Journal : 29 novembre
5. Journal, passim ; la comtesse d’Ugglas était fille du maréchal comte de Stedingk qui avait été ambassadeur de Suède en France. — La princesse Hedwige Lubomirska était fille du prince Lubomirski et de la princesse Dorothée ; elle épousa en 1836 le prince Eugène de Ligne. Ses souvenirs ont été publiés par la princesse Charles de Ligne, Bruxelles, Dewit, in-8°, 405 p. — La duchesse de Rauzan était née de Durfort de Duras ; elle avait épousé en 1819 H. L. de Chastellux, ministre plénipotentiaire de France, |
La « maîtresse d'erreur » exerce sur Montalembert un empire que la pléiade de ses fidèles disputeront en vain. Léon Cornudet donnerait son sang, dit-il, s’il pouvait infiltrer dans les veines de son ami de collège « une organisation plus heureuse, plus calme, qui (l')aide à voir les choses » mieux qu’il ne les voit ; Albert de la Ferronnays l’adjure de « dompter » cette imagination qui fausse les perspectives, qui le porte à désirer l'impossible :. Elle règne en usurpatrice; et de même que son camarade d’Herbelot blâmera la « sentimentalité politique » de Montalembert, de même Cornudet lui reprochera d’avoir toujours fait de la foi religieuse beaucoup trop un «objet d'imagination » ?.
Il assurera lui-même en telle circonstance que l’imagination a absorbé presque toutes ses facultés 5 et il signera, pour son cher Lemarcis, cette profession :
Ma philosophie n’est pas de ce monde... français. Je déteste la discussion, le raisonnement et toutes ces niaiseries scolastiques (sic), c'est bon pour les petits doctes qui veulent être licenciés ou pour les très grands hommes... : moi... je me suis fait une petite philosophie à moi où j’entre avec mon imagination. : comme je discute fort peu et ne raisonne jamais, je me tire fort bien d’affaire cherchant surtout dans la politique et le monde des applications de mon théologico-scholastico-mysticisme “.
Si l'intelligence de Montalembert ne se classe pas dans l’espèce rationaliste, elle ne s’épanouit pas moins, précoce. Son père est à peine aveuglé quand il lui donne cinq années d’avance sur les enfants de son âge ©. Elle s'ouvre à l'univers et
1. Lettre de Cornudet à Montalembert : 23 mars 1834. Corresbondance de Montalembert et de L. Coynudet, p. 135. Lettre d’Albert de la Ferronnays à Montalembert : 30 mai 1833. Récit d’une sœur, t. I, p. 118.
2. Lettyes d'Herbelot.….., pp. 35 et 94. Lettre de Cornudet à Montalembert : 20 janvier 1834. Correspondance de Montalembert et de L. Coynudet, p. 113.
3. Cuvillier-Fleury : Discours à l’Académie Française... p. 63.
4. Lettre du 21 février 1830, citée par Bucaille : Quelques années de la jeunesse de Montalembert, pp. 69, 70.
5. Cité par Panier : Centenaire de l’École libre.…., brochure, Besan-
£On, 1931, P. 8.
celui qui demain savourera la musique, la peinture italienne des primitifs, l’art médiéval, s'intéresse dès lors, guidé par l’aïeul, aux mille merveilles de la création.
Intuitif, il saisit vivement ; laborieux, il étudie. Il parle l'anglais et le français. A dix ans, l’allemand lui devient familier ; puis il apprendra le suédois, le polonais, l'italien. Dès 1823, il couvre ses cahiers de descriptions des colonies françaises, de plans de nos ports, de renseignements sur l’histoire de France, plus tard, de notes sur le droit romain, le code civil ou l’économie politique, de comptes rendus d’ouvrages littéraires, historiques ou philosophiques lus par lui *. Car ses facilités naturelles n’inclinent pas Montalembert à la paresse.
Sa volonté est d’un lutteur. Trop nerveux pour se masquer d’impassibilité, il est aussi trop robuste pour redouter les réactions. S'il est bercé, roulé, dans le flux et le reflux de ses sentiments superficiels, son ancre a solidement mordu. Il conservera sa religion au milieu de cent vingt camarades incrédules. Il use, tout enfant, de sa force de caractère pour préserver l'indépendance hors de laquelle il suffoque. Il abhorre la contrainte. De Suède, où il sera soumis aux obligations filiales, il gémit qu’il gaspille son temps, dissout son énergie. Pour la tonifier c’est sur la liberté qu’il compte... ? L'éducation britannique et l’école de Fulham, qu’il comparera à Sainte-Barbe et autres « vraies prisons » #, sont adaptées à son tempérament ; elles fortifient cette tendance naturelle, qui s’exprimera en formules libérales. Son « amour de l’indépendance »#, dira-t-on, n’est qu'un trait commun à tous les jeunes. Plus ou moins. Ses manifestations ne sont pas puériles : à Stockholm en 1829 il acceptera des dîners d’opposition, lui fils de l’ambassadeur de France, et encourra les reproches de la reine de Suède 5.
1. A. L. R.— Dossiers 138 à 150 ; 169 à 180 ; 185 à 188, etc. - 2. Lettres à un ami de collège, p. 145.