II. MONTALEMBERT DANS LES COURANTS LIBÉRAUX
Par ses origines et ses relations, ses études, ses lectures et
ses voyages, Montalembert, puissamment doué, avide de tout voir et de tout savoir, est mêlé à des courants libéraux, à des courants traditionnels, à l’étrangeret d’abord en France. Il vogue, pour parler romantique, au confluent du torrent qui entraîne la liberté vers l’océan et du fleuve qui, fidèle à ses sources, coule jusqu’au havre.
Au collège Sainte-Barbe (baptisé Rollin après 1830) Monta-
1. Mgr Besson : Montalembert en Franche-Comté, cité par Lecanuet, HHEp'er. 2. Journal : 3 janvier 1830.
lembert entre le dimanche 8 octobre 1826 et il célèbre l’événement en ces termes :
… Enfin il est arrivé ce grand jour qui doit décider de mon avenir : enfin après six années d’ennuis, de contrariétés, de tourments et de dissipations je suis libre, c’est-à-dire enfermé dans une cellule à Sainte-Barbe. Je vais donc me livrer maintenant sans borne à l’étude puisqu'elle mène à la gloire. Puisse la Providence accomplir mes souhaits en me conservant toujours dans le sentier de la vertu ?.
Sa fureur de travailler reste justement mémorable : il n'assouvit pas sa curiosité aiguisée par l’ambition. De quatre heures et demie le matin à onze heures le soir il dévore auteurs grecs et latins, sciences mathématiques (il aura un accessit) et sciences physiques ; en vacances même, Byron, Pascal, Homère et Pline ?. Hors Bossuet, nul représentant de notre XVIIe siècle ne figure sur les cahiers de Montalembert, on l’a remarqué *. Des lauriers récompensent un discours français du concours général et son professeur de rhétorique apprécie un si brillant élève. La culture gréco-latine cependant, si elle disciplina l'écrivain, l’orateur, et grandit nécessairement ce grand esprit, ne le conquit pas. Plus tard il traitera. fort cavalièrement les Romains dont son beau-père entretenait le culte #, et ne citera guère les leçons politiques de l’antiquité. Le sens de latradition lui manquerait-il ? Non pas : à ses yeux, la tradition principale est le christianisme médiéval; . le « classicisme », au contraire, a nourri, après le XVII siècle, Voltaire, voire les fauteurs de la Révolution et de l’Empire qui jouèrent les héros de Plutarque.
En philosophie Montalembert lut anciens et modernes, traduisit Kant pour Cousin, s’intéressa à Schelling, Baader.
1. Journai à cette date, cité par de Beauchesne : Charles de Montalembert rhétoricien, pp. 6 et 7.
2. Journal passim, cité par Léon de Lantsheere : Revue Générale, Bruxelles, mars 1912, t. XCV, p. 337: cf. Panier (bibliographie, p. 29) Dirt