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Phrase qui nous livre tout le secret de l’idéal politique de Montalembert : une aristocratie héritière des siècles de chrétienté et gouvernant par un parlement à l'anglaise.
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Sans se perdre d’ailleurs en un tel rêve, Montalembert ouvre son esprit « européen » sur toute l'Europe occidentale, alors en effervescence. Parlant des « révolutions qui se préparent en Belgique,en Piémont et en Espagne » 1, il se montre assez bon prophète sinon pour la seconde du moins pour la première en ajoutant :
ou je me trompe, ou ces peuples entendront mieux la liberté que nous ; et je doute fort qu'ils en fassent dériver comme conséquences inévitables l’athéisme de la loi et de l’Étatet le nivellement démo-
cratique.
La révolution belge en particulier l’exalte :
les Belges ont été sublimes ; mais c’est bien mal à propos pour nous. Toutefois je suis ravi de voir l’œuvre inique du congrès de Vienne s’ébranler de toutes parts ?.
G. Goyau a dit quelque part l’influence capitale qu’exerça l'exemple belge, à cette époque, sur les catholiques français. Félix de Mérode * joua dans ce sens un premier rôle. Fixé en France par son mariage avec Rosalie de Grammont, nièce de La Fayette, et ayant subi l’influence de ce dernier, il avait publié en 1828 sa première brochure Les Jésuites, la Charte, les Tgnorantins, l’enseignement mutuel, tout peut vivre quoi qu'on en dise. Libéral, il prônait ainsi, en conclusion, le rapprochement avec les catholiques : « ne soyons pas libéraux pour nous seuls et à demi, et nous ferons bien des prosélytes qu’aujourd’hui nous croyons impossible à rendre nôtres... Au lieu de crier au Jésuite. qu’on montre au clergé les avantages qu’il pourrait recueillir d'institutions sociales protectrices des
1. Lettres à un ami de collège : à septembre 1830, p. 268. 2. Idem 6 octobre 1830, p. 284.
3. F. de Mérode (1791-1857), cf. sa biographie par Thonissen.
droits et du bien-être de tous... Un ouvrage intitulé Des avantages des gouvernements libres pour l'Église catholique serait le plus utile à l’époque actuelle... Mes vœux sont et ne cesseront d’être, quoi qu’il arrive, l'accord de la religion et des institutions libres qui dérivent de la Charte. »
La tension croissante entre les Belges et le gouvernement des Pays-Bas donna l’occasion au comte de Mérode de mettre sa valeur, non plus au service de la politique française, mais à celui de sa patrie où se dessinait depuis 1827 un rapprochement entre catholiques et libéraux, front national libéral contre le pouvoir étranger, contre les atteintes portées à la hberté, religieuse en particulier. On sait que Lamennais avait, dans ses Progrès de la révolution et de la guerre contre l’'É glise, invoqué déjà l’exemple belge. Mérode en prit occasion pour une seconde brochure Un mot sur la conduite politique des catholiques…. où 1l demandait aux catholiques français de donner exemple de libéralisme, en imitant les Belges «moins favorisés par les lois sous un prince d’un culte différent ». Un exemple vint de France : celui de la révolution et Bruxelles se souleva un mois après Paris. Aussitôt après l’échec des négociations dont il avait été chargé avec le roi de Hollande, Mérode devint un des chefs du mouvement d'indépendance. Son frère cadet, le comte Frédéric, mourut des blessures reçues à Berchen en protestant qu’il ne voulait pas être élu roi. Le comte Félix, membre du gouvernement provisoire, repoussa les honneurs royaux avec non moins d'énergie, fier seulement de représenter les catholiques libéraux dont la politique triomphait. Tandis qu’en France l’anticléricalisme se déchaînait, au Congrès National belge, treize prêtres étaient délégués « qui, dans les débats sur la constitution, ne requéraient rien de plus que la liberté, mais toute la liberté,et qui, pratiquement, n’en refusaient pasle bénéfice aux citoyens pensant autrement qu'eux »!.
Tels étaient les hommes que Montalembert applaudissait dès lors comme « sublimes » et avec lesquels il demeurera lié jusqu’à Malines. Mérode honorera de sa présence les réunions intimes tenues chez le jeune pair de France en l'hiver 1833. Trois ans plus tard il lui donnera sa fille en mariage.
1. Citations d’après Goyau : Catholicisme et politique, PP. 114, 117.
98 LE ROMANTISME POLITIQUE DE MONTALEMBERT k
Ainsi Montalembert tire son inspiration politique de ces régions d'Europe auxquelles Madame de Staël réserve le privilège du romantisme, vent qui souffle du Nord et n’atteint guère les côtes de Méditerranée. La Grèce de Byron l’émeut. Il n’a pas vu celle de Racine.
He looks on her and rushes on Where life is lost freedom won ! !
1. Citation de Byron envoyée le 10 septembre 1827 dans les Lettres à un ami de collège (p. 34) : « Il la regarde et se jette à l’abîme où si la vie se perd la liberté se gagne. »