‹ Le royaume de la Rue Saint-HonoréChapitre 17 sur 221 · I.K no V MME DE I. \ ULE S A I N T-II O N O U É . 2C · texte numérisé non relu

I.K no V MME DE I. \ ULE S A I N T-II O N O U É . 2C

penses, au profit de gens qu'il considérait, ou peu s'en faut, comme des parasites, et dont, en tout cas, il ne goûtait aucunement ni l'agrément ni les idées. La guerre civile se déchaîna dans le ménage, et pendant quelques années ce fut une sorte d'enfer. « Chaque fois que ma mère demandait de l'argent, raconte madame de la Ferté-Imbault, il se passait des scènes terribles, dont les effets pour ma mère étaient parfois si violents, que je croyais qu'elle n'y survivrait pas... Malgré mon jeune âge ^ continue la narratrice, j'étais le plus souvent la confidente et la médiatrice de ces querelles incessantes; j'aA'ais seule le pouvoir de les racommoder jusqu'à une prochaine occasion ^ » . Quant à Louis Rodet, ses goûts timides et casaniers le poussaient généralement à prendre parti pour son beau-frère, et à contrecarrer les projets de sa sœur ; de sorte que madame Geoffrin, irritée de rencontrer de l'opposition chez son allié naturel, commença (( à le tourmenter continuellement et à ne plus pouvoir le souffrir ^».

Mais il n'est pas d'orage qui ne s'apaise à la longue, et le pauvre M. Geoffrin n'était guère de

1. Marie-Tliérèsc Geoffrin avait alors une quinzaine d'années.

2. Dans l'ouvrage intitulé: les Loisirs d'un ministre, le marquis d'Argenson, qui a connu M. Geoffrin, confirme en quelques lignes le récit de madame de la Ferté-Imbault.

3. Louis Rodet mourut peu d'années après, laissant, sans rancune de ces querelles, sa fortune à sa sœur. Je n'ai pu trouver la date exacte ni les circonstances de sa mort.

taille à résister bien longtemps à l'ascendant d'une volonté impérieuse et suivie. « Il combattait toujours, dit sa fdle, et finissait toujours par céder. » Le jour vint où il ne combattit même plus. La certitude d'être vaincu dans la lutte engendra la résignation, et dans les dernières années de sa vie, le brave homme, docile et dompté, poussait la complaisance jusqu'à « ordonner lui-même les repas présidés par sa femme et à en dresser les menus » , s'ingéniant à concilier les deux termes du problème : bonne chère et peu d'argent. Sa seule protestation fut désormais le silence : assis presque immobile en face de son épouse, ne témoignant jamais ni d'un mot, ni d'un geste, qu'il prit le moindre intérêt aux dissertations qui se faisaient en sa présence, il n'ouvrait la bouche que pour servir à table, « ce qu'il faisait alors de la façon la plus honnête, » mais d'un air détaché et avec l'attitude d'un « intendant de Madame ' ». En pensait-il davantage? Le marquis d'Argenson, qui l'honorait de son estime, prétend savoir de bonne source qu'il se divertissait, dans son for intérieur, aux propos des beaux esprits de sa femme, et qu'il jugeait leurs prétculions « dans un esprit de critique » . Mais d'Argenson ne produit aucune preuve à l'appui de cette affirmation, où il est permis de ne voir autre chose qu'une paradoxale fantaisie.

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