‹ Le royaume de la Rue Saint-HonoréChapitre 190 sur 221 · I. Arcliives de la famille d'Estampes · texte numérisé non relu

I. Arcliives de la famille d'Estampes

que je veuille blâmer la conduite des autres Princes , Ils ont vu autrement, ils se sont conduits d'après leur opinion et moi d'après la mienne, rien de plus simple; aussi cela n'a-t-il point altéré la bonne intelligence qui est entre nous. Je vous avouerai que, quant à moi, j'ai été frappé de l'inconséquence et des inconvénients de notre position. Une résistance de près de deux ans, que nous devions à l'État et à notre gloire, et qui n'a eu aucun succès, a dû nous convaincre que nous ne pouvions rien tout seuls; d'un autre côté, comme disait le plus célèbre de mes pères : « Je m'appelle Louis de Bourbon et je ne puis ébranler la couronne ». Nous avons tous ce sentiment dans le cœur, et nous serions bien fâchés non seulement d'exciter, mais même d'autoriser le plus petit mouvement de révolte dans la nation. Par conséquent, nous nous trouvons dans la position inouïe de craindre également d'être abandonnés ou soutenus par elle. Voilà l'inconséquence ; et le peu de bon sens que j'ai en est humilié. Quant aux inconvénients, c'est mon cœur qu'ils affligent; il n'y a pas un homme sensé qui ne voie clairement que l'ancien Parlement ne peut pas revenir, que cela est de toute impossibilité. Je le regretterai toute ma vie, mais mes regrets ne le ramèneront pas. La plupart de ces malheureux, qui gémissent dans l'exil et qui ont l'honnêteté dans le cœur, croiraient manquer à ce qu'ils se doivent à eux-mêmes en abandonnant les Princes qui se sont sacrifiés pour eux. Nous ne pouvons rien pour sauver leur état, cela est malheureusement démontré. Il me paraît qu'il y a de la barbarie à nous à forcer, pour ainsi dire, leur honnêteté à sacrifier encore leur fortune. D'ailleurs, malgré la pureté de nos sentiments, notre position seule donne des idées de résistance qu'on ne peut pas soutenir. Si nous voulons encourager les mécontents, il faut aller

nous mettre à leur tête, et s'il y a un col à couper, que ce soit celui du Prince qui les soutient. Au lieu de cela, nous laissons mener des malheureux à la Bastille, nous plongeons des familles dans le malheur, nous faisons partout des victimes, et nous ne pouvons pas l'être. Cela ne me paraît pas digne de nous. Je vous l'avouerai, mon cœur est trop sensible pour pouvoir rester dans cette position. Nous ne devons jamais perdre de vue les intérêts de l'État, et nous devons essayer tous les moyens de lui être utile. Notre résistance n'a pas réussi, notre soumission sera peutêtre plus heureuse, d'autant que les conditions qu'on y a mises m'ont paru trop douces pour pouvoir s'y refuser. Au reste, je ne chercherai point à le cacher, car j'ai demandé au Roi que ma lettre * fût dans la Gazette. Je ne rougis jamais de ce qvie je fais, parce que je ne fais jamais ce dont j'aurais à rougir. Je m'en rapporte à votre prudence et à votre amitié pour faire de cette lettre l'usage que vous jugerez à propos. Je vous prie cependant de n'en pas laisser prendre de copies. J'ai été bien aise de vous soumettre ma conduite et mes motifs, parce que vous avez une bonne judiciaire ; vous savez aimer vos amis et je me fais gloire d'être du nombre. Je vous demande pardon de mon griffonnage. »

Malgré sa soumission, le Prince, dit madame de la Ferté-Imbault, ne put vaincre la froideur du Roi; et celui-ci ne tint pas la promesse qu'il avait faite à Condé, de marier le comte d'Artois avec la Princesse, sa fille.

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