SCÈNE XI
JOSSELYN, RÉG1NALD.
RLGINVLD.
Nous voilà seuil, je vous «coule... hètes-rous, messire.
JOSSELTN.
Je suis aussi pressé que vous, seigneur chevalier; mais, avant le combat, il est important de bien régler ses conditions!
BéGLVAUr.
Parle*.
JOSSELTN.
11 est entendu que le vainqueur dictera set lois au vaincu.
bAgixald, avec impatience.
C'est l’usage. .
JOSSELTN.
Voici tout ce que j'eiige : Adaibprt épousera Marguerite après votre défaite.
réginald, avec ironie.
Après ma défaite?... J'y consens; mais, après la votre, Yvctôt appartiendra à la commanderie d!HoudevilIe î
Josselin, imitant Réginald.
Après ma défaite T... j'y consens... Maintenant, votre main, chevalier, comme gagede la foijurée.
RÉGINALD
La voici.
' JOSSELTN. ‘ •
Fort bien !... que la lice soit ouverte!
nédîNALB.
Vous le voulez, soit. J’ai il A accepter lé champ clos; les devoirs de la chevalerie me l'ordonnaient. Mais l'issue de ce rombal inégal ne saurait être douteuse. Mo trie a été toute guerrière, tandis qne ht votre. . i Réfléchissez, et n’allei pas vainement sacrifier votre existence pour me disputer un bien qui ne saurait m'échapper.
JOSSELYN
Vous croyez?... Je pense tout le contraire.
RÉGINALD
Alors, que les armes eu décident.
• Il vt pour sortir.
JOSSELTN. ,
Pourquoi sortir? c'est ici le lieu du combat.
RÉGLNALD.
. ld?..'.
Vos armes seront la lance, la dague, la hache, teut ce que vous vohdrej ; les miennes, mes souvenirs!...
. RÉqjNALD,
Cette raillerie...
JOSSELTN.
Je parle sérieusement, et je jure devant Dieu que vous remerclres le del de m'avoir entenduréginald, à fart.
Que veut-il dire ?
MAGASIN THÉÂTRAL
JOSSELYN
C’est bien maintenant que la lice est ouverte: avant d’être roi, je tenais, comme vous le sa ver, bontique de draperie, à Rouen. ( Réginald fait un mouvement d'impatience.) Ce ne sont encore là que les préludes du combat ; mais bientôt j’en vais venir à l’attaque. Certain dimanche, il y a dix-sept ans de cela*, après avoir fermé la boutique, autant pour me reposer des affaires que pour me conformer aui saintes lois de l'église, je m’étais rendu, avec dame Rerthelinc, ma femme, dans une petite métairie que je possédais aux portes de la ville. Après avoir gaiement passé notre journée, nous tfevisionf bien tranquillement, le soir auprès de notre foyer... Tout à coup, nous croyons entendre des gémissements à notre porte, je me lève, je cours ouvrir et j’aperçois une pauvre fille, pâle, souffrante, épuisée de fatigue et de faim... Mes soins, ceux de ma femme, ne tardèrent pas à la ranimer un peu. Pauvre fille 1 victime de la séduction, maudite, chassée par sa famille, depuis plusieurs jours elle errait sans avoir osé demander asile et pitié.
nÉGiXAi.D, ému.
Achevez, messire, achevés !
JOSSELYN
Hélas! la nuit même, Dieu voyant ses souffrances, voulut les abréger en la rappelant k lui; elle mourut dans nos bras en murmurant une prière pour le père de son enfant. {Mouvement de Réginald.) Oui, elle quittait la terre en nous léguant une fille qui venait de recevoir le jour!
HKGiNALD, avec une émotion croissante.
Mais le nom de la malheureuse mère... de grâce, son nom?
JOSSELYN
Son nom! je l’ignore. J’ai élevé son enfant, je l’ai aimé... Le séducteur! je n’ai jamais cherché à le connaître, à lui parler. Qui sait? afin de cacher sa faute, peut-être m’aurait-il enlevé l’enfant de sa victime pour l’ensevelir à tout jamais dans un cloître. Mais aujourd’hui je connais cet homme, et l'instant est venu de tout dire.... Je n’ai qu’une arme, et je m'en servirai. Je parlerai... oui, je parlerai devaut tous, ceux qui l'entourent, qui le vénèrent, et s’il osait nier son crime...
( tirant chaîne de son sein ) je jetterais alors à
ses pieds uu joyau, gage d'amour qn’il avait donné à la pauvre mère, et je lui dirais : « Noble seigneur , reconnaissez-vous ces armes?... cettq chaîne est-elle tien à vous?... »;
nÉGiNAi.n. regardant la chaîne .
Grand Dieu! llathilde, c’était elle!...