Mie de Lallemand : Montalembert et ses amis, p
4. Lettre inédite du comte de Mérode à Montalembert : 11 juillet 1840. — À. L. R. Dossier 442.
Mais en vérité tous ces penseurs ne l’imprégnèrent pas. Tout au plus emprunte-t-il aux derniers quelque justification logique, a posteriori, de sès sentiments intellectuels.
De même, les maîtres du xvirIe siècle le marquent peu. Il importe cependant de fixer le jugement de Montalembert sur eux parce que ce siècle durait encore : « Hélas ! il n’est fini que dans nos almanachs », disait de lui J. de Maistre en 18101. Directement par la puissance du libéralisme, indirectement en provoquant sa réaction contre l’irréligion, le XVIIIe siècle toujours vivant s'impose à Montalembert. Le Mémorial Catholique ? évalue à deux millions soixante-dix-huit mille exemplaires le nombre de volumes de Voltaire et Rousseau vendus entre 1814 et 1825 3. Par la magie de leur style ils avaient profondément pénétré Les esprits frustes et cultivés, les avaient préparés, invités à la Révolution de 1789 ; ainsi sous la Restauration ils continuaient leur sape.
Or Montalembert « déteste » Voltaire {, si peu libéral au fond ; fidèle à soi-même il soulignera trente-cinq ans plus tard le jugement de Tocqueville incriminant l'historien du Siècle de Louis XIV comme un des auteurs du bouleversement « d’où la république d’abord et ensuite le mélange de despotisme et de démocratie sont sortis » 5. La raison desséchante du philosophe exaspère Montalembert, qui le proclame héritier des classiques... Aucontraire, en Rousseau, père de la « mystique de la libre pensée » $, théoricien posthume — — théologien dirait Augustin Cochin — de la constitution de 1793 ?, et génie de Robespierre, Rousseau, qui prépare en 1820 comme en 1762 l’avènement du peuple, Montalembert