I. HÉRÉDITÉS
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À Londres, le 15 avril 1810, Montalembert naïssait, quinze jours après qu’une archiduchesse de la Maison d'Autriche eût été donnée à Napoléon, dont la prodigieuse ascension stupéfiait douloureusement les fidèles de Louis XVIIT serrés autour de lui dans l'exil.
L'un de ces émigrés, jeune et pauvre, Marc-René baron de Montalembert, était son père ; sa mère, Anglaise fantaisiste, de sang quelque peu écossais et irlandais, était fille de Forbes, voyageur et savant. L'enfant hérita d’une nature vigoureuse et très sensible. Une miniature, peinte par le grand-père Forbes, figure Charles sous des traits remarquablement gracieux. La finesse des attaches du cou, la soie blonde des cheveux, l’ovale du visage, les yeux bleus qu’il aura faibles, charment dès l’abord. Cette distinction, ce port un peu hautain,
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cette séduction aussi, caractériseront Montalembert toute sa vie.
Le cœur n’est pas moins doué, qui bat au moindre effluve. Ses joies et ses souffrances, ses affections et ses antipathies, ses contrariétés et ses enthousiasmes sont extrêmes, avec un penchant à la mélancolie, marque du temps. En bon enfant du siècle il parlera de son «triste jour de naissance » et pleurera «en ce funèbre anniversaire » !. Montalembert s’extasie, il entre en fureur subitement, il crie ?. Dans l'excès de sa douleur, de son ressentiment, de sa susceptibilité, il répandra une amertume corrosive *. Mais par sa tendresse, ombrageuse d’ailleurs, par la chaleur de son affection, par son charme, il conquerra ces amitiés de haute qualité dont il est avide. Il adore son grandpère Forbes et sa petite sœur Élise. Il s’enflamme, à neuf ans, pour la princesse Louise de Bade qui en a huit *. Cette passion puérile en annonce d’autres bien plus tourmentées. À Stockholm, à dix-sept ans, il s’amourache d’une jeune femme suédoise, Thérèse d'Ugglas. À Rome, en 1832, il s’'éprendra de la princesse Hedwige Lubomirska. Puis, à Paris, Clara, duchesse de Rauzan, ravagera son cœur, sans lui devenir indifférente alors qu’il sera parfaitement heureux, éperdument si l’on en croit son Journal, de son union avec Anne de Mérode.. Avant même d’être fiancé à celle-ci il se gardera pour elle, mais Thérèse, Hedwige, Clara ne passent pas en éphémères souveraines de ses rêves. Pendant des mois, des années, elles incendieront sa poétique imagination 5.
1. Lettre à Cornudet : 15 avril 1834. Correspondance de Montalembert et de L. Coynudet, p. 139.
2. Il l’avouera à Alexandrine de la Ferronnays : Récit d'une sœur, LAIT D 08:
3. C£. Correspondance de Montalembert et de L. Coynudet, p. 177.