‹ Le romantisme politique de Montalembert avant 1843Chapitre 375 sur 394 · juin · texte numérisé non relu

juin

Huit jours après nous dinons tous ensemble chez le garde des Sceaux : Cousin est à côté de lui et me dit qu’il en a été plus content, qu’il consentira à prendre Bonnechose comme remplaçant de Bautain. Je vois à ce dîner Mgr de la Croix d’Azolette, archevêque d’Auch, charmant vieillard quime dit force bien de l'Univers, M. Darcimolle, nouvel évêque du Puy, pitoyable choix deM. de Bonald au moins quant à l'apparence, M. Chatrousse, nouvel évêque de Valence, que j'ai connu curé à Vienne et plus développé qu'aujourd'hui, enfin M. Graveran, nouvel évêque de Quimper, qui a l’air vénérable et bon.

Tripotages pour le coadjutorat de Montauban, que le vieil évêque Trélissac voudrait faire donner à M. Dulaurier, de Bordeaux : nous réussissons à écarter cette nullité et puisque le gouvernement ne croit pas pouvoir y appeler M. de Salinis, désiré par les bons Catholiques du pays et par Jänvier leur député, je mets en avant M. Doney, que le garde des Sceaux finit par agréer et dont il goûte merveilleusement le discours de 1830, pour lequel il fut jugé et acquitté aux assises du Doubs. —Nous tâcheronsde caser M. de Salinis à Troyes, dont l’évêque doit l’avoir demandé comme coadjuteur, quoiqu'il y ait encore là toutes sortes d’intrigues et de ténébreux mensonges. — Enfin pour Strasbourg je recommande vivement, et de concert avec ce bon Golbery, M. Roëss, ancien supérieur de séminaire et l’un des piliers de l'Avenir en Alsace, homme excellent et savant, très considéré en Allemagne.

Mais tout cela n’est rien auprès de l'excellent Mgr Gousset que nous avons le bonheur d’avoir à Rheims, malgré la peine qu’il éprouve à quitter Périgueux sans s'être pourvu d’un successeur de

son choix (il voulait M. Quitton, grand vicaire d'Angoulême, ou Guibert).

9 février.

Je reprends cette chronique après une longue interruption causée par mon malencontreux voyage d'Orient et d’autres embarras. Elle sera d’ailleurs beaucoup moins remplie désormais, car ma position a tout à fait changé pendant cet intervalle. La chute du ministère Thiers m'a fait perdre toute influence sur les nominations épiscopales ; et ma rupture avec l'Univers m’a privé de la part

d'action que je pouvais exercer d’une manière directe et quotidienne sur la formation d’un parti Catholique en France : ce n’est plus donc que de loin en loin que je pourrai entrevoir et constater quelques détails dumouvement, encore fort équivoque, qui échappe aux appréciations de la presse périodique et des journaux spécialement consacrés aux intérêts religieux.

Ma rupture avec l'Univers a été amenée par la mauvaise foi du principal propriétaire M. Bailly, et l’outrecuidance de M. de Saint- Chéron, rédacteur, que j'y avais fait entrer pour me représenter. Ils ont refusé de reconnaître mes droits à la direction, constatés par un acte notarié du .... mai 1830, et bien chèrement payés moyennant 21.000 francs versés par moi et 5.000 francs par M. de Mérode depuis cette époque, subside à l’aide duquel le journal a prolongé son existence et doublé le nombre de ses abonnés. C’est à l’occasion de la question d'Orient que la scission a éclaté. En mon absence, ils ont fait chorus avec toutes les déclamations les plus insensées des journaux thiéristes à cette occasion ; ils ont soufflé le feu d’une guerre illégitime et insensée, d’un faux patriotisme inspiré par l’orgueil et l’ignorance ; ils se sont mis à dos tous les Catholiques d'Angleterre, de Belgique, d'Allemagne (voir les réclamations du Tablet, du Courrier de Franconie, du Journal hist. de Liége) ; ils ont excité le courroux du Souverain Pontife, le blâme d’une foule d’évêques, de prêtres et de Catholiques zélés et sages, mais rien n’a pu les arrêter ni les porter à reconnaître leurs torts et leur erreur. — Maintenant le journal, livré à la direction à peu près exclusive de Saint-Chéron, est placé par son entremise sous l'influence indirecte de M. Guizot, qui a fait donner à M. de Saint- Chéron la place d’inspecteur général des établissements de bienfaisance avec 8.000 francs d’appointemens ; et après avoir crié plus que personne à la guerre sous M. Thiers, les voilà qui applaudissent à la honteuse rentrée de la France dans le concert Européen sous M. Guizot. — Mais quelque scandaleuse que soit la conduite politique de cette feuille, je suis loin de nier qu'elle n’ait continué à rendre de grands services à la religion. — Quant à moi, après cette sévère et coûteuse leçon sur l’ingratitude et la mauvaise foi des journalistes, même Catholiques, je me retire avec la douce conscience d’avoir mérité, par ma conduite et mes paroles dans cette question d'Orient, l'approbation du Souverain Pontife qui a daigné l’exprimer de la façon la plus significative à mon beau-frère et à plusieurs autres personnes.

Les dissensions intérieures de l'Univers, en même temps que les progrès sensibles d’une appréciation plus saine de la position politique amenés par ses efforts dans l'esprit des Catholiques, ont déterminé les légitimistes à essayer de reconquérir le terrain qu'ils ont perdu, par la création d’un journal nouveau, destiné à réparer les fautes et les scandales de la Gazette et de la Quotidienne dont ils paraissent enfin s’apercevoir et se repentir. C’est M. Charles

de Lavau, frère du fameux préfet de police dela Restauration qui se met à la tête de cette entreprise. Il essaie d’abord de s'emparer de l'Univers, puis de nous engager Carné et moi dans une sorte de collaboration à son nouveau journal dont il nous communique le prospectus, sous le titre d'Umion Catholique. Ce prospectus, qui annonce l'intention formelle de respecter le pouvoir établi et de ne jamais employer l’injure et la calomnie, est fort bien en lui-même mais ne suffit pas : il faut un désaveu formel de tous les scandales donnés jusqu’à présent par la presse légitimisteet pseudo-catholique. Longues conversations et négociations à ce sujet pendant les mois de décembre 1840 et de janvier 1841, qui n’aboutissent à rien.

L'affaire la plus importante de l’hyver est la préparation et la présentation de la loi sur l’instruction secondaire, destinée à tenir lieu de cette liberté d'enseignement, promise par la Charte et réclamée depuis dix ans, si énergiquement par quelques-uns, si mollement par la plupart des Catholiques. Mes antécédens à ce sujet (procès devant la Cour des Pairsen 1831) et ma liaison avec le ministre actuel de l'instruction publique, M. Villemain,m'amènent naturellement à m'occuper spécialement de cette grande affaire où l’avenir de l’Église et de la société en France se trouve si gravement compromis. — J’entre à cette occasion en relation avec Mgr Donnet, archevêque de Bordeaux, qui montre des dispositions fort intelligentes et conciliantes à la fois : c’est un homme cordial, ouvert, au moins en apparence, zélé et qui ne paraît pas du tout, comme tant d’autres de ses collègues, avoir peur de la science chez le clergé. Il montre aussi une disposition marquée à se rapprocher de nous autres, anciens élèves et amis du malheureux apostat Lamennais. Dans une conversation intime que j'ai avec lui le 9 février, il me fait comprendre qu’il est bien au courant de l’opposition que j’ai mise à sa nomination à Paris l’an dernier, alors que Cousin le portait avec tant de chaleur ; opposition que j'ai tout lieu de regretter assurément, car, sous tous les rapports, il eût été préférable à Mgr Affre, plus froid et plus équivoque que jamais. Il parle de cette nomination manquée avec beaucoup de franchise et de délicatesse. Je lui réponds avec une franchise semblable, J'aime à croire à la sienne quoiqu'il me semble toujours y voir percer une légère pointe de calcul et d’intrigue.

Dimanche 14 février.

. Fameux sermon de Lacordaire, en habit de Dominicain, à Notre- Dame, sur les destinées de la France, en présence de l’archevêque, de l’internonce, du garde des Sceaux et d’une foule immense. J'en suis électrisé au premier moment : mais à la réflexion, j'y reconnais avec douleur cette sorte d’idolâtrie du peuple que ce grand cœur à si malheureusement substituée à l’idolâtrie monarchique

PIÈCES JUSTIFICATIVES $8r

du vieux clergé. Mgr Affre, que je consulte aussitôt après, ne pa: raît pas du tout content, et dit avec raison que ce n’est pas un sermon. Il a mille fois raison : mais comment s'étonner, après que la chaire française a retenti depuis deux cents ans des panégyriques les plus incroyables de la royauté et de la maison de Bourbon (voir surtout le mandement de M. de Quélen après l'assassinat de M. le Duc de Berri), s’il prend un jour fantaisie à l’orateur d’une nouvelle génération d’y entonner le panégyrique de la nation française. Pour moi je crois que, sauf de très rares exceptions, il n'y a pas de nation ni de royauté qui mérite au monde ces apothéoses.

23 février.

Enfin, dans une longue conversation avec Mgr l’archevêque de Paris, pour le déterminer à se prononcer en faveur de la liberté d'enseignement, il sort de la réserve et de la froideur qu’il a paru observer envers moi depuis sa nomination, m'explique sa conduite envers l’abbé Combalot où il n’a pas tort, et cherche à justifier les choix qu'il vient de faire pour constituer enfin sa Sorbonne (tous pitoyables excepté l’abbé Maret). Je ne lui cache pas la tristesse que m'inspire sa préférence pour les médiocrités et les nullités telles que les Dassane, les Jager, etc. : il prétend qu'il a été refusé (sic) par les hommes distingués qu’il avait voulu conquérir, tels que MM. Doney, Berthaut (sic) de Limoges, Poulet de Senlis, etc. Ce qui est certain c’est qu'il a soigneusement écarté MM. Gerbet, Bautain, de Salinis, etc. — Quant à la liberté d'enseignement, j’obtiens de lui qu’il se prononce sur cette question essentielle de la manière la plus formelle et la plus satisfaisante, dans une lettre à moi adressée et destinée à être rendue publique. Je porte le brouillon de cette lettre au ministre, qui y trouve à redire, malgré la modération très grande de son langage relatif à l'Université et l'inclination bien évidente d'admettre un système fondé sur l’égalité des droits pour toutes les écoles, y compris les petits séminaires. (Ce premier projet existe, signé de M. Affre, dans mes papiers.) Après quelques légers changemens, elle paraît dans la Presse et èst bientôt suivie d’une autre analogue de l’archevêque de Bordeaux, qui s’est entendu à ce sujet avec M. l’archevêque de Paris et les évêques de Montpellier, de Meaux et le coadjuteur de Strasbourg.

Mais tout ce bon commencement est détruit par la présentation du projet de loi de Villemain, quinous avait été caché jusqu'alors, et qui renferme des dispositions tout à fait hostiles et à la liberté et à la religion. Un plus grand mal encore me paraît être l’explosion de l’épiscopat contre la loi, dans toutes sortes de lettres aux journaux et aux ministres, fondées uniquement sur les droits: et les privilèges des petits séminaires, et sacrifiant complète-' ment, sauf quelques-uns comme MM. de Saint-Flour (Marguerye) :

et de Marseille (Mazenod) la question de la liberté d’enseignement en général, seule ressource et seule garantie de l’action du clergé sur l'éducation. C’est le vieux gallican Clausel de Montals, évêque de Chartres, qui donne le signal, ardemment suivi par l’archevêque de Tours, autre promoteur de la déclaration de 1826 — et à mon grand étonnement par Mgr Gousset archevêque de Rheims — puis par tous ou presque tous. Les pauvres archevêques de Paris et de Bordeaux se trouvent dans une position très fausse, et je ne puis me défendre de la pensée que l’un des motifs qui ont guidé les vieux évêques de la restauration dans leur opposition virulente au projet de loi, a été le désir de mettre dans l'embarras les deux prélats que l’on suppose les plus dévoués au gouvernement actuel. — Voir les journaux pour tous les détails ainsi que pour la manière dont le projet de loi est enfin tombé dans l’eau, très probablement pour toujours.

Je me figure que les évêques ont commis une grande faute par cette levée de boucliers pour un droit sacré et réel à la vérité, mais trop personnel et exclusif pour que leur conduite pût être convenablement appréciée par le public : ils ont donné en plein dans le piège que leur tendaient Villemain, Dubois, Jouffroy, en un mot l’Université qui ne demande pas mieux que de concéder au clergé tous les privilèges possibles en matière d'éducation cléricale, à condition de lui barrer le chemin de l’éducation des laïcs. Or, quand il n’y aura plus de fidèles, à quoi servira-t-il d’avoir formé des prêtres ? et où trouvera-t-on d’ailleurs des familles d’où il pourra sortir des sujets pour le séminaire ? Enfin Dieu y pourvoira : cela est sûr et cela console de tout.

18 mars.

J'apprends aujourd'hui une bien déplorable nouvelle : l’instituhon par le Pape du métropolitain proposé par l'empereur de Russie pour toute la partie Catholique de son empire : c’est un homme perdu de vices honteux, qui a donné tous les genres de scandale, et qui, en présence des prohibitions si formelles et si publiques du Pape relahivement aux mariages mixtes, n'a pas craint de donner la bénédiction nuptiale à la Grande Duchesse Marie et au Duc de Leuchtenberg après que celui-ci eût JURÉ PUBLIQUEMENT que les enfans à naître de lui, père catholique, seraient élevés dans le schisme. Les preuves irrécusables des prévarications de Pawlowski et des scandales nombreux qu'il a donnés ont été mises sous les yeux du Pape et du Cardinal Secrétaire d’État, de la manière la plus évidente et sous la garantie des personnes les plus respectables : et cependant le voilà confirmé et investi, en vertu de l'autorité pontificale, de la acullé de travailler à son aise à la ruine du Catholicisme. Il n’est pas douteux que cette nomination ne soit le coup le plus fâcheux qui ait été porté jusqu’à présent au Catholicisme en Russie. Comment expli-

quer tant de faiblesse de la part du Saint-Siège, une si déplorable connivence avec les ennemis de l'Église ? Hélas, de tout temps l'Église a eu ses misères, ses plaies intérieures : elle leur a survécu, elle a fini par en sortir triomphante et immortelle : c’est peut-être la plus grande preuve de sa divine origine. On a vu le temps où elle était rongée par la simonie, puis par l'incontinence de ses pontifes, puis par leur avarice : auiourd'hui c’est leur faiblesse, leur lâcheté envers le pouvoir temporel, qu’il faut déplorer. C’est une épreuve purifiante et cruelle, mais qui aura son terme, il n’en faut pas douter.

26 mai.

Je reçois aujourd’hui une lettre de Lacordaire, qui m’annonce la dispersion de son noviciat français à Rome, sous prétexte que, comme il n’y a pas encore de province française dans l’ordre des Dominicains, il ne saurait y avoir un noviciat. Ce parti est pris au moment où Lacordaire se croyait assuré d’obtenir l’église de Saint- Clément et la maison y attenant, pour y fixer son monde qui va être aujourd’hui dispersé entre le noviciat de la province de Naples et (celui) de Bosco en Piémont. Lui-même se rend dans ce dernier monastère. Il m'a édifié, et même un peu surpris, par l’humble patience avec laquelle il a enduré ce coup vraiment dur et cruel. Je ne suis pas étonné du mécontentement qu’a dû exciter à Rome son dernier sermon à Paris où les beautés les plus rares se trouvent mêlées à de si étranges jugemens sur la France. Mais il paraît que le motif de cette disgrâce tient encore à l’extrême faiblesse de Rome envers les puissances. C’est l’ambassadeur d'Autriche qui, en montrant au Pape une brochure d’un M. Georges d’Alcy où Lacordaire est qualifié de successeur de La Mennais, aurait obtenu la dispersion du noviciat français. Le cardinal Lambruschini a d’ailleurs un grand éloignement personnel pour Lacordaire qu'il regarde comme un révolutionnaire. Le Pape continue à lui témoigner de la bonté. Son attitude actuelle doit lui concilier les esprits.

10 juillet.

Pendant mon rapide passage à Paris, j'ai ce matin une conversation instructive et douloureuse avec M. Dessauret, directeur des Cultes. Il m’annonce avec frayeur tous les signes d’une violente réaction antireligieuse, provoquée par Isambert et les journaux libérâtres. Les députés de la Gironde sont venus trouver le garde des Sceaux pour lui dénoncer le projet formé par M. l'archevêque de Bordeaux d’appeler Lacordaire et les Dominicains dans son diocèse et pour s’y opposer de toutes leurs forces. Le ministre a écrit à ce sujet à l’archevêque,et en même temps pour se plaindre de l'existence des Jésuites (ceci en termes assez voilés et évasifs),

ainsi que de la réunion sous un même toit d'un couvent de Carmes Espagnols réfugiés. On me lit la réponse de l’archevêque, bien peu digne, hélas ! Il désavoue tout à fait le projet d'établissement pour les Dominicains dès qu’ils ne sont pas autorisés par le gouvernement !! Il est un peu mieux sur le compte des Jésuites et des pauvres Carmes Espagnols. Cette recrudescence voltairienne et parlementaire, quise traduit en correspondance de toutes les autorités adressée au ministère,est attribuée par Dessauret à l'attitude prise par l’Épiscopat à l’occasion de la loi sur l'instruction secondaire. Cependant, elle semble avoir surtout pour but les congrégations religieuses. L'instinct de la haïne ne se trompe pas : elle sent bien que c’est le clergé régulier qui a toujours été le cœur et le boulevard de l’Église. Avant tout il faut empêcher ce boulevard de se relever. — Ce bon Dessauret, honnête homme mais timide comme tous les hommes publics dece temps-ci, me montre un monument bien honteux pour l'esprit public de notre temps. C’est l'enquête faite par le commissaire de police du quartier de commodo et incommodo au sujet du maïntien des Bénédictines dans les bâtimens du Temple, dont Isambert et son Courrier français demandent l'expulsion. Ce pauvre commissaire, quoique prédisposé favorablement par le ministère, n’a jamais pu trouver un bourgeois du quartier qui voulût se prononcer pour le maintien du couvent : tous au contraire se plaignent de ce que cet emplacement soit retiré de la circulation et ne soit pas couvert de constructions nouvelles, de ce que les murs servent de réceptacle à des immondices, de ce qu'au milieu d’un quartier aussi civilisé, il se trouve encore un établissement d’un autre siècle... Enfin c'est un vrai type du matérialisme athée qui nous ronge. On peut bien dire de ces bourgeois de la première ville du monde ce que Saint-Simon dit de l’ancêtre des Dreux-Brézé: « leur brutalité et leur ignorance étoient égales et au comble ».

25 août.

À mon retour de Bretagne je trouve à Paris MM. Combalot, de Salinis et d’Escorbiac de retour de leur voyage de Rome où ils paraissent avoir été parfaitement reçus par le Pape et le cardinal Lambruschini. Celui-ci leur a témoigné son regret des choix gallicans et médiocres qui ont été faits dernièrement ; il a dû adresser à ce sujet des remontrances à l’internonce : la nomination de M. Olivier à Évreux semble les avoir sérieusement inquiétés. Il en est bien temps vraiment. Le cardinal a dit en donnant congé à ces trois messieurs : « fres fufuri episcopi ». Il est fort à craindre que. les préjugés et les coteries gallicanes et autres qui règnent ici. ne donnent le démenti à ces prédictions.

1eT septembre.

Encouragé par ces renseignemens je vais trouver l’internonce que je trouve en effet beaucoup mieux.

Dans cette conversation, tout en déplorant la nomination de prélats tels que MM. Goyet! et Lemée et d’autresqui ont précédé, il s’écrie : « Mais sachez donc qu'il a fallu d’abord me défendre des polissons qu'on voulait imposer au Saint-Siège ».

M. de Lesquen, ancien évêque de Rennes, disait ces jours derniers en parlant des nominations récentes : « on nous fait un épiscopat de petites gens qui faiblira au moment du danger ! »

1. Montalembert a dû commettre là une erreur de nom, car si Mer Lemée fut bien évêque de Saint-Brieuc, aucun évêque contemporain ne porte le nom de Goyet ou un nom approchant.

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