I. Souvenirs de madame de la Fcrté-Inibaull
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je donc jamais? Ne jouirai-je plus de la douceur, de la sagesse de vos avis ? Car, de là où vous êtes, vous pouvez me donner des maximes, mais le conseil est hors de portée. » Mais cela ressemble plus à un aimable regret qu'à une invitation formelle, et quand madame Geoffrin, s'élançant dans cette voie si vaguement indiquée, riposte en faisant sérieusement espérer sa visite à Varsovie, on sent dans l'esprit du bon prince quelque étonnement de ce hardi projet, mêlé au reste d'un désir sincère de le voir s'effectuer. « Se pourrait-il bien que vous pensiez à réaliser votre voyage en Pologne .!* Je ne me permets pas encore de le croire, de peur que cela me manque... Mais savezvous bien que je voudrais déjà faire en sorte qu'il y eût de beaux chemins, de beaux ponts, de bons gîtes, enfm tout ce qu'il faudrait pour que vous ne disiez point : « Ah ! le vilain royaume que le royaume de mon fils ! »
Il n'en faut pas davantage. Madame Geoffrin prend feu, et son parti est désormais arrêté. Plus elle y songe, plus elle trouve décidément ce voyage nécessaire ; car, dit-elle, « le temps affaiblit tout, et l'insipidité se mettra vite dans notre commerce, quand tout ce que je vous dirai n'aura plus de rapport à tout ce que vous sentez et à tout ce qui vous entoure ». Aussi fixe-t-elle dès ce moment la date de son départ; elle quittera Paris le i" avril 1766, et u ira doucement, tant que terre la pourra porter.
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jusqu'au pied du trône » de son roi bien-aimé. Elle a tout pesé, tout prévu. Sa santé est parfaite; elle n'est « ni peureuse, ni difficile sur les délicatesses des femmes » ; elle a interrogé sa bourse, et constaté qu'elle lui permettait cette dépense sans faire de folie. Enfin, elle pose ses conditions, aussi prudentes que modestes : elle ne réclame « rien du côté de la vanité, l'incognito est ce qu'il lui faut » ; mais elle désire une petite chambre où elle sera tranquille, et où le Roi viendra lui faire visite lorsqu'il aura quelques moments de loisir. Elle ne restera que deux ou trois mois au plus, et rien ne la retiendra davantage. Enfin elle veut être assurée que « cette offrande qu'elle fait à l'amitié en quittant sa maison » sera agréable non seulement au souverain, mais à ceux qui l'entourent, et qu'elle n'aura aucun ennui à craindre de ce côté. Un dernier point, bien que secondaire, la préoccupe assez vivement, car elle y revient à plusieurs reprises : aura-t-elle de bonne eau à boire .^^ Elle rappelle qu'elle en boit beaucoup, en se levant, en se couchant, à tous ses repas, et « quand elle en trouve de bonne, elle ne demande rien autre chose » . Sur ces questions variées, il lui faut l'avis de Stanislas-Auguste, « aussi sincèrement exprimé que s'il parlait tout seul enfermé dans son cabinet », et elle conclut par cette adjuration : u Franchise, franchise, francliise ^ ! »