À. L. R. Dossiers
4. Lettre de Montalembert à Lemarcis : 12 décembre 1828, citée par Sr. C. Bowe : F. Rio, p. 47. Sur l’école de Munich, voir Goyau: L’Allemagne religieuse, le catholicisme, t. II, pp. 82 sq.
FORMATION 83 il tire ce qu’il nomme, nous l’avons vu, son « théologo-scholastico-mysticisme ». Rien d'étonnant si la philosophie allemande, qu'un profane appellerait grosso modo philosophie du sentiment, présente, surtout sous l'étiquette catholique, de l'attrait pour Montalembert, précoce apologiste de l’intuition. « Ta prédilection était déjà prononcée pour Schelling, lui écrira Rio, au temps de leur vieillesse, ce qui n’est arrivé à aucun jeune homme de ton âge, du moins en France !. »
Montalembert lit Novalis ? et, en particulier, sa plaquette La Chrétienté ou l’Europe. L'auteur y pleure le temps où le Saint-Père régnait sur l’Europe chrétienne, interdisait les découvertes prématurées comme celle de Copernic. Il condamne la Réforme, la philosophie rationaliste française du XvirIe siècle et son aboutissement révolutionnaire : fausses émancipations qui ont détruit l’unité européenne. Il prophétise un retour, parce que l’anarchieet la guerre ramènent à la religion, parce que la science nous laisse insatisfaits. Il exalte la vieille foi catholique,« sa présence à tout instant de la vie, son amour de l’art, sa profonde humanité, la joie qu’elle savait trouver dans la pauvreté, l’obéissance et la fidélité... »
La parenté est évidente entre le romantisme français première manière et ces pensées.
Combien d’analogies aussi entre Baader, avec qui Montalembert entretient une correspondance dont une seule lettre nous est parvenue #%, et Lamennais ! Elles ne sont pas toujours fortuites. Entre Munich et Paris les contacts se multiplient et ce n’est point hasard si, retour de Rome, les « pèlerins de la liberté » s'arrêtent dans la capitale bavaroise. IL
1. Lettre de Rio à Montalembert : 2 septembre 1869, citée par sœur C. Bowe : F. Rio, p. 249.
2. O. C., t. VI, p. 387. Die Christenheït oder Europa fut écrite en 1799 mais publiée seulement en 1826, vingt-cinq ans après la mort de l’auteur. Les fragments que nous citons sont traduits de l'édition du Bibliographisches Institut à Leipzig dans la collection Meyers Klassiker-Ausgaben, publiée par Paul Kluckhoïm en 1928 : t. Il, pp. 65- 85. Cf. L. Reynaud : Le Romantisme, ses origines anglo-germaniques. Colin, 1926.
3. Lettre du 29 juillet 1831. Coyrespondance de Baader, t. 15 de la grande édition, pp. 471-472. M. Susini, l'historien de Baader, n’a pas trouvé dans les papiers du philosophe d’autres lettres de Montalembert.
ne faudrait cependant pas exagérer l'influence réciproque de l’école mennaisienne et de celle de Munich. Contacts, ressemblances, oui, remarque M. Susini, « mais les mêmes idées rendent un son très différent » 1. Montalembert a-t-il senti par exemple que Baader est de plus en plus théosophe ? Du moins le jugera-t-il plus tard « par trop inintelligible » ?.
Baader lui révèle-t-il l'importance du mysticisme et Schelling celle de l'esthétique ? En tout cas, prière et poésie se fondent en son cœur — un peu comme en Dieu, le Vrai, le Bien et le Beau —. A travers les siècles et les espaces il est attiré par d’autres cœurs dans lesquels elles s’unissent aussi.
Sa préférence pour l’Allemagne tient en partie à cela. Quoi qu’il en soit il l’aime particulièrement. Il s’y fixera certainement, dit-il, si jamais il est exilé de France #. Plus tard il se qualifiera lui-même de germanophile. Qu'on ne s’y trompe pas, d’ailleurs, les romantiques ne saisissaient guère des productions germaniques que le côté pittoresque 4 et Montalembert n’élargit pas toujours, même sur place, cette vision. Il fréquente cependant très volontiers les Allemands, et les notes prises pendant ses voyages sur les rives du Rhin, en Bavière, sont couvertes de noms d’illustres personnages qu'il visite 5.
Qu'’augure-t-1l de l'Allemagne politique ? En opposition à l’unité française il remarque la survivance de l’état médiéval dans les petits royaumes de Saxe et d’ailleurs. Si la Prusse grandissante et l'Autriche de Metternich dressaient à l’est leur puissance, au sud-ouest Montalembert admirait comme des vestiges de la féodalité. Le Saint-Empire écroulé, la Confédération germanique minée de rivalités laissaient leur souveraineté aux princes de Hesse, de Bade ou de Wurtemberg. En Bavière, de bons esprits espéraient que leur petite patrie