HISTORIQUE
C’est un auteur anglais, Morrant Baker, qui publia la première étude que l’on connaisse sur le rouget humain. La maladie est décrite sous le nom d’erythema serpens. Le nom d’érysipéloïde est dû à l’Allemand Rosenbach qui, quelques années plus tard, en 1884, puis en 1887, étudia plus complètement, la question. Il précisa les caractères de la lésion cutanée, reproduisit celle-ci par inoculation d’un microbe particulier qui fut retrouvé plus tard dans les coupes par Ohlemann. Rosenbach assimila l’érysipéloïde aux lésions résultant de l’inoculation accidentelle de bacilles de rouget à l’homme, et il décrivit comme très voisins les trois bacilles du rouget, de l’érysipéloïde, et de la septicémie des souris.
C’est en Allemagne que l'affection parut la plus fréquente.
Schottelius, en 1885, apporta la première démonstration bactériologique de la transmission de la maladie du porc à l’homme. Puis Casper fait connaître deux cas d'infection de Laboratoire. En 1901, le vétérinaire Hartmann publie un cas de contagion sur son fils. En Allemagne toujours, 4 cas sont signalés en
1902, 5 en 1903, 3 en 1904. Spitzer, en 1905, attri-
bue à une infection par le rouget la mort du vétérinaire Rauer, survenue quatre jours après une inoculation accidentelle à la main avec un tube de culture brisé.
En 1906, le vétérinaire Schmuck, en Allemagne, publia son auto-observation du rouget, il s'était blessé en pratiquant l’autopsie d’un pore atteint d'endocardite due au rouget.
En 1907, le vétérinaire Hennig publie un autre cas semblable.
En 1909, Rosenbach peut rassembler 21 observations.
En 1912, Gunther écrit que, de 1901 à 1909, 66 cas humains ont été publiés, et il en rapporte 10 obser vations, toutes chez des étudiants, médecins, vétérinaires, qui se sont inoculés au cours de vaccinations ou en se blessant avec des tubes de culture, ou en disséquant des porcs atteints de rouget. Et sur ces 10 Cas, 3 ont été suivis de mort: 1° cas du vétérinaire Rauer, qui mourut subitement ; 20 cas du vétérinaire X..., blessé le 30 octobre 1902, mort le 9 février 1903 par suite de troubles cardiaques ; 3° cas du vétérinaire Felgenbauer : dont le décès fut attribué à une endocardite septique ulcéreuse.
En France, la première description que l’on connaisse est celle de Mauclaire ; elle est parue en 1913 sous le titre : € Panaris superficiel par le bacille du rouget. » Il s'agissait d'une fermière qui s’était piquée l'index droit en dépeçant un porc atteint de rouget.
C'est encore sous le nom de rouget que sont rap-
portées: les: deux observations suivantes: Celle: de Cotoni, qui décrit un cas d’érysipéloïde survenu sur Jui-même à la suite d’une piqûre avec l'aiguille d’une seringue chargée de culture de bacille de rouget; et un an plus tard, en 1920, celle de Sabrazès et Muratet; dans laquelle ül s’agit d’une contamination à la: suite d’une piqüre avec l’aiguille d’une seringue char: gée de vaccin antirouget.
En 1922, dans l’article publié dans les Annales de Dermatologie sous le titre « de l'érysipéloïde », Dubreuilh et Joulia rapportent 5 cas qu'ils ont eu l’occasion d’observer.
En 1925, dans le Recueil de la Médecine vélérinaire de l'Ecole d’Alfort, Cauchemez publie encore une auto— observation d’érysipéloïde, survenue à la suite d’une piqûre qu'il s’était faite en manipulant un organe de porc atteint du rouget.
En 1926, Schrapf et Fouquet, dans la Presse médicale, rapportent également trois cas, dont un person-— nel et deux indirects par communication verbale ; dans ces trois cas les sujets s'étaient piqués en manipulant du vaccin antirouget.
En 1928, M. le professeur Dubreuilh fait à la Société de Dermatologie une communication sur 1 cas d’érysipéloïde observé chez un boucher qui s'était blessé en dépouillant un porc atteint de rouget.
En décembre 1931, Belgodère, dans les Annales de Dermatologie et de Syphiligraphie, rapporte un cas personnel qu’il a observé chez un garçon boucher de
J. Monnier 3
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23 ans, et en profite pour donner une très remarquable revue générale de la question.
Puis, la même année, M. Chevallier publie « un cas de rouget du porc généralisé chez l’homme » qui, nous le verrons par la suite, prête à discussion. Il en est de même des deux observations de M. Milian (1932).
Plus démonstratifs sont les « deux cas d’érysipéloïde de Rosenbach, par contagion directe du porc » de Bory (1932).
Enfin, à l'étranger, signalons les publications allemandes de W. Richter, puis de Domrich en 1932, ayant toutes deux trait à des formes généralisées de
rouget humain.
ÉTIOLOGIE
Comme on a pu le voir, le rouget humain est surtout une maladie professionnelle.
Il s’observe le plus souvent chez les éleveurs de pore, chez les vétérinaires qui s’infectent au cours des autopsies des animaux malades, chez les bouchers qui, au cours de leur travail, se blessent avec des éclats d'os.
11 n’est d’ailleurs pas nécessaire qu'il y ait piqûre accidentelle: une simple excoriation préexistante des mains et souillée au- contact des produits virulents, notamment de la viande, peut être le point de départ de l’érysipéloïde. De plus, il est des cas où le rouget est survenu chez des sujets qui, par profession, sont en contact avec des porcs ou des moutons, ou qui manipulent de la viande de ces animaux, sans qu’on puisse affirmer que ceux-ci aient été atteints de rouget. Le fait s'explique par l'existence d'animaux porteurs de germes.
Parfois la transmission du rouget prend un caractère vraiment expérimental : au laboratoire, en maniant une culture de rouget, la contamination est réalisable ; ainsi, en 1905, Spitzer attribue à une infection
par le bacille du rouget, mais sans en fournir la
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preuve, la mort du vétérinaire Rauer, survenue quatre jours après une inoculation accidentelle à la main avec un tube de culture brisé.
On a vu qu'en 1919 M. Cotoni s'est blessé superficiellement au dos du pouce avec une aiguille chargée d'une culture très virulente de bacilles de rouget ; et c'est précisément le souvenir de cette observation qui a permis le diagnostic du cas du professeur Lemierre.
La pratique actuelle de la vaccination des porcs contre le rouget — qui utilise l'injection simultanée de sérum anti-rouget et de cultures virulentes — expose davantage les vélérinaires, et les cas de transmission par piqüre, au cours de séances de vaccina— tion, sont devenus plus fréquents.
Enfin, il faut tenir compte, dans l'étiologie du rouget humain, de la large diffusion du bacille dans la nature. Parmi les cinq cas signalés par Dubreuilh et Joulia, on trouve : un cas survenu à la suite d'une piqüre par arête de poisson, un autre consécutif à une piqüre par esquille d'os de mouton : un troisième a été dù à une égratignure par dent de poisson; un autre à une écorchure causée par un coquillage, et un. dernier à une coupure au cours de manipulations de viandes ; on a vu aussi l'érysipéloïde survenir à la suite, du contact avec des matières organiques quelconques, d'origine animale surtout : graisse, savon, etc.
Ce sont surtout les statistiques marines qui sont impressionnantes, et dont les chiffres laissent loin. derrière eux les quelques cas isolés et sporadiques, de contagion par le rouget du porc. La manipulation .
des poissons, et ‘surtout des poissons de mer, des crustacés, des coquillages, est très fréquemment à Porigine de l’apparition d’un érysipéloïde. Gilchrist a pu rassembler plusieurs centaines de cas, occasionnés par des morsures de crabes. Trois auteurs ‘anglosaxons, Klauder, Richter et Harkins, sur une population de pêcheurs, à New—Jersey, auraient recueilli plus de 1.000 cas d’érysipéloïde à la suite de piqûres d’arêtes. Mais il y a plus. Le professeur Panisset a montré en 1922 qu’on trouve le bacille du rouget dans les viandes pourries, les excréments d'animaux, les larves d’insectes, les cadavres de souris, les eaux de rivière et le sel.
Les travaux de Maurice Vallée (1930) sur les rapports du bacille du rouget avéc le sol ont apporté des notions très intéressantes sur le caractère de « maladie tellurique » du rouget et sur l’origine saprophytique du microbe. Cet auteur a constaté que le rouget du porc est une maladie de certaines régions : « Les aHuvions quaternaires se révèlent « incomparablement fertiles à l’égard du rouget, « puisque nous y avons noté plus de 34% des « foyers de la maladie portés à notre connaissance. « D'autre part, comme ce système géologique cons- « titue le sol le plus riche en germes, d’une manière
générale, ce fait doit être considéré comme une « preuve nouvelle de Vlorigine saprophytique de « nombre de cas de rouget.
« Des terres provenant de régions indemnes de
« l’infection ne se prêtent en rien à la culture du
« bacille du rouget. Par opposition, d'autres préle- « vées dans des régions infectées, au voisinage de « foyers enzootiques permanents, se sont montrées « favorables au développement du microbe de Pas- « teur et Thuillier. Il apparaît donc bien que, selon « les régions considérées, la vie saprophytique du « bacille du rouget soit susceptible ou non d'assu- « rer la pérennité de l'infection. »
Ainsi, le bacille du rouget est un microbe ubiquitaire par excellence. Dès lors, on comprend que les chances de contagion de l'homme soient nombreuses.
En outre, ce n'est pas toujours à la suite d’une plaie cutanée que peuvent survenir les cas de rouget humain. Dans certaines observations, l'origine intestinale de l'infection humaine est manifeste : on a signalé, en effet, deux cas où, quelques heures après l'ingestion de viande contaminée, la température s'éleva à 41°, des vomissements apparurent, suivis de diarrhée. La température revint progres— sivement à la normale et la guérison survint le quatrième jour. Les deux malades avaient absorbé 300 grammes de viande insuflisamment cuite provenant de pores atteints de rouget, et dont l’abatage était récent.
Des accidents moins sérieux ont été observés chez des enfants qui avaient mangé de la même grillade, en faible quantité.
Lubowski isole le bacille du rouget dans les selles d'un enfant atteint de catarrhe intestinal et d’ictère,
et tend à admettre son rôle pathogène.