‹ Le rosier de Madame HussonChapitre 13 sur 15 · L'ODYSSÉE D'UNE FILLE. 2 I · texte numérisé non relu

L'ODYSSÉE D'UNE FILLE. 2 I

Le vieux recommença :

— Nous allons faire route ensemble jusqu'à Barantin, mamzelle, vu que nous suivons le même itméraire.

— Avec satisfaction, monsieur.

Et nous v'Ià causant. Je me faisais plaisante autant que je pouvais, n'est-ce pas; si bien qu'ils ont cru des choses qui n'étaient point. Or, comme je passais dans un bois, le vieux dit :

— Voulez-vous, mamzelle, que j'allions faire un repos sur la mousse?

Moi, je répondis sans y penser :

— A votre désir, monsieur.

Puis il descend et il donne son cheval à l'autre, et nous v'Ià partis dans le bois tous deux.

II n'y avait plus à dire non. Qu'est-ce que vous auriez fait à ma place? II en prit ce qu'il a voulu; puis il me dit : «Faut pas oublier le camarade.» Et il retourna tenir les chevaux, pendant que l'autre m'a rejointe. J'en étais honteuse que j'en aurais pleuré, monsieur. Mais je n'osais point résister, vous comprenez.

Donc nous v'Ià repartis. Je ne parlions plus. J'avais trop de deuil au cœur. Et puis je ne pouvais plus marcher tant j'avais faim. Tout

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de même, dans un village, ils m'ont offert un verre de vin, qui m'a r'donné des forces pour quelque temps. Et puis ils ont pris le trot pour pas traverser Barantin de compagnie. Alors je m'assis dans le fossé et je pleurai tout ce que j'avais de larmes.

Je marchai encore plus de trois heures durant avant Rouen. Il était sept heures du soir quand j'arrivai. D'abord toutes ces lumières m'éblouirent. Et puis je ne savais point où m'asseoir. Sur les routes, y a les fossés et l'herbe ousqu'on peut même se coucher pour dormir. Mais dans les villes, rien.

Les jambes me rentraient dans le corps, et j'avais des éblouissements à croire que j'allais tomber. Et puis, il se mit à pleuvoir, une petite pluie fine, comme ce soir, qui vous traverse sans que ça ait l'air de rien. J'ai pas de chance les jours qu'il pleut. Je commençai donc à marcher dans les rues. Je regardais toutes ces maisons en me disant : «Y a tant de lits et tant de pain dans tout ça et je ne pourrai point seulement trouver une croûte et une paillasse.» Je pris par des rues où il y avait des femmes qui appelaient les hommes de passage. Dans ces cas-là, monsieur, on fait ce qu'on peut. Je me mis, comme elles, à

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inviter le monde. Mais on ne me répondait point. J'aurais voulu être morte. Ça dura bien jusqu'à mmuit. Je ne savais même plus ce que je faisais. A la fin, v'Ià un homme qui m'écoute. II me demande : «Ousque tu demeures?» On devient vite rusée dans la nécessité. Je répondis : « Je ne peux pas vous mener chez moi, vu que j'habite avec maman. Mais n'y a-t-il point de maisons où l'on peut aller?»

II répondit : «Plus souvent que je vas dépenser vingt sous de chambre. »

Puis il réfléchit et ajouta : «Viens-t'en. Je connais un endroit tranquille ousque nous ne serons point interrompus. »

II me fit passer un pont et puis il m'emmena au bout de la ville, dans un pré qu'était près de la rivière. Je ne pouvais pus le suivre.

Il me fit asseoir et puis il se mit à causer pourquoi nous étions venus. Mais comme il était long dans son affaire, je me trouvai tant percluse de fatigue que je m'endormis.

Il s'en alla sans rien me donner. Je ne m'en aperçus seulement pas. II pleuvait, comme je vous r disais. C'est d'puis ce jour-là que j'ai des douleurs que je n'ai pas pu m'en guérir, vu que j'ai dormi toute la nuit dans la crotte.

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