‹ Le Rouget HumainChapitre 18 sur 45 · NT · texte numérisé non relu

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Poels l’aurait rencontré dans les cultures de selles humaines en 1891, à Rotterdam, pendant l'épidémie de choléra, et suspecte son rôle étiologique dans certains cas d’« endocardite humaine ».

I est vrai que, depuis l’observation de Lubowski, on a retrouvé le bacille du rouget dans les excréments d'hommes sains. D'autre part, Nocard et Leclainche font remarquer que la viande de milliers d'animaux sacrifiés au cours du rouget a été consommée sans accident, et pour ces auteurs le rôle des viandes virulentes dans le rouget humain apparaît comme très restreint.

Cependant, l'observation de MM. Fiessinger et Brouet vient illustrer ce mode de contamination. £

Un travail d'ensemble de Pawlowski (de Berlin), rapporté par M. Belgodère, est venu apporter des précisions intéressantes à l'étiologie du rouget humain. Cet auteur a relevé tous les cas qui ont été observés pendant 25 ans, de 1907 à 1931, à la clinique chirurgicale du professeur Bier. Il à compté 1.113 cas non douteux.

Il semble bien d’après ce travail qu'il existe des foyers d'érysipéloïde. L’affection est certainement plus répandue en Allemagne et dans l’Europe centrale, mais même en Allemagne elle est inégalement répartie : elle est la plus fréquente en Basse-Bavière, centre d'élevage du porc, où on l’observe plus souvent que le panaris.

La plupart du temps le rouget se présente sous

forme de cas sporadiques. De véritables épidémies

ont cependant été signalées.

&« En 1924. en Hongrie, dans un hameau isolé, Bauze

a pu voir 64 personnes qui furent atteintes après

& avoir travaillé le lard d'animaux morts.

« Stefansky et Grunfeld rapportent le cas suivant : au printemps de 1930, dans le village de Segelschiften, auprès d'Odessa, il y eut un grand arrivage de poisson d'eau douce. Un grand nombre de personnes (cuisinières, ménagères, ouvriers des fabriques de conserves) qui avaient manipulé de ces pois sons et s'étaient fait de petites écorchures aux mains avec les nageaires ou les dents, ressentirent au bout d'un jour ou deux des brûlures et des démangeaisons, puis l'érythème apparut avec ses caractères typiques. Cette épidémie atteignit 200 personnes. » « On peut voir aussi apparaître des foyers tout à fait inattendus. Ginnes et Spindler ont signalé ainsi une véritable épidémie qui atteignit 1da ouvriers, soit plus d'un tiers du personnel, dans une fabrique de boutons de Buchannan Country (Virginie). Ces ouvriers traitaient en effet des os, qui servaient à la fabrication de boutons. Les différentes catégories d'ouvriers furent atteints d'une manière très inégale ; la proportion atteignit 30 à Go % chez les coupeurs, scieurs, manœuvres, contremaitres, c'est-à-dire ceux qui manipulaient les matériaux bruts ou finis, tandis que personne ne fut atteint chez les électriciens, emballeurs, chauffeurs, Le bacille:du rouget fut trouvé dans le sang du cœur et dans l’exsudat péri-

tonéal de souris qui avaient été injectées avec une dissolution de poudres d'os. »

« Sur les 1.113 cas relevés par Pawlowski 827 concernent des femmes, 286 seulement des hommes. Donc, influence étiologique manifeste du sexe dans le rapport de 1 : 3, qu’il convient cependant d’atténuer si l’on tient compte des années de guerre, pendant lesquelles, en Allemagne, comme dans toute l’Europe, toute la population masculine valide était sous les armes. Cette prédominance dans le sexe féminin est attribuée par Pawlowski simplement au fait que les femmes, en raison de leurs occupations ménagères, sont plus exposées au contact des ma-— tières organiques qui sont lhabitat commun du

bacille du rouget. »

« Pour ce qui concerne l’âge, l’érysipéloïde s’ob serve surtout à l’âge moyen de la vie, de 20 à 60 ans. Il est rare chez les vieillards, ce ‘qui s explique aisément par leur inactivité ; mais il est exceptionnel chez l’enfant, ce qui est plus difficile à comprendre, car les enfants au cours de leurs jeux ont au moins aussi souvent que les adultes l’occasion dese souiller et de se blesser les mains. Cependant les pédiâtres allemands, tels que Czerny, Hamburger, Finkelstein, déclarent n’en avoir jamais observé de cas. Peut-être existerait-il chez l’enfant une immunité générale, ou une résistance locale, s’opposant au développement du germe.

« Une autreinfluence intéressante, et des plus nettes, est celle de la saison. L’affection prédomine nette-

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ment pendant les mois chauds de l’année, par exemple : 240 cas en septembre, contre 10 en janvier (en 25 ans bien entendu). Les deux cas de Belgodère se sont produits l’un en juillet, Pautre en septembre; les cas de Lemierre, Milian, Bory, Fernet, également pendant les mois chauds. Les chiffres minima sont constatés pendant le premier trimestre de l’année. Cette répartition s'explique aisément par la décomposition des matières organiques, la pullulation des microbes et le réveil de leur virulence, favorisé par les fortes chaleurs. Cependant Pawlowski signale que la fréquence est plus grande dans le quatrième trimestre de l’année que dans le premier et il ne sait comment expliquer ce fait, car les conditions climatériques ne diffèrent guère. Il semble qu’on peut l’attribuer logiquement à l’action des stoks altérés de l’été, non encore épuisés au début de l'hiver. »

« On observe aussi des varialions de fréquence périodique qu'on doit rapporter vraisemblablement à des causes occasionnelles. Aïnsi, dans la statistique de Pawlowski la courbe s'élève considérablement pen dant les années de guerre. L’auteur croit qu'il faut incriminer les lards des « stocks américains » dont la qualité laissait parfois à désirer, paraît-il. »

« Enfin, il est des années à rouget. Périodiquement, à des intervalles de quelques années, le chiffre des malades est doublé ou triplé dans tous les pays.

« La statistique que nous citons est un peu impré-

Er ts

« cise au point de vue des professions atteintes, à « cause de la proportion considérable des femmes « dont beaucoup étaient mariées et n’avaient pas de « profession bien définie. Pawlowski paraît mettre en « doute l'opinion commune que les professionnels de « l'alimentation seraient plus exposés : parmi les « hommes il n’y en avait que 75 sur 286 qui apparte- « naient à ce groupe de métiers; les autres exerçaient « des professions les plus diverses, jusqu’à un musi- « cien, un étudiant en médecine et un étudiant en « droit. »

Belgodère fait cependant remarquer à juste titre qu'il faudrait comparer cette proportion avec celle des professions alimentaires vis-à-vis du chiffre total de la population. £

Pawlowski estime, en dernier lieu, qu’il existe des cas assez nombreux que l’on ne peut rattacher à aucune cause précise et où l’étiologie n’est pas claire du tout. Cela se conçoit si le bacille du rouget est un microbe ubiquitaire.

Ajoutons que la transmission d'homme à homme n’a jamais été rencontrée (Professeur Verge).

On peut conclure cette étude étiologique en disant avec Belgodère :

« On devra penser à l’érysipéloïde surtout dans les « cas de blessure des mains chez les sujets qui, par « leur profession, sont en contact avec des animaux « et surtout des porcs, ou sont appelés à manipuler « des matières d’origine animale. En premier lieu,

« bien entendu, les vétérinaires, bouchers, charcutiers,

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« porchers, employés d’abattoirs, tripiers. Mais’aussi « les pêcheurs, mareyeurs, marchands de poissons, « de coquillages, coquetiers, cuisiniers et cuisinières, « valets de ferme, marchands de peaux de lapin, « tanneurs, corroyeurs, eic... »

A ces considérations étiologiques se rattachent les problèmes médico-légaux que peut soulever l'infection par le bacille du rouget.

L'érysipéloïde est-il un accident de travail ou une maladie professionnelle ? La responsabilité du dommage incombe-t-elle aux assurances sociales ou assurances d'accidents de travail ? Faut-il tenir compte de la possibilité de conséquences lointaines !

Autant de points qu'il reste à élucider.

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