : je lui ai répondu que rien ne serait fait tant que les évêques ne s’adresseraient pas aux Chambres : voir la réponse, assez bonne, dans mon portefeuille.