‹ Le royaume de la Rue Saint-HonoréChapitre 11 sur 221 · I. Grimm, Corre/:pondance · texte numérisé non relu

I. Grimm, Corre/:pondance

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homme modeste, de mœurs tranquilles, d'un bon sens un peu terre à terre, d'humeur douce et joviale, fort entendu en affaires, « aimé et estimé dans sa paroisse » pour sa grande probité et sa rare dévotion, orné enfin, comme l'a écrit madame de la Ferté- Imbault, de toutes les « vertus gothiques » , qui manquaient la plupart du temps à ses brillants détracteurs. Le trait suivant, que je trouve dans les notes de sa fille, donne une assez juste idée de son caractère, et fait honneur à sa prudence ainsi qu'à sa délicatesse : « Une des cousines de sa première femme lui avait légué une fortune, qui ne montait pas à moins de cent mille livres. Mais, sachant que le plus proche héritier de cette parente, le président Dodun, était loin d'être riche, il refusa le legs et lui fit abandon de la somme. M. Dodun fut aussi étonné que reconnaissant, et, plus tard, étant devenu contrôleur-général des fmances, il proposa à mon père de le nommer fermier-général. Mais mon père, qui avait vu les premiers temps du règne de Louis XI\, et qui se rappelait tous les tourments qu'avaient fait éprouver aux financiers les Chambres de justice, répondit à M. Dodun qu'il se garderait bien de se préparer de tels ennuis en cherchant à devenir plus riche, qu'ayant épousé dans sa jeunesse une vieille femme qui lui avait donné son aisance, il en avait plus tard épousé une jeune, qui était fort dévote, et à qui sufTisait comme à lui-même un bien honnête, acquis par de bons

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moyens '. Sur quoi, il déclina l'olTre du contrôleurgénéral, le laissant fort ébahi de ce désintéressement.

Quant à sa culture d'esprit, s'il est vraisemblable que ses goûts le portaient peu vers la lilléralure, il possédait au moins l'instruction élémentaire, dont un grand nombre de gens plus haut placés que lui se contentaient à cette époque ; et j'ai pu lire une lettre de sa main, dont le style est fort correct, et l'orthographe incontestablement supérieure à celle de la petite-fillo de madame Chemineau. On peut donc, de tout ce qui précède, conclure avec justice que M. GeofTrin fut un homme de cœur et de sens, d'une inteUigence ordinaire, et qu'après tout il ne se tira pas plus mal que bien d'autres de l'emploi, toujours difficile, de mari d'une femme célèbre.

Mais de célébrité, il n'était pas encore question au temps dont nous parlons, et madame GeofFrin, en ces années de sa jeunesse, nous apparaît tout uniment sous les traits d'une ménagère entendue et d'une bonne mère de famille. L'occupation ne manquait pas à son activité. Moins de deux ans après son mariage, le 20 avril 1715, elle mettait au monde une fille, qu fut baptisée sous le nom de Marie-Thérèse, et qui eut pour marraine^ son arrière-grand' mère, madame

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