‹ Le rossignolChapitre 9 sur 26 · SCÈNE IV. i · texte numérisé non relu

SCÈNE IV. i

A l'entendre, on croirait Qu'il cherche l'esclavage ; Mais soi-même on se prend Aux pièges qu'on lui tend.

Sa voix est caressante, Sa mine est séduisante ; Il soupire, il gémit, Il charme , il attendrit.

Malheur à l'imprudente Qui lui livre son cœur ; Dès qu'il en est vainqueur, Il s'enfuit, il s'envole.

On pleure , on se désole.

Inutiles regrets !

Il ne revient jamais.

Cet oiseau si perfide ,

Qu'on voit le premier jour

Si doux et si timide ,

On l'appelle l'Amour.

Prends-y garde, ma fille,

S'il te trouve gentille ,

Pour te mieux engager,

Auprès de toi , sans doute ,

Il viendra voltiger.

Evite le danger :

Tu vois ce qu'il en coûte

A fille qui l'écoute.

Philis , pour ton bonheur, je dois le répéter,

Par un brillant ramage

ao LE ROSSIGNOL,

Il ne faut pas toujours se laisser enchanter. Quand une fille est sage Elle doit éviter, Elle doit redouter Les oiseaux de passage.

PHILIS

Mon père , vos avis Sont excellens , sans doute ; Mais le rossignol que j'écoute Est un oiseau du pays.

MATHURIN

Silence !

J'entends à travers le bois Les musettes et les hautbois :

C'est la fête qui commence.

Va te parer de tes plus beaux habits.

Ma chère enfant , je t'avertis Que Monsieur le Bailli doit te faire visite : Il te trouve jolie , et je t'en félicite.

PHILIS

Àh ! mon père , qu'il me déplaît !

Comme il est vieux, comme il est laid; Et pourtant il se croit aimable.

MATHURIN

Hé bien , s'il est désagréable , Il faut tout bas le penser , mon enfant. Mais il est juge , il est puissant :

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