IV. LES AMITIÉS ÉTRANGÈRES DE MONTALEMBERT
Montalembert est apparu, dès l’enfance, « européen » presque autant que français, l'esprit ouvert aux influences étrangères, et le cœur aux amours étrangères. Avant longtemps il collaborera à la Revue des Deux Mondes, cette revue d’avantgarde dans laquelle Buloz exprime en 1820 la tendance de tout un groupe de Français intelligents, libéraux d’ailleurs mais soucieux d’objectivité et de documentation. Un tel souci ne saurait prévaloir absolument chez Montalembert qui de tant de voyages retient surtout les souvenirs harmonieux. Le Pèlerinage d'un catholique au XIX® siècle, qu’il projettera d'écrire #, il l’aura vécu, en adolescent rêveur, aux pays de saint Patrick et de saint Boniface, comme il aura respiré à pleins poumons l'air politique de Grande-Bretagne avant d’en célébrer les vertus. Dans les relations de Montalembert et de l'étranger vibrent ainsi ses cordes profondes. Écoutons les consonances sentimentales éveillées chez lui sur les terres d'élection du romantisme et du libéralisme, lisons les
TA ER Dossier 10:
2. Lettre à l'abbé de Montalembert, publiée en appendice, p. 515. 3. Lettres de Montalembert à La Mennais : lettre du 22 août 1833,
éd. Goyau, et P. de Lallemand, P. 112.
notes dont il s’est enrichi par l'étude des institutions et des mœurs, en Allemagne, en Suède, en Irlande, en Angleterre !.
A Stuttgart, tout jeune, Montalembert avait appris l’allemand. À Stockholm, il trouva de nouvelles occasions de poursuivre ses études germaniques. Il découvrira dans la littérature allemande une « mine immense... d’inépuisables richesses et des merveilles sans cesse renaissantes » 2. Il conservera de nombreux cahiers de notes sur la poésie et la philosophie, l’histoire et l’archéologie d’outre-Rhin *. IL s’est même documenté sur le programme des universités allemandes.
La notion de devenir, le passé, le présent considérés comme un moment d’une évolution fatale et heureuse des peuples sont chers à l’esprit germain. Le x1x® siècle français aussi a foi en l’évolution : Chateaubriand, Lamennais, Montalembert au fond professent cette foi. De longs moments il discute avec ses amis et maîtres de Herder dont Quinet traduit en 1828 le principal ouvrage. En son «historicisme » Herder conçoit précisément l'humanité comme un être vivant qui se développe et dont la croissance révèle petit à petit le divin qui l’anime.
Entre 1829 et 1832 il achètera les principaux ouvrages de Kant, dont il traduit des passages pour Cousin, de Fichte, Hegel, Schelling, Zimmer, Gœærres, Baader, Schlegel, Dœællinger, Savigny aussi et son Histoire du droit romain au Moyen Age. Pour Montalembert cette école de Munich, dont il ne soupçonne pas l’hétérodoxie, visait à « l’union de la foi et de la science, de la théologie et de la philosophie » 4. De là
1. Cf. Mlle de Lallemand : Montalembert et ses relations littéraires avec l'étranger.
2. O.C., t. VI, p. 387, article sur Novalis paru dans l'Avenir : 9 septembre 1831.